Tandis que chaque nouvelle année ouvre la porte aux perspectives et autres buts atteindre au cours des mois à venir, cela donne également l’occasion d’établir un bilan des évènements et évolutions de ceux-ci au cours de l’année achevée.
En concordance avec la ligne éditoriale du blog, je vous propose donc pour commencer 2011 d’établir un bilan de l’insécurité alimentaire dans le monde, sujet plusieurs fois abordé sur le site, tant il m’est cher. Toutefois, malgré l’information recueuillie au cours de l’année 2010, ce bilan ne pourra être que bref, tant le sujet déborde de données, à l’image du nombre de personnes souffrant aujourd’hui de sous-nutrition.
Beaucoup de mauvaises nouvelles, d’abord et toujours en Afrique… :
L’année 2010 a notamment commencé tandis qu’Haïti se trouvait sous les décombres à la suite d’un séisme surmédiatisé (Lire à ce sujet l’article Haïti est-ce que tu vis [encore] ?) d’une magnitude de 7,0 sur l’echelle de Richter ayant causé le décès de plus de 225 000 personnes et faisant passer à l’état de sans-abris 1 million d’autres haïtiens. En conséquence, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) s’organise dès janvier pour mettre en place dans la capitale des centres de distribution de nourriture grâce auxquelles l’aide alimentaire à pu être distribuée à 2 millions d’haïtiens environ.
En parallèle, 2010 aurait également pu être désignée comme une année de crainte sans relâche d’une éventuelle catastrophe alimentaire au Niger. En raison d’une sécheresse doublée par l’instabilité des prix des denrées alimentaires, ainsi que par le manque cruel de récoltes, le PAM prévoit derechef d’intervenir auprès de 4,5 millions de nigériens, tandis que ses prévisions étaient moitié moindre pour la même année. Il est dès lors annoncé que près de 47 % de la population nigérienne est frappée par l’insécurité alimentaire. Redoutant d’être dépassées par le nombre toujours croissant de sous-alimentés, les ONG de tous horizons lancent un appel afin que 133 millions de dollars leur soient attribués dans le cadre de la lutte contre la faim au Niger tandis que 57 millions de dollars avaient déjà été récoltés. Au milieu de l’année 2010, il est estimé que 17 % des enfants agés de moins de cinq ans souffraient de malnutrition aigüe globale, tandis que ces chiffres étaient 42 % moins élevés pour 2009. Fort heureusement, dès novembre et grâce finalement à une bonne saison agro-pastorale, le pourcentage d’enfants sous-alimentés passe à 15,5 % bien que ce chiffre reste au-dessus du seuil d’urgence fixé à 15 %.
La région limitrophe du Niger a elle aussi connu une des années les plus difficiles. Durant 2010, plus de 10 millions de personnes sont touchées par la sous-nutrition chronique. Comme c’est le cas habituellement, la majorité de ces personnes sont des femmes et des enfants, ces derniers étant plus de 500 000 à avoir été pris en charge par les organisations de solidarité internationale dans toute la région du Sahel. Au Tchad, les victimes de la faim passent entre 2009 et 2010 à 61 % de la population locale. Au Mali, le gouvernement fait connaître quant à lui des besoins financiers s’élevant à plus de 130 millions de dollars afin de pouvoir lutter contre la famine. Dans le Sud-Soudan, ce sont entre 30 et 50 % des enfants qui souffrent de malnutrition.
Dans la corne de l’Afrique, en Somalie, alors que la situation humanitaire ne trouve aucune échappatoire, l’aide alimentaire distribuée par le PAM est soupçonnée d’être détournée au profit de trois hommes d’affaires locaux, ce que le PAM dément avec force tout en annonçant le non-renouvellement des contrats qui liait l’organisation avec ces trois somaliens. Concernant les chiffres de la faim, près de 43 % de la population – environ 3,2 millions de personnes – dépendent de l’aide humanitaire des ONG présentes dans le pays. Une grave sécheresse a d’ailleurs sévit dans la région du Mudug, dans le centre du pays, touchant tant les personnes que les maigres cheptels qu’elles possèdent.
De l’autre coté de la rive, le Yémen alerte la même année les bailleurs de fond qu’une grave crise alimentaire guette le pays, de même en Irak où les autorités prévoient pour 2010 d’importer jusqu’à 80 % de ses besoins en blé et riz.
…Mais pas seulement, comme dans le reste du Monde:
Le milieu de l’année a également été animé par un sommet du G20 que beaucoup ont jugé inutile – notamment les ONG. En effet, beaucoup considèrent que ce sommet n’a servi qu’à formuler de nouvelles promesses qui ne seront encore et toujours pas tenues, ou bien que ces promesses reflètent une certaine ironie à peine dissimulée, à l’image du coût du sommet parfaitement identique à l’engagement pris par le Canada pour l’aide au développement – soit 1,1 milliard de dollars.
Le problème de la faim ne réside pas qu’en Afrique, puisqu’en 2010 le PAM intervient également en Europe de l’Est, au Kirghizistan, où 620 000 personnes bénéficient de son assistance.
