Droit des conflits réels ou virtuels: Le droit international humanitaire doit-il être intégré aux jeux-vidéo ?

21 12 2011

S’il est une catégorie de jeux-vidéo dont le succès actuellement ne se dément pas, il s’agit bien des simulations de guerre. Vendus à plusieurs millions d’exemplaires chaque année, rapportant jusqu’à plusieurs millions de dollars (voire le milliard !), ces jeux se vantent de pousser le réalisme des conflits armés jusque dans ses derniers retranchements à défaut de proposer un scénario digne de ce nom.
Souci du réalisme oblige, ces jeux devraient en tout état de cause appliquer également les conditions et autres règles qui régissent les conflits armés – le droit international humanitaire – et que chaque belligérant en situation réelle est tenu de respecter. Pourtant, force est de constater que beaucoup d’éditeurs de jeux-video ne prennent guère en considération cette exigence, faisant ainsi passer leur produit pour de véritables défouloirs qui n’ont de simulation que le nom.

Le droit international humanitaire pour limiter l’inhumanité des guerres.

Le droit international humanitaire, que l’on désigne également sous l’appellation de droit des conflits armés ou droit de la guerre tient notamment son origine de l’action de Henry Dunant – le fondateur de la Croix-Rouge – selon qui, après avoir été témoin de la bataille de Solferino en 1859, il était nécessaire d’apporter une assistance médicale aux blessés, quel que soit le camp pour lequel ils s’étaient battus. Cette idée est devenue la pierre fondatrice du droit humanitaire, qui au moyen des Conventions de Genève de 1949 et de leurs protocoles additionnels vise à limiter les effets de la guerre.
L’article 3 des Conventions de Genève dispose ainsi que « les personnes qui ne participent pas directement aux hostilités, y compris les membres de forces armées qui ont déposé les armes et les personnes qui ont été mises hors de combat par maladie, blessure, détention, ou pour toute autre cause, seront, en toutes circonstances, traitées avec humanité ».
Le droit international humanitaire a également vocation à réglementer voire à prohiber des pratiques. Sont ainsi interdites au titre de l’article 3 des Conventions de 1949 « les atteintes portées à la vie et à l’intégrité corporelle, notamment le meurtre sous toutes ses formes, les mutilations, les traitements cruels, tortures et supplices ; 
les prises d’otages ; les atteintes à la dignité des personnes, notamment les traitements humiliants et dégradants ;
 les condamnations prononcées et les exécutions effectuées sans un jugement préalable, rendu par un tribunal régulièrement constitué, assorti des garanties judiciaires reconnues comme indispensables par les peuples civilisés ». De la même manière, l’utilisation de certaines armes est également prohibé, à l’image des bombes à sous-munition.
Un autre principe essentiel du droit international humanitaire est contenu à l’article 48 du Protocole additionnel de 1977, lequel prévoit que « les Parties au conflit doivent en tout temps faire la distinction entre la population civile et les combattants ainsi qu’entre les biens de caractère civil et les objectifs militaires et, par conséquent, ne diriger leurs opérations que contre des objectifs militaires ».

De la nécessité d’intégrer le Droit international humanitaire dans les jeux-video.

