Insécurité alimentaire: Aperçu de la République Démocratique du Congo.

25 02 2013

La République Démocratique du Congo (RDC) est un immense Etat, plein de promesses de développement et de multiples richesses, mais qui, depuis des décennies, est secoué par une violence difficile à concevoir et une situation humanitaire absolument désastreuse. La multiplicité des groupes armés, la diversité de ses ressources naturelles et l’inertie gouvernementale sont en grande partie responsables de la situation qui prévaut actuellement dans cette région d’Afrique, de sorte que la pensée de Frantz Fanon suffit à résumer avec autant de justesse que de tristesse la réalité congolaise : « l’Afrique a la forme d’un revolver dont la gâchette se trouve au Congo ».

Présentation générale.

© Google

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La RDC est un Etat d’Afrique centrale dont la capitale est Kinshasa, à l’Ouest du pays et dont la population représente 71,1 millions d’habitants.

Au plan du développement humain (calculé par l’ONU, à partir de données relatives à l’espérance de vie, scolarisation, revenus par habitant), la RDC se trouvait en 2011 à la toute dernière place, après notamment le Niger et le Burundi (Les trois premiers étant la Norvège, l’Australie, et les USA). Dans ce pays où plus de 75 % de la population vit avec seulement un dollar par jour, l’espérance de vie est estimée à seulement 47 ans pour les femmes et à 50 ans pour les hommes.

L’indice de fécondité est quant à lui estimé à plus de 6 enfants par femmes dans ce pays déjà affreusement touché par le fléau du viol. Il est en effet estimé que 400 000 femmes ont été violées entre 2006-2007.

Histoire politique contemporaine.

Historiquement, la République Démocratique du Congo est une ancienne colonie belge ayant acquis l’indépendance en 1960. Le pays est dirigé dès 1965 par Mobutu Sese Seko, après que celui-ci renverse le premier président par un coup d’Etat. Mobutu instaure dès lors un régime autoritaire et se maintient au pouvoir jusqu’en 1997.

Entre temps, le Rwanda est frappé par un conflit génocidaire faisant 800 000 morts, et qui aboutit par la fuite des forces armées gouvernementales ayant soutenu le génocide. Ces dernières s’installent dans l’Est de la RDC, à la frontière rwandaise et se rebaptisent en tant que Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR).

Joseph Kabila
© Radio Okapi/ Ph. John Bompengo

Mobutu est renversé en 1997 par un coup d’Etat mené par Laurent-Désiré Kabila, avec le soutien des troupes armées du Rwanda et de l’Ouganda. Une fois au pouvoir, Laurent-Désiré Kabila demande aux troupes armées étrangères l’ayant soutenu de quitter le pays. Celles-ci refusent, et s’installent à l’Est du pays, dans les régions des Kivus. Dès lors, l’est de la RDC devient une véritable poudrière du fait de la multiplicité des groupes armés, et de l’enjeu que représente l’exploitation de plus en plus importante des ressources minières présentes dans la région.

Laurent-Désiré Kabila est assassiné en 2001 par son garde du corps, et son fils Joseph Kabila lui succède et est toujours au pouvoir actuellement (deuxième mandat présidentiel en cours) malgré les allégations d’irrégularités relatives à sa réélection en 2011 face à son opposant Etienne Tshisekedi.

Élément symptomatique du conflit congolais : Les minerais.

Parmi les éléments contribuant directement à la persistance de la dégradation de la situation humanitaire en RDC, il est possible de citer le niveau élevé d’insécurité, la production agricole insuffisante, le manque d’infrastructures sociales et la présence de très nombreux déplacés internes des suites de la continuité du conflit armé secouant le pays. L’une des principales causes de ce conflit n’est par ailleurs un secret pour personne, puisque au-delà des revendications politiques ce conflit s’organise autour de la question du contrôle des ressources minières du pays.

La RDC est en effet dotée d’une abondance de ressources minérales rares dans toute sa région Est. Les principaux minerais exploités au Congo sont au nombre de quatre, et une grande partie d’entre eux est utilisée par l’industrie de l’électronique :

  • Le coltan, permettant d’obtenir le tantale, indispensable à la fabrication des condensateurs, dont la fonction est de stocker l’électricité,

  • La cassitérite, à partir de laquelle est obtenu l’étain que l’industrie de l’électronique utilise pour les soudures des circuits imprimés,

  • L’or, employé comme revêtement des fils électriques,

  • Les diamants.