Par ailleurs, le PAM dénonce au mois de novembre l’insécurité alimentaire persistante qui sévit auprès du tiers des habitants de Corée-du-Nord. En Mongolie, Action Contre la Faim vient en aide aux éleveurs – un tiers de la population vit de l’élevage – qui ont vu leurs cheptels décimés par un hiver et un été meurtriers pendant lesquels 8 millions de bêtes n’ont pas resisté.
Tandis qu’en 2010 la pluie manque en quantité au Sahel, celle-ci provoque en revanche des inondations meurtrières au Pakistan, où 20 millions de personnes sont touchées et placées en position d’extrême faiblesse alimentaire. Comble de malchance, ces innondations s’inscrivent dans la continuité d’une instabilité alimentaire croissante depuis 2003 touchant déjà la moitié de la population pakistanaise. L’hiver approchant à grand pas, les associations et autres organisations de solidarité internationale font connaître à la communauté mondiale leurs craintes quant au manque de fonds alors même que les taux de malnutrition restent élevés et s’accompagneront bientôt d’une augmentation des infections respiratoires dues au froid. Bien que tardive, l’aide internationale est pourtant bien présente, telles que les 4 000 tonnes de farine de blé affrêtées par le gouvernement irakien ou encore les 90 millions de dollars reversés au PAM par les États-Unis.
De l’autre coté de la frontière, en Afghanistan, le PAM fait connaître son inquiétude relative à son financement à peine suffisant pour quelques mois, alors qu’il est d’ors et déjà prévu qu’il vienne en aide à 7,3 millions de personnes en 2011, année selon laquelle les prévisions sur la situation humanitaire ne sont faites que d’incertitudes.
Enfin, en raison des incendies dévastateurs en Russie, des inondations récentes en Australie et de la demande exponentielle de la Chine en maïs, la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) a annoncé avec regret avoir observé en décembre l’augmentation du prix des denrées alimentaires. À titre d’exemple, le prix du blé et du soja a augmenté de 50 % en l’espace de quelques semaines, de même pour le sucre, à tel point que le prix actuel de ces denrées dépasse celui de juin 2008, période caractérisée par une multiplication des émeutes de la faim tout autour du globe.
Si l’année 2010 s’est donc bien caractérisée par une succession de doutes et une urgence constante qui n’est pas prête de faiblir en 2011, d’autres évènements doivent toutefois être soulignés, tant leur impact dans la sphère de l’insécurité alimentaire est important ou se prépare à l’être.
Enfin de très bonnes nouvelles:
La première d’entre elles et pas des moindres est certainement la mise en place d’une pétition de la FAO afin d’alerter les gouvernements contre le problème de la faim (Lire aussi l’article Project 1 billion hungry: Signez la pétition pour éliminer la faim dans le monde). Le but étant de recueillir 1 million de signatures sur Internet entre les mois de mai et septembre, ce sont au final plus de 3 200 000 signatures qui ont été reçues et remises lors du Sommet des États membres des Nations Unies à New York en septembre. Autant dire qu’il s’agit d’un véritable succès qui, même s’il n’a pas atteint son but ultime de contraindre la communauté internationale d’en faire davantage (30 milliards de dollars par an seraient nécessaires pour éradiquer le fléau de la faim, lire à ce sujet Le mal sans fin d’un Monde qui a faim), a néanmoins permis de sensibiliser une grande partie de la web-sphère avec cette pétition toujours en place et qui ne cesse de recueillir davantage de signatures chaque jour.
L’année 2010 a également connu une légère mais très significative baisse du nombre de sous-alimentés dans le monde. Alors qu’en 2010 la barre du milliard d’affamés avait été franchie – 1 023 milliard de personnes –, les chiffres en septembre 2010 révèlent que 925 millions souffrent de la faim chronique, soit une baisse de près de 100 millions de personnes par rapport à l’année précédente. Dans le détail, ce sont 80 millions de personnes en Asie qui ne sont dorénavant plus concernées par l’insécurité alimentaire, et 12 millions de personnes en Afrique Sub-Saharienne. Mais l’avenir reste très sombre, car malgré les Objectifs du Millénaire dont le premier d’entre eux serait de ramener le nombre de personnes sous-alimentées sous la barre des 500 millions avant 2015, d’énormes doutes subsistent quant à la réelle volonté des pays riches à réaliser cet objectif connu depuis dix ans.
Lors de sommet de Cancun qui s’est tenu en décembre dernier et dédié à la lutte contre les changements climatiques, un partenariat extraordinaire a pu se mettre en place. En effet, le PAM et Oxfam ont annoncé accorder leurs moyens afin d’apporter assistance sur cinq ans aux paysans pauvres de la planète pour protéger leurs cultures et récoltes ou de réduire l’impact du changement climatique.
Pour finir, soulignons l’avancée significative du projet de « muraille verte » dans le Sahel, dont l’objectif est que soit réalisée une plantation d’arbres sur 7 000 kilomètres du Sénégal à Djibouti afin de réduire l’érosion des sols et permettre leur restructuration, inciter à la restauration, la conservation et la valorisation de la biodiversité végétale et animale, et surtout parvenir à l’amélioration du niveau de vie et de la santé tout en permettant la maitrise des ressources en eau.
À LIRE SUR LE MÊME THEME:
Insécurité alimentaire: Le bilan de l’année 2011.
En savoir plus sur l’insécurité alimentaire.
Commentaires récents :