Insécurité alimentaire: En finir avec le mythe de la surpopulation mondiale.

11 09 2011

925 millions de personnes sous-alimentées dans le monde ; 65 pour cent d’entre elles vivant dans seulement sept pays: l’Inde, la Chine, la République démocratique du Congo, le Bangladesh, l’Indonésie, le Pakistan et l’Ethiopie ; 30 milliards de dollars par an nécessaires pour éradiquer le fléau de la faim dans le monde…

Derrière la dure réalité de ces chiffres, certains pensent que la solution la plus efficace dans la lutte contre l’insécurité alimentaire serait de contrôler les naissances, ou plus exactement de limiter le nombre d’enfants par femme. En d’autres termes, la démographie galopante connue dans certaines régions du monde serait l’une des raisons – sinon la principale – de l’impossibilité de mettre fin aux famines. Et à mesure que cette démographie augmente, la difficulté pour nourrir l’humanité entière irait de même.
Sans véritablement entrer dans les détails, et sans avoir non plus la prétention d’apporter la solution au mal de la faim dans le monde, intéressons-nous ici à démontrer combien cette idée, sans être fondamentalement mauvaise, n’est pas une solution à court terme, pas plus qu’elle ne l’est sur le long terme. Explications.

Il n’est pas à démontrer que la croissance démographique la plus importante se trouve dans des pays empreints de la culture musulmane ou encore dans des régions de l’Afrique noire. Il semble par conséquent bien difficile pour commencer, même avec beaucoup de bonne volonté, de parvenir à convaincre les populations de ces régions à utiliser des moyens contraceptifs lorsque ceux-ci sont soit bannis par les croyances ou par le manque d’infrastructures et de suivis médicaux viables et efficaces. Par conséquent, une double difficulté se pose là: il est non seulement nécessaire de convaincre ces populations d’utiliser des contraceptifs, changer leur mentalité sur cette question, mais également encourager la communauté internationale à fournir en nombre suffisants ces contraceptifs tout en ne diminuant pas les dons de denrées alimentaires.

De plus, en quoi serait-il nécessaire, voire même fondamental de prôner un ralentissement des taux de natalité alors que beaucoup d’études sont formelles: si la tendance démographique actuelle est à l’augmentation, nous nous rapprochons de plus en plus du sommet avant que le monde tout entier ne connaisse une véritable chute de la démographie. C’est déjà le cas en Russie, où les taux de mortalité sont plus élevés que les taux de natalité. L’Europe également peine à son tour à ralentir la diminution des naissances, et même la Chine s’approche dangereusement de cette situation en raison de la politique de l’enfant unique.

Le contrôle de la démographie n’est pas également une solution dans le sens où elle peut s’avérer très dangereuse. En effet, dans des régions où une grande importance est apportée à la « descendance familiale », dans des cultures ou mentalités où il est encore considéré comme primordial d’avoir un enfant du sexe masculin, quelle serait l’explication des pro-diminution de la démographie lorsque des milliers de petites filles seront abandonnées ou tuées, comme cela s’est notamment produit en Chine ? Là encore, la solution du contrôle de la démographie s’oppose à un problème de mentalités qui demandent davantage de temps pour être changées que le problème de la faim n’en a besoin. Les questions d’eugénisme méritent également que l’on s’y intéresse, même si une telle politique a peu de chance d’être mise en place hors pays « ultra-développés ».

Enfin et surtout, une telle idée se heurte au fait, nous l’avons vu, qu’elle ne soit pas forcément en osmose avec certaines mentalités tandis qu’à l’inverse, il ne fait aucun doute pour beaucoup que les règles du marché économique-financier-bancaire-alimentaire mondial sont absolument immorales et nécessitent d’être réformées en urgence, et en profondeur. Un tel système prendrait par ailleurs beaucoup moins de temps à être refondé – il est déjà critiqué et remis en cause dans le monde entier, ce qui n’est pas le cas pour les naissances –, contrairement à une prise de conscience raisonnée sur un contrôle des naissances raisonnable qui prendrait certainement au bas mot une génération entière pour qu’il soit mis en place. Une refonte globale de notre système économique ne demanderait évidemment pas autant de temps… si tant est que l’on s’en donne les moyens, cela va de soi.

Et si malgré cela, nous sommes toujours pas d’accord sur la manière de juguler efficacement les famines, il reste encore possible de soutenir l’action du Programme Alimentaire Mondial, oeuvrant dans 73 pays, en effectuant un don.

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L’intervention en Libye et ses critiques: Pourquoi il faut savoir raison garder.

22 03 2011

Depuis le début de la crise libyenne, les critiques fusent de toute part. D’abord visant et condamnant les exactions des troupes loyalistes de Mouammar Kadhafi, ces critiques se sont progressivement calmées à mesure que des Etats ont fait entendre – bien que tardivement – de plus en plus fortement leur voix afin que le leader libyen s’attache à ne pas recourir à la force pour mater les révoltes secouant le pays.
Un nouveau pas à été franchi lorsque le Conseil de Sécurité de l’ONU a autorisé que soit menée une action par la force visant à protéger les civils libyens menacés par l’avancée des troupes kadhafistes et que soit mis en place une zone d’exclusion aérienne afin que cessent de voler les avions de l’armée libyenne, utilisés à des fins de bombardement. Aujourd’hui, toujours plus d’Etats sonnent le tocsin afin de dénoncer une action militarisée dépassant les limites pour lesquelles elle a été mise en place, tout comme l’on entend régulièrement des propos faisant état d’ingérence et de révolte organisée depuis le début afin de s’emparer du pétrole libyen. Voici ma vision des choses.

Une responsabilité internationale prévue dans les traités.