Minerais de cassitérite

Tous ces minerais sont exploités dans des mines à ciel ouvert ou encore à l’intérieur de galeries pouvant descendre jusqu’à 300 mètres de profondeur. Du fait de l’enjeu qu’elles représentent, toutes ces mines sont minutieusement contrôlées et surveillées, soit par l’armée régulière, soit par des groupes rebelles. Ces minerais et leur commerce, qu’il soit licite ou illicite, permet aux groupes rebelles et à l’armée nationale d’obtenir aisément des sommes pouvant atteindre des dizaines de millions de dollars, qui leur servent à renouveler leurs équipements militaires, et poursuivre inlassablement le conflit.

Aperçu de la situation humanitaire.

À ce jour, la situation sécuritaire désastreuse qui prévaut en RDC a poussé 2,7 millions de personnes à se déplacer à l’intérieur du pays, et 420 000 autres à l’extérieur des frontières, principalement vers l’Ouganda à l’Est et le Congo-Brazzaville à l’Ouest. Cela a évidemment poussé l’ONU à réagir, au travers de deux opérations de maintien de la paix dès 1999 avec la MONUC, remplacée dès 2010 par la MONUSCO (Acronyme : Mission de l’ONU pour la stabilisation en RDC), dont le mandat porte essentiellement sur la protection des civils et la stabilisation et la consolidation de la paix (Résolution 1925).

Le conflit congolais ayant toujours cours aujourd’hui, son effet néfaste sur le développement du pays est irrémédiablement perceptible, en particulier en matière de sécurité alimentaire, ce à quoi s’ajoute l’incapacité des politiques gouvernementales à assurer la continuité des services sociaux de base et les faibles rendements agricoles. Ces effets se manifestent également au plan de l’accès à l’eau potable.

En 2011, l’OMS publiait un rapport dans laquelle elle affirmait qu’environ 51 millions de personnes en RDC, soit les trois quarts de la population, n’avaient pas accès à de l’eau potable. La RDC est pourtant le pays d’Afrique qui possède les ressources hydrologiques les plus importantes (c’est-à-dire plus de la moitié des réserves d’eau d’Afrique). À titre de comparaison, 30% de la population congolaise a accès une eau potable salubre, tandis que la moyenne pour l’ensemble de l’Afrique subsaharienne est de 60 %.

Point d’eau réalisé par ACF
© ACF – RDC

Consécutivement, le manque de développement des infrastructures en matière d’eau potable a des répercussion au plan sanitaire. À titre d’exemple, ce sont plus de 52 400 cas de choléra qui ont été détectés entre 2011-2012, dont 1 300 ont été mortels. Précision : le choléra est une maladie typique des lieux où l’hygiène et l’assainissement de l’eau sont insuffisants et peut être fatale si elle n’est pas traitée dans les trois premiers jours.

Élément paradoxal, dans certaines régions de RDC, notamment dans le centre du pays (Kasaï-Oriental), une bouteille d’eau de 1,5 litre coute plus chère que deux bouteilles de bière. Comptez 1 500 francs congolais (soit 0,76 €) pour une bière, et 3 500 FC (soit 3 €) pour une bouteille d’eau. L’eau mise en bouteille localement est d’ailleurs plus chère que les bouteilles importées. Il s’agit une nouvelle fois d’une conséquence du retard de développement en la matière associé à la situation sécuritaire désastreuse.

Au plan alimentaire, la situation est toute aussi catastrophique. La RDC fait partie des sept pays concentrant les 2/3 des personnes souffrant de sous-alimentation dans le monde (avec Bangladesh, Chine, Éthiopie, Inde, Indonésie et Pakistan). Depuis plusieurs décennies, les taux de malnutrition ne cessent d’augmenter. En l’espace d’un peu moins de 20 ans (1990-2007), la proportion de la population souffrant de sous-alimentation est passée de 26% (10 millions) à 69 % de la population totale (soit 42 millions de personnes). 60% de la population affectée par l’insécurité alimentaire se trouve dans les régions du Nord Kivu, du Sud Kivu, du Maniema ainsi que dans la Province Orientale et du Katanga.