Selon un rapport de Novembre 2009 (Playing by the Rules: Applying International Humanitarian Law to Video and Computer Games [Jouer selon les règles: application de la loi humanitaire internationale aux jeux vidéo]) tiré d’une étude réalisée par l’organisation suisse TRIAL et l’association Pro Juventute, il est révélé que parmi une vingtaine de jeux examinés (notamment Battlefield, Call of Duty, World in Conflict, Splinter Cell…) ceux-ci représentaient souvent des scènes de violence et incitaient les joueurs à les reproduire au sein des jeux.
À titre d’exemple, Call of Duty 4: Modern Warfare comporte une mission de mitraillage depuis un hélicoptère où le joueur est amené à utiliser un imageur thermique pour déterminer leurs cibles sans qu’il soit fait de différence entre un militaire et un civil. Dans le jeu Call of Duty: Modern Warfare 2, une scène intitulée « Civilian slaughter » (Massacre de civils) propose au joueur de coopérer avec des terroristes russes afin massacrer des centaines de civils dans l’aéroport de Moscou. Un autre jeu avait également soulevé une vive polémique avant de voir sa sortie finalement annulée, à savoir « Six days in Fallujah », lequel devait retracer l’offensive militaire américaine dans la ville de Fallujah en Irak, en octobre 2004, et qui s’est soldée par le massacre de près de 1 000 civils.
« Les jeux vidéo devraient saisir l’occasion de promouvoir [les] normes [du droit international humanitaire] plutôt que de donner l’illusion que la violence est sans limites » estiment ainsi les ONG dans leur rapport de 2009, de telle sorte qu’ils « ne constituent [pas] des espaces indifférents à la loi et à l’éthique. Il serait donc souhaitable que les jeux de guerres fictifs soient régis par les mêmes normes que celles qui régissent de véritables conflits armés ».
Pourtant, beaucoup de joueurs et l’ensemble des développeurs crient au scandale lorsque ces éléments de réflexion sont avancés, prétextant qu’« il ne s’agit que de jeux », et que ce ne sont pas ces loisirs qui inciteront quiconque à commettre un massacre dans sa ville. Ce à quoi Frida Castillo – membre de l’association TRIAL – répond que « même si la majorité des joueurs ne seront jamais soldats, ces jeux font passer le message que les militaires ont droit de vie ou de mort en temps de guerre. C’est faux et il est important de le rappeler en intégrant la loi humanitaire dans les jeux vidéo. Les tortures et les humiliations d’Abou Ghraib montrent ce qui arrive quand on s’imagine avoir tous les droits ».
Enfin, le Comité International de la Croix Rouge a affirmé lors d’une réunion sur la question de la violence dans les jeux-vidéo et leur portée sur les joueurs qui s’est tenue en parallèle à la 31e conférence internationale de la Croix Rouge et du Croissant Rouge à Genève en décembre 2011, qu’« il y a une population d’environ 600 millions de joueurs qui semble violer le droit international humanitaire dans un monde virtuel ».

Quelle soit réelle ou virtuelle, la guerre rapport gros.

Si un jeu se décrivant comme le « meilleur » en matière de reproduction de conflit armé devait être choisi, ce serait certainement Call of Duty: Modern Warfare 3. Fort de ses 100 millions de jeux sous licence « Call of Duty » vendus dans le monde, le développeur du jeu Activision a annoncé avec fierté une semaine après la sortie de son dernier épisode – Call of Duty: Mordern Warfare 3 – avoir écoulé plus de 5 millions d’exemplaires du jeu en une semaine dont 3,5 millions en un seul week-end. Véritable archétype de la simulation de guerre qui rapporte gros, il est annoncé au bout de seize jours que le jeu a réalisé un bénéfice de plus d’un milliard de dollars – dépassant ainsi et de loin les plus grosses productions cinématographiques dont Avatar de James Cameron – et que le réseau social dédié aux adeptes du jeu – ils seraient 30 millions de personnes, soit l’ensemble des habitants réunis des villes de Tokyo, New York, Londres, Paris et Madrid – pourrait également rapporter en 2012 près de 50 millions de dollars à la firme vidéolodique.
Ce succès sur le marché du jeu-vidéo, s’il n’est toutefois pas véritablement comparable, peut être rapproché de l’industrie de l’armement et donc de la guerre. Véritable marché dont l’échelle est démesurée, il est estimé que l’armement a généré dans le monde 1 200 milliards de dollars en 2007, et que ces ventes d’armes ont augmenté de 22% sur la période 2005-2009 par rapport aux cinq années précédentes. S’agissant uniquement des armes dites légères, on en recenserait pas moins de 700 millions en circulation. Rajoutons à cela que 14 milliards de balles sont produites chaque année, soit deux par être humain. Précisons également que ces armes légères contribuent à elles seules à causer la mort de mille personnes par jour.
 Par ailleurs, la récession mondiale ne semble pas affecter les cent plus grands fabricants mondiaux d’armement puisque ceux-ci auraient écoulé 401 milliards de dollars de leurs marchandises en 2009, avec une augmentation de 14,8 milliards de dollars en 2009 par rapport à 2008. Si les Etats-Unis représentent 61,5 % de ce marché (247 milliards de dollars), l’Europe représente quant à elle 30% (soit 120 milliards de dollars).
Seule inquiétude perceptible par ces marchands de la mort : le désir du peuple à se débarrasser de l’autoritarisme comme cela s’est vu avec le Printemps Arabe. En effet, comme l’affirme Charles Edelstenne, actuel président de Dassault Aviation, ces événement rendent « la situation [du marché de l'armement] un peu plus difficile », d’autant plus que la société Dassault s’est vue retirée un client de taille pour son Rafale après la chute de M. Kadhafi. Revendications obligent, les dépenses militaires dans les pays du Golfe – qui représentent plus d’un quart des exportations françaises d’armement – s’opposent au risque d’être suspendues afin de financer à la place des programmes sociaux comme en attestent les 36 milliards de dollars débloqués à cette fin en Arabie Saoudite.
Toutefois, bien que le manque d’éthique du milieu militaire reste incontestable, cela n’entache visiblement pas la confiance que les jeunes français accordent à l’armée.