Intéressons-nous d’abord à ce que prévoient les textes internationaux relatifs aux conflits armés. Dans le cadre du droit international humanitaire prévu par les Conventions de Genève, il est prévu que soient protégées les personnes ne prenant pas part ou plus part aux hostilités contre toute violence à leur encontre. Il en va ainsi des civils, mais également des soldats ou insurgés désarmés. De plus, cette protection implique également que soient interdits « les actes ou menaces de violence dont le but principal est de répandre la terreur parmi la population civile », comme le prévoit l’article 51 du premier protocole additionnel des Conventions de Genève.
Il est également indiqué que les Etats parties à ces Conventions dites de Genève sont tenus de les respecter mais également de les faire respecter. Par conséquent, si un Etat partie ne remplit pas ses obligations, les autres Etats ayant ratifié ces conventions ont la responsabilité de prendre des mesures, lesquelles peuvent s’inscrire dans le cadre des Nations Unies. Insistons bien sur ce point: En devenant partie aux conventions de Genève, les État sont tenus de respecter et de faire respecter ces conventions, et ce « en toutes circonstances ».
À cela s’ajoute le statut de la Cour Pénale Internationale, lequel considère que les crimes internationaux doivent être vus comme étant « les crimes les plus graves qui touchent l’ensemble de la Communauté internationale ». Par conséquent, il serait du devoir de la Communauté Internationale d’agir tant par la prévention que par la sanction en cas de crime de guerre ou de crime contre l’Humanité notamment. Le rapport de la Commission Internationale de l’intervention et de la souveraineté des Etats sur la responsabilité de protéger (2001) affirme même que « quand une population souffre gravement d’une guerre civile, d’une insurrection, de la répression exercée par l’Etat ou de l’échec de ses politiques, et lorsque l’Etat n’est pas disposé ou apte à mettre un terme à ces souffrances ou à les éviter, la responsabilité internationale de protéger prend le pas sur le principe de non-ingérence ».
Par suite logique, dans un contexte de violations des droits de l’Homme et du droit international humanitaire, le Conseil de Sécurité de l’ONU est dès lors habilité à intervenir sur la base du Chapitre VII de la Charte des Nations-Unies relative à l’Action en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d’acte d’agression –, de deux manières différentes: par la création de missions d’enquête ou par l’engagement d’une action coercitive laquelle peut aller jusqu’à l’emploi de la force armée.

L’ingérence justifiée dans les faits.

Le corps d’un adolescent africain décédé, incorporé dans les troupes de M. Kadhafi.

Les faits suffisent à eux-mêmes pour justifier les réactions d’une partie de la communauté internationale: répressions croissantes des manifestations, incitation par le leader libyen de mater les révoltes, bombardements aériens, emploi de mercenaires, accueil de troupes de renfort en provenance du Tchad – armée qui comporte notamment des enfants parmi les soldats engagés dans ses rangs. Plusieurs de ces faits relèvent du crime de guerre, comme l’homicide intentionnel de combattants blessés ou de civils, ou encore le fait de soumettre la population civile à une attaque et l’utilisation d’enfants-soldats. De plus, alors qu’il a été relevé que des mercenaires avaient été engagés sur ordre de M. Kadhafi, ceci est prohibé à la fois par une Convention de l’OUA sur l’élimination du mercenariat en Afrique (1977) mais également par une Convention des Nations Unies (1989) qui indiquent que le recrutement, l’utilisation, le financement et l’instruction de personnes qui s’enrôlent volontairement et à titre individuel dans les unités combattantes d’un Etat dont elles n’en sont pas les ressortissantes et motivées par l’appât du gain promis est formellement interdit.
Rappelons également les menaces répétées du leader libyen dans ses allocutions télévisées à l’encontre d’un groupe tout entier du pays, et démontrant la folie mégalomane et sanguinaire par laquelle est atteinte celui qui se veut comme le père de cette nation. Alors que l’une des règles fondamentales du Droit International Humanitaire indique que le but de la guerre n’est pas l’anéantissement physique de l’adversaire, et que les combattants mis hors de combat ainsi que les personnes qui ne participent pas directement aux hostilités ne doivent pas être l’objet d’attaques, Mouammar Kadhafi a démontré à plusieurs reprises comme il entendait effectuer une « purge » dans son propre pays. Le danger que représente ses troupes a même été tel que les équipes du Comité International de la Croix Rouge se sont retrouvées dans l’obligation de quitter au moins temporairement la ville de Benghazi.

Campagne d'Amnesty International - "Ignorez-nous, ignorez les droits humains"

Ainsi, alors que les exactions menées au nom de Mouammar Kadhafi relèvent sans le moindre doute de la Cour Pénale Internationale, comment s’opposer à une intervention internationale coordonnée sous prétexte qu’il convient de condamner toute ingérence ? Si au niveau national tout le monde s’accorde pour contacter les autorités compétentes afin de prévenir du danger une femme victime de violences conjugales, pour protéger des enfants en situation de maltraitance ou plus simplement pour qu’une personne agressée au bas de votre rue reçoive une assistance, pourquoi ce même principe ne pourrait-il pas s’appliquer au niveau international, quand ce sont des peuples qui sont en situation de danger, sous prétexte qu’il convient de ne pas interférer avec les affaires intérieures de l’Etat ? Ne dit-on pas régulièrement que rester silencieux au sujet d’une situation dangereuse que vit une personne c’est devenir complice du calvaire qu’elle endure ?
Dans la situation actuelle que vit la Libye et son peuple, il serait à mon avis plus convenable d’observer avec retenue l’avancée de l’intervention au fil des heures tout en maintenant une certaine pression sur les pays impliqués, plutôt que de critiquer à tout va alors même qu’aucune conclusion ne peut encore être véritablement établie. Faut-il encore préciser que s’il s’agissait d’une révolte suivie d’une intervention internationale dans un contexte démocratique il conviendrait d’affirmer qu’il n’y a pas lieu d’intervenir, que c’est au peuple tout entier d’accepter le jeu de la démocratie et à s’organiser en vue les prochaines élections ? En l’état actuel des choses, aucun élément démocratique n’est à relever, puisqu’il s’agit d’une situation dans un pays en réalité proche du despotisme, avec un leader à la fortune inestimable et au pouvoir depuis plus de 40 années consécutives et dont les moeurs sont les plus discutables. Faudrait-il encore et toujours fermer les yeux, laisser courir continuellement les inégalités et les exactions envers tout un peuple alors que nous avons la possibilité et le devoir de leur porter assistance ?

L’intervention internationale jusqu’à présent.