© WFP

Chez les enfants, la situation est toute aussi inquiétante, puisqu’en l’espace de moins de 15 ans, la proportion d’enfants âgés de moins de 5 ans souffrant d’insuffisance pondérale a également augmenté, passant de 20 à 28%. La situation est telle, que l’IFPRI (Institut International pour la recherche en politique alimentaire), a déclaré en 2011 que la RDC était le seul pays depuis 1990 à être passé d’une situation alarmante à une situation extrêmement alarmante. Au niveau des denrées alimentaires, leur prix en 2012 est bien supérieur aux trois années précédentes (+46% pour la farine de maïs, +76% pour l’huile de palme).

La faible mobilisation de la communauté internationale au plan humanitaire en faveur de la RDC est également alarmante, puisque l’apport de l’aide humanitaire par habitant est non-seulement minimal, mais n’augmente également que légèrement (3$ en 2000, 6,5$ en 2008). En comparaison, l’aide humanitaire par habitant au Tchad est passée, sur la même période, de 50¢ à 15$ et de 14$ à 41$ en Somalie.

Les programmes d’intervention d’Action Contre la Faim.

ACF en RDC

ACF en RDC

La crise de la RDC peine certes à mobiliser la communauté internationale, mais Action Contre la Faim (ACF) est quant à elle présente dans le pays depuis janvier 1996 (17 ans !). C’est plus exactement ACF USA qui est présente sur place, en employant 30 à 40 expatriés ainsi que 600 employés nationaux. Pour mener à bien ses programmes, ACF a étendu son champ d’action dans différentes régions de la RDC, allant de la capitale Kinshasa jusqu’à l’Est et l’extrême Nord-Est du pays.

Concernant les caractéristiques de l’intervention d’ACF, la mission de l’organisation porte sur 3 des 4 domaines d’interventions auxquels l’organisation est apte à agir, à savoir :

  • La nutrition, la santé et les pratiques de soins,

  • La sécurité alimentaire et de développement des moyens d’existence,

  • L’eau, l’assainissement et l’hygiène,

  • Plaidoyer et sensibilisation.

Dans le cas spécifique de la RDC, ACF a tout d’abord établi un programme relatif au domaine de la nutrition, de la santé et des soins. Ce programme est organisé autour de quatre axes d’action :

  • L’intervention d’urgence pour la crise nutritionnelle,

  • La surveillance des niveaux de nutrition,

  • L’éducation à la santé,

  • Le renforcement des capacités du Programme National de Nutrition du Ministère de la Santé.

ACF mène également à bien un programme axé sur la sécurité alimentaire et le développement des moyens d’existence. Ce programme s’organise autour de :

  • La distribution de semences et d’outils,

  • La diversification des cultures,

  • La formation technique,

  • Le développement des activités génératrices de revenus (Ex. : Distribution de coupons alimentaires).

Enfin, le troisième programme d’ACF en RDC concerne le domaine de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène. Pour ce faire, ACF agit pour :

  • Le forage de puits, l’installation de collecteurs d’eau,

  • L’installation de latrines à usage privé et public,

  • La promotion de l’hygiène,

  • La prévention du choléra.

Enfin, au plan du bilan d’ACF, l’organisation est parvenue en 2010

  • à former 4 000 travailleurs de santé publique,

  • à équiper 476 centres de traitements,

  • à soigner 42 000 personnes souffrant de sous-nutrition.

En 2011, ce sont 92 000 personnes qui ont bénéficié de l’assistance pluridisciplinaire d’ACF.

L’action du Programme Alimentaire Mondial.

Rien que pour l’année 2012, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) est parvenu à venir en aide à 2,5 millions de bénéficiaires. Sur les sept précédentes années, ce sont 2,3 millions de personnes en moyenne qui ont reçu une aide alimentaire de l’organisation. Le PAM vient en aide en priorité aux personnes affectées par le conflit armé, en particulier dans l’Est du pays, et travaille également en coopération avec d’autres agences des Nations Unies et ONG pour le transport du matériel humanitaire dans les régions reculées de RDC.