Les jeunes français et l’armée, perçue comme une « symbole de valeurs, du sens du devoir et de l’esprit d’équipe ».

C’est en effet ce que révèle cet intéressant un sondage conjointement réalisé en novembre 2011 par le Centre de recherche politique de Sciences Po et l’Institut de recherche stratégique de l’école militaire. Réalisée auprès de 993 lycéens et étudiants, l’enquête et son rapport consécutif expliquent que bien que leurs connaissances du monde militaire passent avant tout par les jeux vidéos, 90% des 15-23 ans interrogés considèrent le métier des armes comme une activité honorable. En comparaison, seul 15% des sujets interrogés expriment quant à eux de la défiance vis-à-vis de l’armée.
De là à dire que la simulation de guerre est le meilleur moyen de dédramatiser ce qui est pourtant source d’inhumanités et de fournir de potentielles nouvelles recrues, il n’y a qu’un pas, à l’image des campagnes de publicité complémentaires en 2010, entre l’armée de terre française (« Devenez vous-même ») et le développeur Electronic Arts pour la sortie de son jeu Battlefield (« Devenez plus que vous-même »).

Alors, la guerre virtuelle et le droit, compatibles ?

On ne le répètera jamais assez – et n’en déplaise aux gamers –, la guerre n’est véritablement pas un jeu. Elle est une réalité qui reste la cause principale d’atrocités commises sous des prétextes aussi divers que variés. Elle est la source de trop nombreuses impunités et est également en partie responsable de crises alimentaires dans le monde. Chaque année et pour chaque conflit, la guerre fait plusieurs milliers de morts et ce genre de loisir que représentent les simulations de guerre tend à le faire oublier.
Quoi qu’en disent les joueurs les plus libertaires et les défenseurs de la création vidéoludique sans limite, l’objet d’une réflexion en vue d’intégrer le droit international humanitaire n’a pas de finalité purement moraliste, barbante au possible, pas plus qu’elle n’est aucunement nourrie par les hypothèses les plus folles selon lesquelles la violence dans les jeux-video encouragerait qu’elle soit reproduite dans l’espace de vie réel.

Scène de jeu de COD: Modern Warfare 3

Au contraire, il s’agit davantage d’éclairer la pensée des joueurs pour qu’ils ne soient pas rendu insensibles aux bavures et autres exactions qu’un véritable conflit armé peut provoquer. Il est également question d’éviter de faire passer la guerre comme un défouloir soumis à aucune règle si ce n’est celle de la survie.
De plus, intégrer les règles du droit international humanitaire permettrait à ces jeux de véritablement se définir comme étant proches de la réalité, pas uniquement au niveau des graphismes, mais également au niveau du contenu. De la même façon qu’une simulation de sport comporte tout l’attirail des réglementations à respecter sans qui quiconque ne s’en plaigne, il serait en définitive logique que la guerre virtuelle se voit également dotée des règles du droit des conflits armés.

