925 millions de personnes sous-alimentées dans le monde ; 65 pour cent d’entre elles vivant dans seulement sept pays: l’Inde, la Chine, la République démocratique du Congo, le Bangladesh, l’Indonésie, le Pakistan et l’Ethiopie ; 30 milliards de dollars par an nécessaires pour éradiquer le fléau de la faim dans le monde…
Derrière la dure réalité de ces chiffres, certains pensent que la solution la plus efficace dans la lutte contre l’insécurité alimentaire serait de contrôler les naissances, ou plus exactement de limiter le nombre d’enfants par femme. En d’autres termes, la démographie galopante connue dans certaines régions du monde serait l’une des raisons – sinon la principale – de l’impossibilité de mettre fin aux famines. Et à mesure que cette démographie augmente, la difficulté pour nourrir l’humanité entière irait de même.
Sans véritablement entrer dans les détails, et sans avoir non plus la prétention d’apporter la solution au mal de la faim dans le monde, intéressons-nous ici à démontrer combien cette idée, sans être fondamentalement mauvaise, n’est pas une solution à court terme, pas plus qu’elle ne l’est sur le long terme. Explications.
Il n’est pas à démontrer que la croissance démographique la plus importante se trouve dans des pays empreints de la culture musulmane ou encore dans des régions de l’Afrique noire. Il semble par conséquent bien difficile pour commencer, même avec beaucoup de bonne volonté, de parvenir à convaincre les populations de ces régions à utiliser des moyens contraceptifs lorsque ceux-ci sont soit bannis par les croyances ou par le manque d’infrastructures et de suivis médicaux viables et efficaces. Par conséquent, une double difficulté se pose là: il est non seulement nécessaire de convaincre ces populations d’utiliser des contraceptifs, changer leur mentalité sur cette question, mais également encourager la communauté internationale à fournir en nombre suffisants ces contraceptifs tout en ne diminuant pas les dons de denrées alimentaires.
De plus, en quoi serait-il nécessaire, voire même fondamental de prôner un ralentissement des taux de natalité alors que beaucoup d’études sont formelles: si la tendance démographique actuelle est à l’augmentation, nous nous rapprochons de plus en plus du sommet avant que le monde tout entier ne connaisse une véritable chute de la démographie. C’est déjà le cas en Russie, où les taux de mortalité sont plus élevés que les taux de natalité. L’Europe également peine à son tour à ralentir la diminution des naissances, et même la Chine s’approche dangereusement de cette situation en raison de la politique de l’enfant unique.
Le contrôle de la démographie n’est pas également une solution dans le sens où elle peut s’avérer très dangereuse. En effet, dans des régions où une grande importance est apportée à la « descendance familiale », dans des cultures ou mentalités où il est encore considéré comme primordial d’avoir un enfant du sexe masculin, quelle serait l’explication des pro-diminution de la démographie lorsque des milliers de petites filles seront abandonnées ou tuées, comme cela s’est notamment produit en Chine ? Là encore, la solution du contrôle de la démographie s’oppose à un problème de mentalités qui demandent davantage de temps pour être changées que le problème de la faim n’en a besoin. Les questions d’eugénisme méritent également que l’on s’y intéresse, même si une telle politique a peu de chance d’être mise en place hors pays « ultra-développés ».
Enfin et surtout, une telle idée se heurte au fait, nous l’avons vu, qu’elle ne soit pas forcément en osmose avec certaines mentalités tandis qu’à l’inverse, il ne fait aucun doute pour beaucoup que les règles du marché économique-financier-bancaire-alimentaire mondial sont absolument immorales et nécessitent d’être réformées en urgence, et en profondeur. Un tel système prendrait par ailleurs beaucoup moins de temps à être refondé – il est déjà critiqué et remis en cause dans le monde entier, ce qui n’est pas le cas pour les naissances –, contrairement à une prise de conscience raisonnée sur un contrôle des naissances raisonnable qui prendrait certainement au bas mot une génération entière pour qu’il soit mis en place. Une refonte globale de notre système économique ne demanderait évidemment pas autant de temps… si tant est que l’on s’en donne les moyens, cela va de soi.
Et si malgré cela, nous sommes toujours pas d’accord sur la manière de juguler efficacement les famines, il reste encore possible de soutenir l’action du Programme Alimentaire Mondial, oeuvrant dans 73 pays, en effectuant un don.
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