L’action du PAM en RDC s’organise en cinq programmes complémentaires :

  • Nutrition : Le but étant l’amélioration de l’état nutritionnel des personnes identifiées comme sévèrement ou modérément à risque. Ce programme nutritionnel est mis en place dans les centres thérapeutiques mais également dans les cantines scolaires.
  • Assistance aux déplacés internes, réfugiés et rapatriés : L’organisation vient en aide aux personnes les plus vulnérables telles que les plus âgées, les orphelins ou les malades chroniques.
  • Santé : Assistance aux personnes affectées par le VIH.
  • Programmes « Vivres contre travail » (Food-for-work) et « Vivres contre formation » (Food-for-training ) : L’objectif de ces programmes vise la réhabilitation des infrastructures rurales telles que les voies terrestres, les écoles et établissements publics, tout en permettant à la population locale d’accéder à des denrées alimentaires et/ou à une formation en l’échange du travail qu’elles fournissent dans le cadre desdits programmes. Le PAM veille également à ce que les produits des fermiers congolais parviennent aux marchés afin de stimuler l’économie tout en facilitant l’accès aux produits pour les populations.
  • Soutien des programmes de démobilisation des enfants-soldats et des adultes combattants avec leur famille : L’organisation porte également une attention toute particulière aux femmes, lesquelles sont nombreuses à être victimes de violences sexuelles commises par des groupes armés.




Affaire Chebeya: De la nécessité d’appliquer une justice digne du combat du militant pour les droits humains.

15 04 2011

Quelle n’a pas été ma surprise ce matin en lisant ces premières phrases sur le site web de RFI: "Le tribunal militaire de Kinshasa a décidé de requérir la peine de mort contre cinq des huit policiers jugés pour l’assassinat en juin 2010 du militant des droits de l’homme Floribert Chebeya." Horreur et consternation.

Floribert Chebeya

Horreur, puisque ceci nous rappelle que la peine de mort est toujours existante dans le droit pénal de la République Démocratique du Congo, ou du moins susceptible d’être appliquée et que la majorité des peines prononcées l’ont justement été par des tribunaux militaires – principalement à l’encontre de civils –, comme le signale Amnesty International dans son dernier rapport sur la peine de mort dans le monde. Pourtant, ce n’est pas faute pour ce pays d’Afrique centrale d’avoir tenté de se rapprocher de l’abolition de cette pratique. À la fin du mois de novembre 2010, une proposition de loi pour l’abolition de la peine de mort avait déjà été soumise par deux députés à l’Assemblée nationale avant d’être finalement rejetée par la majorité des parlementaires, lesquels ont jugé bon de qualifier la situation du pays comme étant encore trop instable – en raison des conflits internes ayant encore lieu – pour procéder à un tel changement dans le droit pénal congolais.

Consternation également, puisque je doute qu’une telle décision soit judicieuse, alors qu’il s’agit de statuer sur l’assassinat du plus éminent défenseur des droits humains de RDC. Pas sûr en effet que Floribert Chebeya, celui que l’on surnommait volontiers la "Voix des sans-voix" en raison du combat qu’il a longtemps mené au nom de la liberté politique et contre les persécutions des opposants – de Mobutu à Joseph Kabila en passant par le père de ce dernier, Laurent Désiré Kabila – aurait accepté une telle méthode dans l’application de la justice, même pour condamner les pires crimes. Rendre justice à cet homme, ne serait-ce pas plutôt appliquer une justice éloignée des méthodes d’un autre âge et respectant les principes de respect envers la dignité humaine ?

Certes, il ne s’agit toutefois à ce stade que des réquisitions du Ministère public. Les avocats de la défense disposent en effet à cette étape de la procédure de dix jours supplémentaires afin de préparer leurs plaidoiries. Mais quoi qu’on en dise, cela place malgré tout sous le feu des projecteurs un volet sombre du droit pénal congolais et qui résiste encore à toute évolution. Espérons toutefois que des ONG de défense et de promotion des droits humains feront raisonner leur voix en l’honneur de Floribert Chebeya s’il advenait que ces peines soient confirmées par le tribunal militaire de Kinshasa. Même disparue, ce n’est en effet pas une raison pour que la voix des sans voix ne soit définitivement plus écoutée.