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Agenda des droits humains et de l’action humanitaire – Novembre 2011

31 10 2011

31 octobre au 25 novembre – Le Comité contre la torture (organe composé d’experts indépendants qui surveille l’application de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants par les États parties) organise sa 47ème session à Genève. Plus d’informations >>

2 novembre – Publication du rapport 2011 du PNUD sur le développement humain. Ce rapport identifie les défis à venir et les mesures à prendre aux niveaux national et mondial qui pourraient encourager les progrès en matière de durabilité et d’équité, deux objectifs étroitement liés. Plus d’informations >>

3 novembreAmnesty International France organise dans ses locaux parisiens une rencontre publique autour de de la parution du livre “Amnesty International a 50 ans” . Plus d’informations >>

5 novembre – L’Armée du Salut organise une mobilisation parisienne contre l’exclusion avec la Résidence C.Booth pour la deuxième année consécutive, de 10h à 18h30 à la mairie du XIème arrondissement de Paris, Place Léon Blum (métro 9, station Voltaire). Plus d’informations >>

6 au 12 novembre – Semaine internationale de la science et de la paix. Plus d’informations >>

6 novembre – Journée internationale pour la prévention de l’exploitation de l’environnement en temps de guerre et de conflit armé. Plus d’informations >>

8 au 30 novembreMédecins Sans Frontières organise dans le cadre de ses 40 ans une tournée universitaire pour la promotion du documentaire “Living In Emergency” . Plus d’informations >>

10 novembre – Journée mondiale de la science au service de la paix et du développement. Plus d’informations >>

10 novembreAmnesty International publie un rapport sur les conséquences de la pollution dans le Delta du Niger sur la communauté Bodo, à l’occasion de la date anniversaire de l’assassinat de Ken Saro Wiva.

13 au 20 novembre – Semaine de la solidarité internationale. Plus d’informations >>

16 novembre – Journée mondiale de la tolérance. Plus d’informations >>

20 novembre – Journée mondiale de l’enfance. Plus d’informations >>

25 novembre – Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Plus d’informations >>

29 novembre – Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien. Plus d’informations >>

30 novembre – Sortie du film «The Lady» de Luc Besson, soutenu par Amnesty International.

30 novembreAmnesty International France publie un nouveau rapport sur les violences policières en France.





Agenda des droits humains et de l’action humanitaire – Octobre 2011

25 09 2011

29 septembre au 04 octobreAmnesty International France lance son festival Cinéma et droits humains, à la Filmothèque du Quartier Latin (Paris 5e). Plus d’informations >>

2 octobre – La LICRA est partenaire de la 23ème journée de la poésie. Cette manifestation culturelle à vocation humaniste se plaçant sous le signe de la liberté créatrice et du dialogue interculturel abordera cette année la thématique « Unis dans la diversité : voix et couleurs du monde ». Plus d’informations >>

2 octobre – Journée internationale de la non-violence. Plus d’informations >>

3 octobre – Journée mondiale de l’habitat. Plus d’informations >> 

10 octobre – 9ème journée mondiale contre la peine de mort. Cette année, la journée sera plus particulièrement dédiée au caractère cruel, inhumain et dégradant de la peine capitale. Plus d’informations >>

10 au 21 octobre – Conférence des Parties à la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification, à Gyeongnam, en République de Corée. Plus d’informations >>

11 octobreMédecins sans Frontières vous invite à la Fnac Paris – Ternes afin de rencontrer Rip Hopkins à l’occasion de la sortie de son livre « Sept fois à terre, huit fois debout ». Plus d’informations >>

13 octobre – Journée internationale de la prévention des catastrophes. Plus d’informations >> 

16 octobre – Journée mondiale de l’alimentation. Plus d’informations >>

17 octobre – Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté. Plus d’informations >>

24 octobre – Journée des Nations Unies. Plus d’informations >>

24 octobre – Journée mondiale d’information sur le développement. Plus d’informations >>

24 au 30 octobre – Semaine du désarmement. Plus d’informations >>

27 octobre – Ouverture du Forum national des associations et des fondations, à Paris. Plus d’informations >>





Troy Davis : Ce jour où nous avons perdu une part de notre Humanité.