Campagne de Reporters Sans Frontières pour la Liberté de la presse

La principale mesure de la résolution 1973 prise par le Conseil de Sécurité des Nations-Unies concerne la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne – qui s’accompagne de la destruction des défenses anti-aériennes – afin que les populations civiles soient protégées contre tout bombardement en provenance de l’aviation militaire libyenne. Des voix ont pourtant commencé à s’élever afin de condamner des frappes internationales qui s’inscriraient bien au delà du périmètre délimité par la résolution 1973. Si la destruction des défenses anti-aériennes est bien liée à la zone d’exclusion aérienne, il est nécessaire de préciser que la destruction des blindés à proximité des villes rebelles et des artilleries dans les zones pro-Kadhafi fait également partie de la défense des civils. Le texte est clair: « Le Conseil de sécurité (…) autorise les États Membres qui ont adressé au Secrétaire général une notification à cet effet et agissent à titre national ou dans le cadre d’organismes ou d’arrangements régionaux et en coopération avec le Secrétaire général, à prendre toutes mesures nécessaires (…) pour protéger les populations et les zones civiles menacées d’attaque en Jamahiriya arabe libyenne, y compris Benghazi ». Ce qui, par conséquent, permet d’affirmer que la résolution 1973 des Nations-Unies n’est pas dépassée.
Toujours en référence au Droit International Humanitaire, celui-ci prohibe les opérations militaires visant les biens et dont la destruction totale ou partielle n’apportent pas un avantage militaire précis. Cette règle est par ailleurs liées à celle qui interdit que soit porté atteinte aux biens indispensables à la survie, comme les denrées alimentaires, les récoltes, le bétail, les installations d’eau potable et les ouvrages d’irrigation. Force est donc de constater qu’à l’heure actuelle les frappes se sont concentrées sur des infrastructures relatives à l’organisation militaire du pouvoir libyen et que, même si le doute reste légitime, il n’a pas été porté atteinte aux biens relatifs à la survie des populations civiles.
Enfin, rappelons que la résolution 1973 du Conseil de Sécurité des Nations-Unies prévoit également qu’est exclu « le déploiement d’une force d’occupation étrangère sous quelque forme que ce soit et sur n’importe quelle partie du territoire libyen », ce qui est jusqu’à présent totalement respecté.

S’il reste donc important de veiller à ce que cette résolution soit scrupuleusement appliquée, afin de protéger tant les intérêts que les vies des populations civiles libyennes, il est pour l’heure véritablement déplacé de crier à l’invasion occidentale, à la concrétisation d’un nouveau plan visant à s’emparer des richesses – notamment pétrolifères – libyennes. Il serait en effet bien plus raisonné d’appeler de tous ses voeux à ce que la crise libyenne trouve une issue favorable aux revendications du peuple libyen, lesquelles s’inscrivent dans le contexte d’un désir grandissant de démocratisation du monde arabe.
Bien que je sois moi-même un anti-militariste confirmé, je ne puis que soutenir une action coordonnée visant à protéger les populations civiles. Seul l’avenir – proche – aura la possibilité de nous confirmer si cela a été respecté à la lettre. Dans le cas contraire, il sera toujours temps de faire gronder ces revendications.

EDIT: Certains articles sur Internet font état d’une violation de l’article 35 de la Constitution de la Vème République, lequel prévoit que toute « déclaration de guerre [doit être] autorisée par le Parlement ».
Si le terme « déclaration de guerre » reste discutable, il est néanmoins nécessaire de lire également l’article 55 de ladite Constitution qui dispose que « Les traités ou accords régulièrement ratifiés ou approuvés ont, dès leur publication, une autorité supérieure à celle des lois, sous réserve, pour chaque accord ou traité, de son application par l’autre partie ».

Ainsi – au risque de le répéter –, il est prévu que les Etats parties aux Conventions de Genève prennent des mesures s’inscrivant dans le cadre des Nations-Unies si un Etat partie ne remplit pas ses obligations. Signalons à ce titre que la Libye a ratifié en 1956 et en 1978 les Conventions de Genève et le Premier Protocole qui s’y rattache – lesquels ont valeur de traités.
Il est dès lors possible pour le Conseil de Sécurité de l’ONU d’intervenir à son tour sur la base du Chapitre VII de la Charte des Nations-Unies – un traité international – en engageant notamment une action coercitive pouvant aller jusqu’à l’emploi de la force armée.

Par conséquent, si le Gouvernement français et son armée agissent dans le cadre légal des traités cités plus haut, lesquels ont une valeur supérieure à la Constitution, l’intervention en Libye ne peut être contestée sur le fondement de l’article 35 de la Constitution de la Vème République.

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Quand la Libye saigne, la France fait semblant de ne pas le voir.





Insécurité alimentaire: Le bilan de l’année 2010.

5 01 2011

Tandis que chaque nouvelle année ouvre la porte aux perspectives et autres buts atteindre au cours des mois à venir, cela donne également l’occasion d’établir un bilan des évènements et évolutions de ceux-ci au cours de l’année achevée.
En concordance avec la ligne éditoriale du blog, je vous propose donc pour commencer 2011 d’établir un bilan de l’insécurité alimentaire dans le monde, sujet plusieurs fois abordé sur le site, tant il m’est cher. Toutefois, malgré l’information recueuillie au cours de l’année 2010, ce bilan ne pourra être que bref, tant le sujet déborde de données, à l’image du nombre de personnes souffrant aujourd’hui de sous-nutrition.

Beaucoup de mauvaises nouvelles, d’abord et toujours en Afrique… :

L’année 2010 a notamment commencé tandis qu’Haïti se trouvait sous les décombres à la suite d’un séisme surmédiatisé (Lire à ce sujet l’article Haïti est-ce que tu vis [encore] ?) d’une magnitude de 7,0 sur l’echelle de Richter ayant causé le décès de plus de 225 000 personnes et faisant passer à l’état de sans-abris 1 million d’autres haïtiens. En conséquence, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) s’organise dès janvier pour mettre en place dans la capitale des centres de distribution de nourriture grâce auxquelles l’aide alimentaire à pu être distribuée à 2 millions d’haïtiens environ.
En parallèle, 2010 aurait également pu être désignée comme une année de crainte sans relâche d’une éventuelle catastrophe alimentaire au Niger. En raison d’une sécheresse doublée par l’instabilité des prix des denrées alimentaires, ainsi que par le manque cruel de récoltes, le PAM prévoit derechef d’intervenir auprès de 4,5 millions de nigériens, tandis que ses prévisions étaient moitié moindre pour la même année. Il est dès lors annoncé que près de 47 % de la population nigérienne est frappée par l’insécurité alimentaire. Redoutant d’être dépassées par le nombre toujours croissant de sous-alimentés, les ONG de tous horizons lancent un appel afin que 133 millions de dollars leur soient attribués dans le cadre de la lutte contre la faim au Niger tandis que 57 millions de dollars avaient déjà été récoltés. Au milieu de l’année 2010, il est estimé que 17 % des enfants agés de moins de cinq ans souffraient de malnutrition aigüe globale, tandis que ces chiffres étaient 42 % moins élevés pour 2009. Fort heureusement, dès novembre et grâce finalement à une bonne saison agro-pastorale, le pourcentage d’enfants sous-alimentés passe à 15,5 % bien que ce chiffre reste au-dessus du seuil d’urgence fixé à 15 %.
La région limitrophe du Niger a elle aussi connu une des années les plus difficiles. Durant 2010, plus de 10 millions de personnes sont touchées par la sous-nutrition chronique. Comme c’est le cas habituellement, la majorité de ces personnes sont des femmes et des enfants, ces derniers étant plus de 500 000 à avoir été pris en charge par les organisations de solidarité internationale dans toute la région du Sahel. Au Tchad, les victimes de la faim passent entre 2009 et 2010 à 61 % de la population locale. Au Mali, le gouvernement fait connaître quant à lui des besoins financiers s’élevant à plus de 130 millions de dollars afin de pouvoir lutter contre la famine. Dans le Sud-Soudan, ce sont entre 30 et 50 % des enfants qui souffrent de malnutrition.
Dans la corne de l’Afrique, en Somalie, alors que la situation humanitaire ne trouve aucune échappatoire, l’aide alimentaire distribuée par le PAM est soupçonnée d’être détournée au profit de trois hommes d’affaires locaux, ce que le PAM dément avec force tout en annonçant le non-renouvellement des contrats qui liait l’organisation avec ces trois somaliens. Concernant les chiffres de la faim, près de 43 % de la populationenviron 3,2 millions de personnes – dépendent de l’aide humanitaire des ONG présentes dans le pays. Une grave sécheresse a d’ailleurs sévit dans la région du Mudug, dans le centre du pays, touchant tant les personnes que les maigres cheptels qu’elles possèdent.
De l’autre coté de la rive, le Yémen alerte la même année les bailleurs de fond qu’une grave crise alimentaire guette le pays, de même en Irak où les autorités prévoient pour 2010 d’importer jusqu’à 80 % de ses besoins en blé et riz.