Ces conflits que le Monde n’entend pas (1): Zoom sur la République Démocratique du Congo.

9 07 2010

La République Démocratique du Congo, troisième plus vaste pays d’Afrique avec ses 72 millions d’âmes fait parti de ces Etats les plus pauvres du monde et dont l’impact sur la scène mondiale n’est que marginal. Pour autant, la République Démocratique du Congo reste forte d’une géographie exceptionnelle avec la deuxième plus grande forêt du monde après l’Amazonie, et dispose aussi d’une histoire riche qui ne parvient toutefois toujours pas à se détacher des conflits post-coloniaux, qu’ils soient ethniques, politiques ou économiques. Actuellement et depuis de trop longues années, des combats ont toujours lieu, et s’étendent du nord-est au sud-est et à l’intérieur du pays. À l’ombre des grands enjeux politico-financiers de notre ère et de la société occidentale, il s’y déroule dans ce pays d’Afrique centrale une succession de conflits qui ont, dans l’indifférence quasi-totale, engendré plus de 5 millions de personnes décédées depuis 1998. Voyons ensembles les sources d’un des conflits les plus meurtriers du monde, l’un des plus silencieux et son contexte actuel.

Qui sont ces forces armées déstabilisant cette région ?

Dans un conflit aussi large que complexe, il est difficile de se limiter à quelques exemples sans oublier de nommer d’autres belligérants qui restent une source importante de déstabilisation. Décrits brièvement, voici la liste des groupes armés en activité sur le sol congolais:

- Le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP):
Le CNDP tient son origine de Laurent Nkunda qui en était le chef, jusqu’à son assignation à résidence par le Rwanda. Il est aujourd’hui remplacé par Bosco Ntaganda qui, bien qu’inculpé par la Cour Pénale Internationale a accepté d’orienter le mouvement rebelle vers la paix. C’est ainsi qu’en mars 2009, le CNDP s’est converti en parti politique et que 3 000 à 4 000 de ses combattants ont intégré l’armée congolaise. 1 000 à 2 000 autres soldats résistent toutefois à leur intégration dans l’armée régulière et sont responsables des activités dans le Nord-Kivu, qu’il s’agisse de l’exploitation minière artisanale au trafic de charbon, ou encore des extorsions persistantes.

- L’Armée de résistance du Seigneur (LRA):

Troupe armée de la LRA en RDC

Peu nombreux, ils restent encore à l’heure actuelle une véritable source de terreur et d’atrocités commises tant en République Démocratique du Congo que dans les régions transfrontalières d’Afrique centrale. Fondé par Joseph Kony, la LRA a pour objectif d’instaurer en Ouganda une théocratie d’inspiration chrétienne, basée sur les Dix commandements de la Bible. La LRA avait à l’origine des revendications légitimes, à savoir la pauvreté et la marginalisation des terres de l’ethnie Acholi d’Ouganda. 
Repoussée des frontières ougandaises, la LRA s’est ensuite introduite au Sud-Soudan au milieu des années 1990, mais l’accord de paix soudanais de 2005 et l’inculpation de Joseph Kony par la Cour Pénale Internationale força le groupe à se réfugier dans les forêts de la République Démocratique du Congo.
Selon des estimations, la LRA aurait tué ces trois dernières années plus de 2 000 civils, en aurait enlevé tout autant sur le territoire congolais et est à l’origine de l’exode forcée de 318 000 personnes. Sa triste notoriété tient aussi des recrutements de force d’enfants-soldats, et de l’utilisation des jeunes filles comme esclaves sexuelles. Ce groupe armé se livre aussi à des mutilations des lèvres et des oreilles de leurs victimes. Désorientée et déstabilisée, l’International Crisis Group décrit la LRA dans un de ses rapports comme un « groupe de guérilla aujourd’hui sans cause et sans base fixe dont la principale préoccupation est la survie au jour le jour ».