25 09 2011

Mercredi 21 septembre, il s’agissait de la Journée Internationale de la Paix, consacrée par les Nations-Unis en 1981 et célébrée chaque année depuis lors. Mais cette année, le 21 septembre n’était pas seulement une journée de Paix. Pour des millions de personnes dans le monde, ce jour était celui d’une guerre menée contre la peine de mort et l’exécution d’un homme, citoyen des États-Unis, dans le couloir de la mort pour un crime qu’il n’a certainement pas commis : Troy Davis.

Le 19 août 1989, un policier blanc du nom de Mark Allen MacPhail est abattu. Sur les lieux du crime à ce moment là, Troy Davis est arrêté, mais celui-ci nie en être l’auteur. Il n’y a par ailleurs aucune preuve matérielle à son encontre et l’arme du crime n’est jamais retrouvée, mais neuf témoins l’accusent, ce qui vaut par conséquent à Troy Davis une condamnation à mort en 1991.
Les années défilent et sept des neuf témoins l’accusant reviennent sur leur déposition, en affirmant avoir subi des pression de la part des policiers au moment des faits. Quant aux deux derniers témoins, des soupçons pèsent sur l’un d’entre eux, Sylvester Coles, accusé par neuf nouveaux témoins d’être en réalité le meurtrier recherché. Le dernier témoin affirme quant à lui que le meurtrier du policier était gaucher, tandis que Troy Davis est droitier.

Malgré ces éléments, Troy Davis est toujours accusé par la justice géorgienne du meurtre de Mark Allen MacPhail, mais réussi à échapper, à trois reprises, à une exécution programmée. Le 17 août 2009, la Cour suprême des Etats-Unis décide néanmoins que de nouvelles audiences aient lieu, dès le 23 juin 2010, afin d’entendre le témoignage des neuf nouveaux témoins. Mais le 24 août 2010, le juge William Moore affirme que « M. Davis n’a pas réussi à prouver son innocence ». Ses avocats tentent alors divers recours, qui se succèdent jusqu’en 2011, aux différents échelons de l’organisation judiciaire américaine, sans succès.

Son exécution est finalement programmée pour le 21 septembre 2011, à 23h US (01h FR), et les militants du monde entier n’ont qu’une dizaine de jours afin de sensibiliser et mobiliser l’opinion publique sur cette affaire. Des personnalités publiques prennent également position contre l’exécution de Troy Davis, notamment Jimmy Carter, Desmond Tutu, le Pape Benoit XVI, Robert Badinter, des experts en droits humains des Nations-Unies, le Conseil de l’Europe et le gouvernement français. Mais rien n’y fait, le Comité des Grâces refuse catégoriquement de revenir sur la décision d’exécution.

La chambre d'exécution dans laquelle a été exécuté Troy Davis. Le condamné rejoint cette salle par la porte jaune au fond. À droite se trouve la fenêtre de la salle des témoins, lesquels prennent place sur 3 bancs de bois de 5 m de long.

La chambre d'exécution dans laquelle a été exécuté Troy Davis. Le condamné rejoint cette salle par la porte jaune au fond. À droite se trouve la fenêtre de la salle des témoins, lesquels prennent place sur 3 bancs de bois de 5 m de long.