…Mais pas seulement, comme dans le reste du Monde:

Le milieu de l’année a également été animé par un sommet du G20 que beaucoup ont jugé inutile – notamment les ONG. En effet, beaucoup considèrent que ce sommet n’a servi qu’à formuler de nouvelles promesses qui ne seront encore et toujours pas tenues, ou bien que ces promesses reflètent une certaine ironie à peine dissimulée, à l’image du coût du sommet parfaitement identique à l’engagement pris par le Canada pour l’aide au développementsoit 1,1 milliard de dollars.
Le problème de la faim ne réside pas qu’en Afrique, puisqu’en 2010 le PAM intervient également en Europe de l’Est, au Kirghizistan, où 620 000 personnes bénéficient de son assistance.
Par ailleurs, le PAM dénonce au mois de novembre l’insécurité alimentaire persistante qui sévit auprès du tiers des habitants de Corée-du-Nord. En Mongolie, Action Contre la Faim vient en aide aux éleveursun tiers de la population vit de l’élevage – qui ont vu leurs cheptels décimés par un hiver et un été meurtriers pendant lesquels 8 millions de bêtes n’ont pas resisté.
Tandis qu’en 2010 la pluie manque en quantité au Sahel, celle-ci provoque en revanche des inondations meurtrières au Pakistan, où 20 millions de personnes sont touchées et placées en position d’extrême faiblesse alimentaire. Comble de malchance, ces innondations s’inscrivent dans la continuité d’une instabilité alimentaire croissante depuis 2003 touchant déjà la moitié de la population pakistanaise. L’hiver approchant à grand pas, les associations et autres organisations de solidarité internationale font connaître à la communauté mondiale leurs craintes quant au manque de fonds alors même que les taux de malnutrition restent élevés et s’accompagneront bientôt d’une augmentation des infections respiratoires dues au froid.  Bien que tardive, l’aide internationale est pourtant bien présente, telles que les 4 000 tonnes de farine de blé affrêtées par le gouvernement irakien ou encore les 90 millions de dollars reversés au PAM par les États-Unis.
De l’autre coté de la frontière, en Afghanistan, le PAM fait connaître son inquiétude relative à son financement à peine suffisant pour quelques mois, alors qu’il est d’ors et déjà prévu qu’il vienne en aide à 7,3 millions de personnes en 2011, année selon laquelle les prévisions sur la situation humanitaire ne sont faites que d’incertitudes.
Enfin, en raison des incendies dévastateurs en Russie, des inondations récentes en Australie et de la demande exponentielle de la Chine en maïs, la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) a annoncé avec regret avoir observé en décembre l’augmentation du prix des denrées alimentaires. À titre d’exemple, le prix du blé et du soja a augmenté de 50 % en l’espace de quelques semaines, de même pour le sucre, à tel point que le prix actuel de ces denrées dépasse celui de juin 2008, période caractérisée par une multiplication des émeutes de la faim tout autour du globe.
Si l’année 2010 s’est donc bien caractérisée par une succession de doutes et une urgence constante qui n’est pas prête de faiblir en 2011, d’autres évènements doivent toutefois être soulignés, tant leur impact dans la sphère de l’insécurité alimentaire est important ou se prépare à l’être.

Enfin de très bonnes nouvelles:

La première d’entre elles et pas des moindres est certainement la mise en place d’une pétition de la FAO afin d’alerter les gouvernements contre le problème de la faim (Lire aussi l’article Project 1 billion hungry: Signez la pétition pour éliminer la faim dans le monde). Le but étant de recueillir 1 million de signatures sur Internet entre les mois de mai et septembre, ce sont au final plus de 3 200 000 signatures qui ont été reçues et remises lors du Sommet des États membres des Nations Unies à New York en septembre. Autant dire qu’il s’agit d’un véritable succès qui, même s’il n’a pas atteint son but ultime de contraindre la communauté internationale d’en faire davantage (30 milliards de dollars par an seraient nécessaires pour éradiquer le fléau de la faim, lire à ce sujet Le mal sans fin d’un Monde qui a faim), a néanmoins permis de sensibiliser une grande partie de la web-sphère avec cette pétition toujours en place et qui ne cesse de recueillir davantage de signatures chaque jour.
L’année 2010 a également connu une légère mais très significative baisse du nombre de sous-alimentés dans le monde. Alors qu’en 2010 la barre du milliard d’affamés avait été franchie – 1 023 milliard de personnes –, les chiffres en septembre 2010 révèlent que 925 millions souffrent de la faim chronique, soit une baisse de près de 100 millions de personnes par rapport à l’année précédente. Dans le détail, ce sont 80 millions de personnes en Asie qui ne sont dorénavant plus concernées par l’insécurité alimentaire, et 12 millions de personnes en Afrique Sub-Saharienne. Mais l’avenir reste très sombre, car malgré les Objectifs du Millénaire dont le premier d’entre eux serait de ramener le nombre de personnes sous-alimentées sous la barre des 500 millions avant 2015, d’énormes doutes subsistent quant à la réelle volonté des pays riches à réaliser cet objectif connu depuis dix ans.
Lors de sommet de Cancun qui s’est tenu en décembre dernier et dédié à la lutte contre les changements climatiques, un partenariat extraordinaire a pu se mettre en place. En effet, le PAM et Oxfam ont annoncé accorder leurs moyens afin d’apporter assistance sur cinq ans aux paysans pauvres de la planète pour protéger leurs cultures et récoltes ou de réduire l’impact du changement climatique.
Pour finir, soulignons l’avancée significative du projet de « muraille verte » dans le Sahel, dont l’objectif est que soit réalisée une plantation d’arbres sur 7 000 kilomètres du Sénégal à Djibouti afin de réduire l’érosion des sols et permettre leur restructuration, inciter à la restauration, la conservation et la valorisation de la biodiversité végétale et animale, et surtout parvenir à l’amélioration du niveau de vie et de la santé tout en permettant la maitrise des ressources en eau.