- Les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR):
Regroupant les Hutus du Rwanda impliqués dans le génocide de 1994, les FDLR se composent d’anciens membres de l’armée du président défunt Juvénal Habyarimana et de miliciens Interahamwe – ceux-là même à l’origine du massacre. À la suite de leur déroute après le génocide, les FDLR se sont regroupés en République Démocratique du Congo afin de préparer une reprise du pouvoir. Selon l’ONU, les FDLR comptent aujourd’hui 3 000 hommes.

- La Force de résistance patriotique en Ituri / Front populaire pour la justice au Congo (FRPI/FPJC):
Leur chef, Germain Katanga, est actuellement en comparution devant la Cour Pénale Internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Parmi ses agissement, citons le recrutement d’enfants-soldats, les massacres de masse et les viols systématiques. Aujourd’hui ce groupe subsisterait à l’état résiduel, mais ses répercussions humanitaires restent importantes.

- Les Maï-Maï:
Il s’agit ici de ces combattants connus pour leur habitude à s’asperger  "d’eau magique" pour se protéger des balles. Ce sont pour la plupart des membres de milices d’autodéfense, formées par les leaders locaux, qui arment des jeunes hommes – et des enfants – dans les villages.

Nommons également les Forces Patriotiques pour la Libération du Congo (FPLC) ainsi que lesForces démocratiques alliées/Armée nationale de libération de l’Ouganda (ADF/NALU).

Enfin, terminons par les Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), autrement dit l’armée régulière du pays. Celle-ci est toute aussi peu glorieuse puisque à l’instar des groupes dits rebelles, les militaires ont été à l’origine ces dernières années de viols continus – de femmes et d’hommes –, de pillages, de trafics de minéraux et de bois de construction. La cause de ces comportements tiendrait son origine dans le fait que beaucoup de ces soldats seraient à la fois mal payés et mal alimentés.

Chronologie d’un conflit distinct: La guerre du Kivu.

Réfugiés du Kivu

Parmi les diverses sources de déstabilisation actives dans la région, un conflit en particulier a longuement retenu l’intention – mais toujours insuffisamment – des instances de l’ONU. Il s’agit de la Guerre du Kivu dans l’Est du pays, conflit armé opposant les forces régulières de l’armée de la République démocratique du Congo (FARDC) au Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) mené par Laurent Nkunda et décrit précédemment.
En 2003, avec la fin officielle de la deuxième Guerre du Congo (1998-2003, 4 à 4,5 millions de personnes décédées), Laurent Nkunda accepte de rejoindre la nouvelle armée régulière créée par le gouvernement de transition. Mais rapidement il s’oppose à l’autorité du gouvernement et se replie avec des troupes dans le Nord-Kivu.
En 2005, Laurent Nkunda demande la démission du gouvernement de transition qu’il accuse de corruption. Dans le même temps, de plus en plus de déserteurs de l’armée régulière rejoignent ses propres troupes, qui gonflent alors jusqu’à 3 000 hommes.
À l’approche de l’élection présidentielle congolaise de 2006, Laurent Nkunda affirme qu’il respectera le résultat des urnes. Mais c’est sans surprise que, la veille de la confirmation de la victoire de Joseph Kabila, déjà Président de transition, que les forces de Laurent Nkunda lancent une offensive majeure contre des troupes gouvernementales ainsi que de la MONUCMission de l’Organisation des Nations unies en République démocratique du Congo.
En septembre 2007, les troupes de Laurent Nkunda s’en prennent à une dizaine d’écoles et de collèges, et y enrôlent de force des enfants-soldats. De sources sûres, les Nations unies confirmeront que les filles furent emmenées comme esclaves sexuelles, et les garçons comme soldats. À la fin de l’année, des milliers de civils continuent de quitter leurs maisons pour les camps de réfugiés augmentant leur nombre à plus de 370 000 personnes.