Le 21 septembre, à 14h30 locales (20h30 FR), Troy Davis n’a plus que 30 minutes pour dire adieux à ses proches. Devant la prison, une centaine de manifestants sont présents afin de demander la suspension de l’exécution.
À 15h (21h FR), Troy Davis est reconduit dans sa cellule.
À 15h10 (21h10 FR), Troy Davis est conduit dans le cabinet du médecin de la prison pour une visite médicale.
À 15h55 (21h55 FR), la visite médicale de Troy Davis prend fin. Il est reconduit en cellule afin d’y prendre son dernier repas, identique aux autres détenus : oleslaw, cheeseburger grillé, haricots, patates au four, cookie et jus de raisin. Troy Davis n’a en effet pas demandé de repas spécial.
À 17h35 (23h35 FR), les avocats de Troy Davis saisissent la Cour Suprême de Géorgie contre le rejet ayant été donné une heure plus tôt à la requête de report de la sentence.
À 17h55 (23h55 FR), la Cour suprême de Géorgie rejette le recours. Il ne reste plus qu’une heure avant l’exécution.
À 18h00 (00h FR), la défense de Troy Davis saisit la Cour Suprême des États-Unis d’un recours contre le rejet donné par la Cour Suprême de Géorgie.
À 18h05 (00h05 FR), le gardien-chef de la prison et l’aumônier rejoignent Troy Davis. Ils ne le quitteront maintenant plus, jusqu’à la fin de l’exécution.
À 18h10 (00h10 FR), Troy Davis se voit proposer un cachet de lorazépam, afin s’il le souhaite, calmer son angoisse.
À 18h50 (00h50 FR), Troy Davis est installe dans la chambre d’exécution. Une intraveineuse lui est passée dans chaque bras. Une solution saline est d’abord injectée, avant qu’il ne s’agisse du cocktail mortel. Pendant ce temps tout le monde attend des nouvelles de Washington, où se trouve la Cour Suprême des Etats-Unis. Des centaines de cercles de prières sont visibles à l’extérieur, devant la prison.
À 19h (01h FR), heure de l’exécution programmée, Troy Davis peut être exécuté à tout moment, car le recours formé par ses avocats n’est pas suspensif. L’exécution est en effet censée être menée à terme, sauf en cas d’ordre de suspension donné par le directeur de la prison.
À 19h04 (01h04 FR), l’exécution de Troy Davis est suspendue ! Des cris de joie retentissent à l’extérieur de la prison. La Cour Suprême des États-Unis a demandé de surseoir à l’exécution en attendant sa réponse. Le délai durant lequel la Cour examine la demande reste toutefois inconnu.
À 19h46 (01h46 FR), le porte-parole de Barack Obama affirme que ce dernier ne veut pas intervenir contre l’exécution de Troy Davis. Il explique que son refus d’intervenir tient du fait que cela ne relève pas de l’Etat fédéral.
À 22h25 (04h25 FR), la demande de suspension d’exécution de Troy Davis est refusée par la Cour Suprême des États-Unis. Tous les manifestants autour de la prison se mettent à prier. Le calme qui règne autour de la prison est vraiment troublant.
À 22h35 (04h35 FR), il est annoncé que l’exécution de Troy Davis doit avoir lieu dans la prochaine demi-heure. Avant de recevoir l’injection mortelle, Troy Davis déclare : « Je ne suis pas celui qui a commis le crime. Je n’avais pas d’arme. Continuez à chercher la vérité ». Il bénit également ses bourreaux.
À 22h53 (04h43 FR), l’exécution de Troy Davis commence.
À 23h08 (05h08 FR), Troy Anthony Davis décède.

© AFP/Jessica McGowanCe soir là, ce sont des millions de mains qui ont tenu par la pensée celles de Troy Davis. Par la pensée, ce sont certainement des millions personnes qui ont voulu tenir Troy Davis dans leur bras afin qu’il ne soit pas relâché vers une justice meurtrière. Avec son exécution, ce n’est pas seulement un symbole, mais une part entière de l’Humanité de chaque être humain qui a été meurtrie. À jamais, le combat contre la peine de mort a un nom, et un visage: celui de Troy Anthony Davis.

La veille de son exécution, Troy Davis a adressé un message à ses sympathisants du monde entier : « Le combat pour la justice ne s’arrête pas avec moi. Ce combat est pour tous les Troy Davis avant moi et tous ceux qui viendront après moi. Je me sens bien, je prie et je suis en paix. Mais je n’arrêterai de me battre qu’à mon dernier souffle.
Il y a tant d’autres Troy Davis. Ce combat pour abolir la peine de mort ne sera pas gagné ou perdu à travers moi, mais à travers notre force à avancer et à sauver chaque personne innocente emprisonnée à travers le monde. Nous devons démanteler ce système injuste, ville par ville, État par État, et pays par pays. (…) Ne cessez jamais le combat pour la justice, et nous gagnerons ! »