 

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France – Chine: Le mépris ultime des autorités françaises en matière de politique des droits humains.

6 11 2010

Ces 4 et 5 novembre, la France s’est fait l’horreur l’honneur d’accueillir le Président de la République Populaire de Chine, Hu Jintao. L’évènement est digne d’être souligné puisque la dernière visite de celui-ci sur le sol français remonte au mois de janvier 2004. Autant dire une éternité sur l’échelle des relations diplomatique entre Etats.
Cette visite est également l’occasion de démontrer comment la relation entre la France et la Chine relève de deux poids – deux mesures, entre notre pays qui reste pour beaucoup le berceau sacré des droits de l’homme et de leur promotion face à une Chine qui incarne aujourd’hui la deuxième puissance économique mondiale. En conséquence de quoi, prérogatives économiques obligent, nul doute que cette visite officielle de deux jours restera pour longtemps synonyme d’une déchéance amorcée et aujourd’hui confirmée du pouvoir diplomatique français sur la sphère des droits de l’homme au bénéfice de la protection et du développement des liens commerciaux.

Je ne me taierai pas !

Lors de sa campagne électorale en 2007, N. Sarkozy était pourtant clair:
« Les droits de l’homme sont, pour toutes les démocraties du monde, à la fois un point de départ et un horizon qui se déploie toujours devant eux. La France ne fait pas exception, et il appartiendra au prochain président de lui faire franchir de nouvelles étapes dans la préservation et la conquête des libertés.
Je veux être le Président d’une France qui se sente solidaire de tous les proscrits, de tous les enfants qui souffrent, de toutes les femmes martyrisées, de tous ceux qui sont menacés de mort par les dictatures et par les fanatismes. Le Darfour est un scandale inacceptable, la Tchétchénie une horreur (…). Président de la République, je ne me taierai pas devant ces insultes aux droits de l’homme.
Je ne passerai jamais sous silence les atteintes aux droits de l’homme au nom de nos intérêts économiques. Je défendrai les droits de l’homme partout où ils sont méconnus ou menacés et je les mettrai au service de la défense des droits des femmes
».
Le ton était donné. Si ses prédécesseurs n’avaient pas brillé en matière de défense des droits humains, il en serait dorénavant différement – Président de la rupture oblige – si la fonction présidentielle devait être incarnée par lui. Et l’une des premières occasions d’imposer la rupture diplomatique que N. Sarkozy souhaitait imposer a été celle des jeux olympiques de 2008 organisés à Pékin.

Le début de la discorde: Les émeutes de Lhassa et les JO de Pékin.

Campagne anti-française: "Agissons pour que les vilains français s'agenouillent devant les chinois !"

Alors qu’au début de l’année 2008 sévissait une répression de plus en plus violente de la part des autorités chinoises sur des tibétains, N. Sarkozy visiblement préoccupé s’était saisi de cette affaire pour faire savoir que sa présence lors de l’ouverture des JO le 8 aout serait conditionnée par la reprise d’un dialogue entre les forces gouvernementales chinoises et les représentants du Dalaï-Lama.
Dans le même temps, Tenzin Gyatso, actuel Dalaï-Lama, programmait d’effectuer une visite en France s’étalant du 12 au 23 aout 2008, à la suite de quoi la Chine avait fait savoir au gouvernement français qu’une hypothétique rencontre entre le chef spirituel tibétain et le chef de l’Etat français aurait des « conséquences graves » entre les relations des deux pays. Du point de vue des autorités gouvernementales chinoises, il s’agissait en tout état de cause d’une véritable ingérence dans les affaires intérieures de la Chine. Il ne faisait dès lors pas bon d’être français, et plusieurs appels au boycott se sont successivement fait entendre, portant pêle-mêle surs des produits et enseignes françaises telles que Carrefour. Agacé, N. Sarkozy fit savoir que « ce n’était pas à la Chine de fixer [son] agenda et [ses] rendez-vous » avant de finalement se plier aux exigences de Pékin en affirmant qu’il ne rencontrerait pas le Dalai-Lama et qu’il sera bien présent lors de la cérémonie d’ouverture des JO puisque selon lui des progrès avaient été effectués dans le cadre du dialogue entre le gouvernement chinois et les tibétains. Par conséquent, le courroux de Pékin retombe, tout comme l’espoir des défenseurs des droits humains.

L’accord contre-nature UMP/Parti Communiste Chinois.

Xavier Bertrand

Le 22 octobre 2009, Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP est envoyé en Chine afin que les tensions éprouvées l’année précédente soient définitivement conjurées, et ce au moyen d’un accord très révélateur de la nouvelle politique adoptée par legouvernement français. En effet, lors de cette visite, Xavier Bertrand signe un mémorandum qui prévoit entre l’UMP et le Parti Communiste Chinois – outre renforcer leurs relations – de mettre un point d’honneur sur le principe de « non-ingérence dans les affaires intérieures d’autrui ». Ainsi, l’UMP s’engage à ne plus commettre l’affront similaire à celui qui avait été fait lors de la période de préparation des jeux olympiques. Dorénavant, il ne sera donc plus question de discuter des sujets fâcheux telle que la politique discutable des autorités chinoises au sujet des droits de l’homme, à la suite de quoi le discours électoral de N. Sarkozy peut définitivement être relégué aux archives.

Pas un mot pour Liu Xiaobo.

Bien que des rumeurs l’envisageait, le Comité d’attribution du Prix Nobel pour la Paix crée la surprise le 8 octobre 2010 en attribuant la récompense à un défenseur fort bien connu dans le monde des défenseurs des droits humains mais pourtant censuré dans son propre pays avant d’être finalement emprisonné: Liu Xiaobo. Son crime ? Avoir co-rédigé la Charte 08, sorte de déclaration non-violente promouvant une évolution démocratique des institutions et de la Chine dans son ensemble.