Laurent Nkunda

Face à la puissance du CNDP lourde de 20 000 hommes, les pertes gouvernementales continuent d’être considérables durant l’année 2008. En effet, 2 600 militaires sont tués alors qu’ils sont près de 6 000 hommes à être engagés. Du matériel militaire se retrouve même des mains des troupes régulières à celles des rebelles: 6 tonnes de munitions, 45 blindés, 20 lance-roquettes, 15 000 caisses de grenades, 6 000 caisses de fusil militaire, et 15 missiles sol-air. Assuré de sa puissance, Laurent Nkunda annonce le 14 décembre qu’il est ouvert à des pourparlers de paix. L’ouverture de ces pourparlers est toutefois reportée au 6 janvier 2008. Entre temps, environ 200 écoliers sont à nouveau déclarés disparus ou enrôlés par l’armée de Laurent Nkunda le 17 décembre 2007. L’International Rescue Committee déclara également cette année là que 45 000 personnes mourraient chaque mois des conséquences de cette guerre.
Les pourparlers de paix ont lieu jusqu’au 21 janvier 2008, et laissent même entrevoir un accord. Le 23 janvier, un traité de paix est finalement signé, incluant une déclaration de cesser-le-feu immédiat, un retrait du Nord-Kivu des troupes de Laurent Nkunda, le retour au village de milliers de civils, et même l’immunité des forces de Laurent Nkunda.
En octobre 2008, alors que l’accord de paix est toujours en vigueur, de nouvelles attaques de Laurent Nkunda ouvrent la porte à une internationalisation du conflit. En effet, à la suite d’une alliance surprise, les gouvernements rwandais et congolais lancent une opération militaire combinée le 22 janvier 2009 qui mènera à l’arrestation de Laurent Nkunda au Rwanda le 22 janvier au soir, en l’assignant jusqu’à aujourd’hui à résidence.

Les méandres et autres raisons de la Guerre du Kivu:

Échantillons de coltan

Le Kivu, à l’Est de la République Démocratique du Congo n’est pas une région dénuée d’intérêts. En effet, il s’agit d’une région incroyablement riche en minerai, le plus important d’entre eux étant sans conteste le coltan. Le coltan est un minerai radioactif de couleur noire voire brun-rouge contenant deux minéraux associés, la colombite et la tantalite. Ce minerai se trouve principalement en Afrique centrale, et plus particulièrement en République démocratique du Congo dont la région du Kivu détient entre 60 et 80 % des réserves mondiales. Des exploitations de coltan existent également en Australie, au Brésil, au Canada et en Chine.
Mais pourquoi est-il question d’un minerai dont le nom semble si peu connu ? Pour la seule et unique raison que le coltan est utilisé en électronique, en particulier dans les téléphones portables, les consoles de jeux-vidéo et les appareils électro-ménagers. Le secteur de l’électronique serait tellement demandeur de ce minerai qu’il monopoliserait ainsi 60 à 80% de son marché. Souvent comparée aux diamants de sang finançant les conflits dans d’autres régions africaines, l’exploitation du coltan serait, du moins en grande partie liée aux conflits en République démocratique du Congo. Le Conseil de sécurité de l’ONU est même allé jusqu’à dénoncer dans un rapport datant de 2001 les grandes quantités de ce minerai illégalement extraites du sol de la République démocratique du Congo, et transportées en contrebande par les armées de l’Ouganda, du Rwanda et du Burundi et de la République Démocratique du Congo, en accord avec des entrepreneurs occidentaux occupant le pays, dont la région du Kivu.
L’armée rwandaise, à l’instar de l’armée libérienne et des diamants récupérés au temps de la guerre du Sierra Leone, aurait de cette façon récolté 250 millions de dollars en l’espace 18 mois par l’intermédiaire du trafic illégal du coltan, dont le Rwanda est pourtant dépourvu. Sans conteste, ces exploitations minières illégales encouragent ainsi le maintien d’armées étrangères au Kivu.