Membre et militant d’une organisation de défense et de promotion des droits humains depuis maintenant deux ans, j’ai toujours eu depuis le début connaissance du cas de Troy Davis. À chaque réunion, à chaque stand organisé en ville son affaire était continuellement présente, qu’il s’agisse des dernières informations qui nous parvenaient sur les conditions de sa détention ou de faire progresser le nombre de signatures de la pétition le concernant.
C’est pourquoi, en ce qui me concerne personnellement – dernier maillon de cette formidable chaine que forment les défenseurs des droits humains – son décès représente une première défaite, retentissante, du combat pour les droits fondamentaux, du respect de l’intégrité et de la dignité humaine dans toutes ses dimensions.
Mais malgré cela, malgré cette tristesse dont je n’arrive à me défaire dès que mes pensées convergent vers Troy Davis, je peux affirmer que la lutte ne s’arrête pas maintenant. Au contraire, elle continue de plus bel, pour tous les droits et libertés opprimés, afin de faire primer la vie et la dignité de chaque être humain.

I am Troy Davis, and I keep hope.

Je sais que nous finirons par y parvenir.

Définitivement, le 21 septembre ne sera plus seulement la journée internationale de la Paix. C’est dorénavant la journée de tous les Troy Davis de ce monde.





Agenda des droits humains et de l’action humanitaire – Septembre 2011

25 08 2011

30 août au 3 septembreMédecins Sans Frontières expose une collection de photographies intitulée “Terre d’Urgences”:
À Angoulins.
À Angers, dans le centre commercial Saint-Serge.
Découvrir les photos “Terre d’Urgences” >>

Au début du mois de septembreAmnesty International publie un rapport de trois mois de missions en Libye par une de ses chercheuses.

1er septembre - Remise officielle à Perpignan, du premier Visa d’Or Humanitaire du Comité International de la Croix Rouge à Catalina Martin-Chico, pour sa collection de photographies intitulée “La révolution yéménite”. Plus d’informations >>

8 septembre – Journée internationale de l’alphabétisation. Plus d’informations >>

10 septembre – Journée mondiale de prévention du suicide. Plus d’informations >>

10 au 20 septembre – Médecins Du Monde expose une collection de photographies intitulée “Exil, Exit ?” à Toulouse, sur le quai de l’exil républicain espagnol. Plus d’informations >>
Découvrir le site de l’exposition “Exil, Exit ?” >> 

12 au 30 septembre – 18e session du Conseil des droits de l’homme. Plus d’informations >>

13 septembre – Ouverture de la 66e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, au Siège des Nations Unies, à New York. Plus d’informations >>

15 septembre – Journée internationale de la démocratie. Plus d’informations >>

16  au 18 septembre – La Fondation Abbé Pierre sera présente à la Fête de l’Huma qui se déroulera au Parc départemental de la Courneuve, afin de sensibiliser le grand public à la question du mal-logement et plus particulièrement les jeunes qui en sont les premières victimes. Plus d’informations >>

18 septembre – Amnesty International vous invite à venir consulter avant cette date une collection de photographies portant sur les grands combats liés aux droits humains passés et présents, à Arles, lors des Rencontres Internationales de la PhotographiePlus d’informations >>

19 au 20 septembre – Réunion de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations Unies sur la lutte contre les maladies non transmissibles et la prévention des maladies non transmissibles. Plus d’informations >>

20 septembre – Réunion de haut niveau des Nations Unies sur la désertification, la dégradation des sols et la sécheresse dans le contexte du développement durable et de l’éradication de la pauvreté. Plus d’informations >>

21 septembre – Concert de la Paix à Londres à l’occasion de la Journée Internationale de la Paix. Plus d’informations >>

24 septembreHandicap International organise dans 31 villes de France des pyramide de chaussures afin de protester contre l’utilisation des mines et des bombes à sous-munitions. Plus d’informations >>

29 septembre au 4 octobre – La deuxième édition du Festival Cinéma et Droit Humains ouvre ses portes, à Filmothèque du Quartier Latin (Paris 5e). Plus d’informations >>








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