Liu Xiaobo

Alors que beaucoup d’organisations de lutte pour la défense des droits humains demandaient d’ores et déjà activement sa libération, l’attribution du Prix Nobel de la Paix à Liu Xiaobo a permis de mettre davantage en lumière les raisons de sa détention en conséquence de quoi des voix éminentes s’élèvent pour acclamer le lauréat ainsi que réclamer sa libération. Des personnalités telles que Hillary Clinton,  le Président de la Commission de l’Union Européenne José Manuel Barroso ou la haut commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Navi Pillay ont ainsi pris position en faveur du défenseur des droits humains.
En revanche, aucun communiqué n’est fait par l’Élysée. Alors qu’il aurait était éminemment symbolique que le Chef de l’Etat français adresse au moins sa satisfaction de l’attribution d’un tel prix – ayant lui-même pourtant adressé ses « plus chaleureuses félicitations » à B. Obama pour le prix Nobel 2009 –, N. Sarkozy ne formule pas la moindre déclaration à ce sujet. Précisons tout de même que celui-ci avait déjà fort à faire… Il lui fallait en effet préparer la venue prochaine de Hu Jintao, Président de la République Populaire de Chine, laquelle était notamment destinée à la signature de plusieurs contrats commerciaux.

La visite préparée de Hu Jintao.

C’est donc en ces 4 et 5 novembre que le Président chinois Hu Jintao était attendu de pied ferme par le gouvernement français. Tapis rouge à la descente de l’avion, présence exceptionnelle de N. Sarkozy sur le tarmac de l’aéroport, honneurs militaires aux Invalides, diner mondain au Palais de l’Élysée. Tous s’activent nonchalamment afin de rendre la visite de l’homologue chinois aussi agréable que possible , telle que le ferait une cour autour de son roi.
À Paris, l’itinéraire du cortège présidentiel chinois est soigneusement quadrillé par les forces de police pour qu’aucune manifestation ait lieu. Les journalistes de l’ONG Reporters Sans Frontières, toutefois présents aux abords de l’Arc de Triomphe, scandent « Libérez Liu Xiaobo », phrase qu’ils ont par ailleurs pris soin d’inscrire sur des parapluies blancs ouverts derrière des barrières métalliques installées le long de l’avenue. Tel que l’aurait exigé le protocole chinois, la police est aussitôt intervenue pour arracher des mains des militants ces parapluies et interpeller par la même occasion plusieurs d’entre eux.

Nicolas Sarkozy et Hu Jintao

Mais le jeu en vaut la chandelle. Le jour même de l’arrivée de Hu Jintao, ce sont pour environ 16 milliards de dollars qu’a été signée une série de contrats avec les plus grosses entreprises françaises. Citons les habituelles Areva, Total, mais également Airbus, qui se congratulent ainsi d’avoir réussi à susciter l’intérêt des gouvernants chinois. Si la somme que représente ces contrats est astronomique, il en va de même pour le déshonneur qui est ainsi infligé à la France et plus encore au symbole de primauté des droits humains dans le monde.
Acculé de questions par les journalistes se portant toutes sur le fait de savoir s’il avait au moins pointé une partie des discussions sur la question des droits de l’homme, N. Sarkozy a tenu a préciser qu’il avait bien abordé le sujet avec Hu Jintao. Déclaration qui, à mon sens, reste risible. D’une part parce qu’aborder lors d’une discussion privée – reste à prouver qu’elle a bel et bien existé – la question des droits humains n’est absolument pas comparable face à l’importance qui a été accordée à la signature pour 16 milliards d’euros. D’autre part parce qu’aucune déclaration de Hu Jintao allant en ce sens n’a été faite, alors que les droits humains, considérés comme primordiaux et fondamentaux méritent au moins autant d’importance que la signature d’accords commerciaux dont la somme est, pour l’anecdote, équivalente à celle que les Etats siégeant à l’ONU se sont engagés à allouer sur trois ans au développement agricole pour la lutte contre la faim dans le monde… et qui n’a d’ailleurs à ce jour pas encore été totalement reversée. Gageons donc que N. Sarkozy s’appliquera à ce qu’il en aille différemment pour ces contrats franco-chinois, lui qui à défaut d’être un porte-parole charismatique et valable pour les droits inhérents à tous, incarne en revanche le parfait VRP des entreprises françaises du CAC 40.





Ces conflits que le Monde n’entend pas (1): Zoom sur la République Démocratique du Congo.

9 07 2010

La République Démocratique du Congo, troisième plus vaste pays d’Afrique avec ses 72 millions d’âmes fait parti de ces Etats les plus pauvres du monde et dont l’impact sur la scène mondiale n’est que marginal. Pour autant, la République Démocratique du Congo reste forte d’une géographie exceptionnelle avec la deuxième plus grande forêt du monde après l’Amazonie, et dispose aussi d’une histoire riche qui ne parvient toutefois toujours pas à se détacher des conflits post-coloniaux, qu’ils soient ethniques, politiques ou économiques. Actuellement et depuis de trop longues années, des combats ont toujours lieu, et s’étendent du nord-est au sud-est et à l’intérieur du pays. À l’ombre des grands enjeux politico-financiers de notre ère et de la société occidentale, il s’y déroule dans ce pays d’Afrique centrale une succession de conflits qui ont, dans l’indifférence quasi-totale, engendré plus de 5 millions de personnes décédées depuis 1998. Voyons ensembles les sources d’un des conflits les plus meurtriers du monde, l’un des plus silencieux et son contexte actuel.

Qui sont ces forces armées déstabilisant cette région ?

Dans un conflit aussi large que complexe, il est difficile de se limiter à quelques exemples sans oublier de nommer d’autres belligérants qui restent une source importante de déstabilisation. Décrits brièvement, voici la liste des groupes armés en activité sur le sol congolais:

- Le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP):
Le CNDP tient son origine de Laurent Nkunda qui en était le chef, jusqu’à son assignation à résidence par le Rwanda. Il est aujourd’hui remplacé par Bosco Ntaganda qui, bien qu’inculpé par la Cour Pénale Internationale a accepté d’orienter le mouvement rebelle vers la paix. C’est ainsi qu’en mars 2009, le CNDP s’est converti en parti politique et que 3 000 à 4 000 de ses combattants ont intégré l’armée congolaise. 1 000 à 2 000 autres soldats résistent toutefois à leur intégration dans l’armée régulière et sont responsables des activités dans le Nord-Kivu, qu’il s’agisse de l’exploitation minière artisanale au trafic de charbon, ou encore des extorsions persistantes.