Mais les groupes armés ne sont pas les seuls responsables de cette situation. Les multinationales qui participent à l’extraction du minerai au Kivu sont aussi à blâmer, car elles financent indirectement la guerre par les taxes payées aux groupes armés rebelles et réguliers qui maîtrisent les mines de la région. Des compagnies européennes assurent également le transport du coltan vers l’Europe, à l’image de SDV Transintra, qui appartient Groupe français Bollorélequel figure aujourd’hui parmi les 500 premiers groupes mondiaux, et dont le propriétaire Vincent Bolloré peut se vanter d’une fortune personnelle de 4 milliard de dollars. Parlons également de ces entreprises qui réalisent des bénéfices colossaux grâce à la vente de téléphones mobiles et d’autres appareils électroniques. Ces entreprises sont accusées par l’ONG Global Witness de ne " pratiquement rien faire pour s’assurer que les composants de leurs produits ne proviennent pas de régions contrôlées par des groupes armés ". Pour leur défense, certaines d’entre elles affirment que leurs chaînes d’approvisionnement sont tellement complexes qu’il est impossible de les suivre, à quoi de nombreuses ONG ainsi que les Nations Unies ont répondu que cet argument n’est pas valable.
Quelques entreprises s’assurent toutefois que le coltan qu’elles utilisent ne provienne pas du Congo, telles que Apple, Intel, Hewlett-Packard, Sony, Nokia ou Nintendo.

Les conséquences et autres retombées négatives.

Dans un camps de réfugiés congolais de l’UNHCR. Crédits: Uriel Sinai/Getty Images, The Big Picture, Boston Globe

Nul doute possible qu’aujourd’hui la situation humanitaire et sociale du pays s’en retrouve à des niveaux catastrophiques. Les premiers touchés par ces conflits successifs restent les populations civiles composées de plusieurs centaines de milliers de personnes, forcées à l’exode – quand celles-ci ne sont pas tout simplement massacrées – vers d’autres pays ou contraintes de trouver refuge dans les quelques camps de protection érigés par les forces de l’ONU en mission sur place, la MONUC.
Autres victimes et non des moindres, les femmes congolaises, systématiquement violées et/ou tuées, quel que soit le groupe armé en question, rebelle ou régulier. D’autres femmes, lorsqu’il leur est laissé la vie sauve portent à jamais sur elles les traces des violences et de la barbarie guerrière: oreilles ou lèvres coupées, membres sectionnés ou viol à l’aide du canon des armes. Comble de l’horreur, le viol étant si constant au fil des conflits – 8 000 viols auraient été commis au Nord et au Sud-Kivu au cours de la seule année 2009 selon les estimations – cela a conduit à une véritable impunité envers les violeurs, au point qu’il en a même valu pour le pays de porter le nom de "capitale mondiale du viol". La banalisation du viol est telle que depuis 2009 de plus en plus de viols sont dorénavant commis par des civils. Environ cinquante pour cent des nouveaux cas recensés seraient en effet commis par des civils, des hommes voyant les soldats ou les miliciens comme des modèles. Et même si la législation congolaise est devenue stricte en matière de violence sexuelle depuis 2006 – les peines pour agression sexuelle pouvant aller de cinq à vingt ans d’emprisonnement – la loi reste rarement mise en application. Rajoutons à cela les frais judiciaires souvent élevés, ou les mandats d’arrêts émis contre les auteurs présumés restant souvent sans suite.
Avec les femmes suivent les enfants, dont le sort est tout aussi misérable. Il est estimé qu’un tiers des combattants présents sur le sol congolais ont moins de 18 ans. Ne pouvant plus s’attirer les faveurs des populations, les groupes armés trouvent la facilité à acquérir de nouvelles recrues en enrôlant des enfants de force, petits soldats en nombre quasiment illimités, qu’ils endoctrinent et rendent extrêmement loyaux.

Soldat de maintien de la paix pakistanais en RDC

Enfin, situation de guerre oblige, et le pays croulant sous la dette, les établissements sanitaires sont évidemment inexistants. Il est donc rendu nécessaire que les organisations humanitaires interviennent mais celle-ci font également face à de graves difficultés, tant financières que de sécurité. Seulement 30 % des 827 millions de dollars demandés par l’ONU pour ses opérations dans le pays sont actuellement financées, réduisant ainsi l’aide à la population et aggravant de surcroît les conditions de vie. Ainsi, voici comment loin de toutes les préoccupations et autres priorités des grands de ce Monde, un pays s’enfonce dans l’horreur et le désespoir le plus total, au grand dam de millions de personnes, victimes au destin brisé n’ayant aucun véritable contrôle de leur vie, à l’image de leur propre pays.

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Ces larmes que n’auront jamais les armes.








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