- L’Armée de résistance du Seigneur (LRA):

Troupe armée de la LRA en RDC

Peu nombreux, ils restent encore à l’heure actuelle une véritable source de terreur et d’atrocités commises tant en République Démocratique du Congo que dans les régions transfrontalières d’Afrique centrale. Fondé par Joseph Kony, la LRA a pour objectif d’instaurer en Ouganda une théocratie d’inspiration chrétienne, basée sur les Dix commandements de la Bible. La LRA avait à l’origine des revendications légitimes, à savoir la pauvreté et la marginalisation des terres de l’ethnie Acholi d’Ouganda. 
Repoussée des frontières ougandaises, la LRA s’est ensuite introduite au Sud-Soudan au milieu des années 1990, mais l’accord de paix soudanais de 2005 et l’inculpation de Joseph Kony par la Cour Pénale Internationale força le groupe à se réfugier dans les forêts de la République Démocratique du Congo.
Selon des estimations, la LRA aurait tué ces trois dernières années plus de 2 000 civils, en aurait enlevé tout autant sur le territoire congolais et est à l’origine de l’exode forcée de 318 000 personnes. Sa triste notoriété tient aussi des recrutements de force d’enfants-soldats, et de l’utilisation des jeunes filles comme esclaves sexuelles. Ce groupe armé se livre aussi à des mutilations des lèvres et des oreilles de leurs victimes. Désorientée et déstabilisée, l’International Crisis Group décrit la LRA dans un de ses rapports comme un « groupe de guérilla aujourd’hui sans cause et sans base fixe dont la principale préoccupation est la survie au jour le jour ».

- Les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR):
Regroupant les Hutus du Rwanda impliqués dans le génocide de 1994, les FDLR se composent d’anciens membres de l’armée du président défunt Juvénal Habyarimana et de miliciens Interahamwe – ceux-là même à l’origine du massacre. À la suite de leur déroute après le génocide, les FDLR se sont regroupés en République Démocratique du Congo afin de préparer une reprise du pouvoir. Selon l’ONU, les FDLR comptent aujourd’hui 3 000 hommes.

- La Force de résistance patriotique en Ituri / Front populaire pour la justice au Congo (FRPI/FPJC):
Leur chef, Germain Katanga, est actuellement en comparution devant la Cour Pénale Internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Parmi ses agissement, citons le recrutement d’enfants-soldats, les massacres de masse et les viols systématiques. Aujourd’hui ce groupe subsisterait à l’état résiduel, mais ses répercussions humanitaires restent importantes.

- Les Maï-Maï:
Il s’agit ici de ces combattants connus pour leur habitude à s’asperger  ”d’eau magique” pour se protéger des balles. Ce sont pour la plupart des membres de milices d’autodéfense, formées par les leaders locaux, qui arment des jeunes hommes – et des enfants – dans les villages.

Nommons également les Forces Patriotiques pour la Libération du Congo (FPLC) ainsi que lesForces démocratiques alliées/Armée nationale de libération de l’Ouganda (ADF/NALU).

Enfin, terminons par les Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), autrement dit l’armée régulière du pays. Celle-ci est toute aussi peu glorieuse puisque à l’instar des groupes dits rebelles, les militaires ont été à l’origine ces dernières années de viols continus – de femmes et d’hommes –, de pillages, de trafics de minéraux et de bois de construction. La cause de ces comportements tiendrait son origine dans le fait que beaucoup de ces soldats seraient à la fois mal payés et mal alimentés.

Chronologie d’un conflit distinct: La guerre du Kivu.

Réfugiés du Kivu

Parmi les diverses sources de déstabilisation actives dans la région, un conflit en particulier a longuement retenu l’intention – mais toujours insuffisamment – des instances de l’ONU. Il s’agit de la Guerre du Kivu dans l’Est du pays, conflit armé opposant les forces régulières de l’armée de la République démocratique du Congo (FARDC) au Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) mené par Laurent Nkunda et décrit précédemment.
En 2003, avec la fin officielle de la deuxième Guerre du Congo (1998-2003, 4 à 4,5 millions de personnes décédées), Laurent Nkunda accepte de rejoindre la nouvelle armée régulière créée par le gouvernement de transition. Mais rapidement il s’oppose à l’autorité du gouvernement et se replie avec des troupes dans le Nord-Kivu.
En 2005, Laurent Nkunda demande la démission du gouvernement de transition qu’il accuse de corruption. Dans le même temps, de plus en plus de déserteurs de l’armée régulière rejoignent ses propres troupes, qui gonflent alors jusqu’à 3 000 hommes.
À l’approche de l’élection présidentielle congolaise de 2006, Laurent Nkunda affirme qu’il respectera le résultat des urnes. Mais c’est sans surprise que, la veille de la confirmation de la victoire de Joseph Kabila, déjà Président de transition, que les forces de Laurent Nkunda lancent une offensive majeure contre des troupes gouvernementales ainsi que de la MONUCMission de l’Organisation des Nations unies en République démocratique du Congo.
En septembre 2007, les troupes de Laurent Nkunda s’en prennent à une dizaine d’écoles et de collèges, et y enrôlent de force des enfants-soldats. De sources sûres, les Nations unies confirmeront que les filles furent emmenées comme esclaves sexuelles, et les garçons comme soldats. À la fin de l’année, des milliers de civils continuent de quitter leurs maisons pour les camps de réfugiés augmentant leur nombre à plus de 370 000 personnes.

Laurent Nkunda

Face à la puissance du CNDP lourde de 20 000 hommes, les pertes gouvernementales continuent d’être considérables durant l’année 2008. En effet, 2 600 militaires sont tués alors qu’ils sont près de 6 000 hommes à être engagés. Du matériel militaire se retrouve même des mains des troupes régulières à celles des rebelles: 6 tonnes de munitions, 45 blindés, 20 lance-roquettes, 15 000 caisses de grenades, 6 000 caisses de fusil militaire, et 15 missiles sol-air. Assuré de sa puissance, Laurent Nkunda annonce le 14 décembre qu’il est ouvert à des pourparlers de paix. L’ouverture de ces pourparlers est toutefois reportée au 6 janvier 2008. Entre temps, environ 200 écoliers sont à nouveau déclarés disparus ou enrôlés par l’armée de Laurent Nkunda le 17 décembre 2007. L’International Rescue Committee déclara également cette année là que 45 000 personnes mourraient chaque mois des conséquences de cette guerre.
Les pourparlers de paix ont lieu jusqu’au 21 janvier 2008, et laissent même entrevoir un accord. Le 23 janvier, un traité de paix est finalement signé, incluant une déclaration de cesser-le-feu immédiat, un retrait du Nord-Kivu des troupes de Laurent Nkunda, le retour au village de milliers de civils, et même l’immunité des forces de Laurent Nkunda.
En octobre 2008, alors que l’accord de paix est toujours en vigueur, de nouvelles attaques de Laurent Nkunda ouvrent la porte à une internationalisation du conflit. En effet, à la suite d’une alliance surprise, les gouvernements rwandais et congolais lancent une opération militaire combinée le 22 janvier 2009 qui mènera à l’arrestation de Laurent Nkunda au Rwanda le 22 janvier au soir, en l’assignant jusqu’à aujourd’hui à résidence.

Les méandres et autres raisons de la Guerre du Kivu:

Échantillons de coltan

Le Kivu, à l’Est de la République Démocratique du Congo n’est pas une région dénuée d’intérêts. En effet, il s’agit d’une région incroyablement riche en minerai, le plus important d’entre eux étant sans conteste le coltan. Le coltan est un minerai radioactif de couleur noire voire brun-rouge contenant deux minéraux associés, la colombite et la tantalite. Ce minerai se trouve principalement en Afrique centrale, et plus particulièrement en République démocratique du Congo dont la région du Kivu détient entre 60 et 80 % des réserves mondiales. Des exploitations de coltan existent également en Australie, au Brésil, au Canada et en Chine.
Mais pourquoi est-il question d’un minerai dont le nom semble si peu connu ? Pour la seule et unique raison que le coltan est utilisé en électronique, en particulier dans les téléphones portables, les consoles de jeux-vidéo et les appareils électro-ménagers. Le secteur de l’électronique serait tellement demandeur de ce minerai qu’il monopoliserait ainsi 60 à 80% de son marché. Souvent comparée aux diamants de sang finançant les conflits dans d’autres régions africaines, l’exploitation du coltan serait, du moins en grande partie liée aux conflits en République démocratique du Congo. Le Conseil de sécurité de l’ONU est même allé jusqu’à dénoncer dans un rapport datant de 2001 les grandes quantités de ce minerai illégalement extraites du sol de la République démocratique du Congo, et transportées en contrebande par les armées de l’Ouganda, du Rwanda et du Burundi et de la République Démocratique du Congo, en accord avec des entrepreneurs occidentaux occupant le pays, dont la région du Kivu.
L’armée rwandaise, à l’instar de l’armée libérienne et des diamants récupérés au temps de la guerre du Sierra Leone, aurait de cette façon récolté 250 millions de dollars en l’espace 18 mois par l’intermédiaire du trafic illégal du coltan, dont le Rwanda est pourtant dépourvu. Sans conteste, ces exploitations minières illégales encouragent ainsi le maintien d’armées étrangères au Kivu.

Mais les groupes armés ne sont pas les seuls responsables de cette situation. Les multinationales qui participent à l’extraction du minerai au Kivu sont aussi à blâmer, car elles financent indirectement la guerre par les taxes payées aux groupes armés rebelles et réguliers qui maîtrisent les mines de la région. Des compagnies européennes assurent également le transport du coltan vers l’Europe, à l’image de SDV Transintra, qui appartient Groupe français Bollorélequel figure aujourd’hui parmi les 500 premiers groupes mondiaux, et dont le propriétaire Vincent Bolloré peut se vanter d’une fortune personnelle de 4 milliard de dollars. Parlons également de ces entreprises qui réalisent des bénéfices colossaux grâce à la vente de téléphones mobiles et d’autres appareils électroniques. Ces entreprises sont accusées par l’ONG Global Witness de ne ” pratiquement rien faire pour s’assurer que les composants de leurs produits ne proviennent pas de régions contrôlées par des groupes armés “. Pour leur défense, certaines d’entre elles affirment que leurs chaînes d’approvisionnement sont tellement complexes qu’il est impossible de les suivre, à quoi de nombreuses ONG ainsi que les Nations Unies ont répondu que cet argument n’est pas valable.
Quelques entreprises s’assurent toutefois que le coltan qu’elles utilisent ne provienne pas du Congo, telles que Apple, Intel, Hewlett-Packard, Sony, Nokia ou Nintendo.

Les conséquences et autres retombées négatives.

Dans un camps de réfugiés congolais de l'UNHCR

Nul doute possible qu’aujourd’hui la situation humanitaire et sociale du pays s’en retrouve à des niveaux catastrophiques. Les premiers touchés par ces conflits successifs restent les populations civiles composées de plusieurs centaines de milliers de personnes, forcées à l’exode – quand celles-ci ne sont pas tout simplement massacrées – vers d’autres pays ou contraintes de trouver refuge dans les quelques camps de protection érigés par les forces de l’ONU en mission sur place, la MONUC.
Autres victimes et non des moindres, les femmes congolaises, systématiquement violées et/ou tuées, quel que soit le groupe armé en question, rebelle ou régulier. D’autres femmes, lorsqu’il leur est laissé la vie sauve portent à jamais sur elles les traces des violences et de la barbarie guerrière: oreilles ou lèvres coupées, membres sectionnés ou viol à l’aide du canon des armes. Comble de l’horreur, le viol étant si constant au fil des conflits – 8 000 viols auraient été commis au Nord et au Sud-Kivu au cours de la seule année 2009 selon les estimations – cela a conduit à une véritable impunité envers les violeurs, au point qu’il en a même valu pour le pays de porter le nom de “capitale mondiale du viol”. La banalisation du viol est telle que depuis 2009 de plus en plus de viols sont dorénavant commis par des civils. Environ cinquante pour cent des nouveaux cas recensés seraient en effet commis par des civils, des hommes voyant les soldats ou les miliciens comme des modèles. Et même si la législation congolaise est devenue stricte en matière de violence sexuelle depuis 2006 – les peines pour agression sexuelle pouvant aller de cinq à vingt ans d’emprisonnement – la loi reste rarement mise en application. Rajoutons à cela les frais judiciaires souvent élevés, ou les mandats d’arrêts émis contre les auteurs présumés restant souvent sans suite.
Avec les femmes suivent les enfants, dont le sort est tout aussi misérable. Il est estimé qu’un tiers des combattants présents sur le sol congolais ont moins de 18 ans. Ne pouvant plus s’attirer les faveurs des populations, les groupes armés trouvent la facilité à acquérir de nouvelles recrues en enrôlant des enfants de force, petits soldats en nombre quasiment illimités, qu’ils endoctrinent et rendent extrêmement loyaux.

Soldat de maintien de la paix pakistanais en RDC

Enfin, situation de guerre oblige, et le pays croulant sous la dette, les établissements sanitaires sont évidemment inexistants. Il est donc rendu nécessaire que les organisations humanitaires interviennent mais celle-ci font également face à de graves difficultés, tant financières que de sécurité. Seulement 30 % des 827 millions de dollars demandés par l’ONU pour ses opérations dans le pays sont actuellement financées, réduisant ainsi l’aide à la population et aggravant de surcroît les conditions de vie. Ainsi, voici comment loin de toutes les préoccupations et autres priorités des grands de ce Monde, un pays s’enfonce dans l’horreur et le désespoir le plus total, au grand dam de millions de personnes, victimes au destin brisé n’ayant aucun véritable contrôle de leur vie, à l’image de leur propre pays.

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