Fin de la famine en Somalie : Quand les chiffres suffisent à relativiser la tragédie.

4 02 2012

Le 3 février 2012, le nouveau Directeur Général de la FAO, José Graziano da Silva, a annoncé à l’occasion de la publication du nouveau rapport de l’Unité d’analyse de la sécurité alimentaire et de la nutrition de la FAO pour la Somalie (FSNAU) et du Réseau de système d’alerte rapide sur les famines (FEWS NET) de l’agence USAID que la période de famine en Somalie est terminée. Il ajouté à ce titre que « des pluies longtemps attendues (arrivées entre octobre et décembre 2011), ainsi que la conjonction de contributions agricoles substantielles et de la réponse humanitaire déployée au cours des six derniers mois, sont les principales raisons de cette amélioration ».

Estimation de la sécurité alimentaire dans la Corne de l'Afrique - Janvier Mars 2012 © FEWS NET

Mais aussi réjouissante cette annonce soit-elle, qu’en est-il réellement sur place ? Il est indiqué dans ce dernier rapport – bien que les difficultés pour recueillir données et informations à ce sujet soient évidentes, notamment en raison de la restriction des déplacements et des zones inaccessibles car tenues par les milices shebabs – que le nombre de personnes ayant besoin d’une aide humanitaire d’urgence en Somalie est dorénavant estimé à 2,34 millions, dont environ 325 000 enfants. Si l’on en croit les estimations, ce chiffre représenterait 31 % de la population somalienne. En comparaison, au plus fort de la crise, 4 millions de personnes (soit 53 % de la population) nécessitaient une aide d’urgence, et 750 000 d’entre elles étaient considérées comme étant véritablement en danger de mort.

Ces chiffres étant encore cruellement élevés, ceux-ci restent donc à relativiser, raison pour laquelle le Directeur Général de la FAO a tenu a préciser que la crise n’en est pas moins terminée, et de rajouter que « seule la combinaison d’une bonne pluviométrie et d’actions à long terme continues et coordonnées, visant à renforcer la résilience des populations locales et liant programmes d’aide humanitaires et de développement, peut apporter une solution définitive à cette crise. Les sécheresses sont inévitables mais nous pouvons mettre en place des mesures adéquates pour éviter qu’elles ne provoquent des famines. Trois mois nous séparent de la prochaine saison des pluies ».

La prudence reste donc de mise, puisqu’à l’échelle de l’ensemble de la Corne de l’Afrique (Somalie, Kenya, Ethiopie, Djibouti), si les estimations annonçaient le nombre de 13 millions de personnes souffrant de la crise alimentaire au plus fort de la crise, ce nombre reste encore aujourd’hui situé autour de 9,5 millions de personnes. Un chiffre qui suffit à lui seul en effet à rappeler que la crise alimentaire dans la Corne de l’Afrique n’est définitivement pas terminé.

Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) © FSAU

Face à des chiffres qui restent élevés, sur quels critères un Etat est-il déclaré en situation de famine ? La famine est définie par les Nations-Unies comme étant « une situation de crise alimentaire extrême dans laquelle les enfants, mais aussi les adultes, meurent de faim ». Une définition très généraliste qui a ainsi incité que la sécurité alimentaire soit examinée au moyen d’un outil communément appelé le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), lequel a été établi dès 2004 par l’Unité d’analyse de la sécurité alimentaire et de la nutrition de la FAO pour la Somalie (FSNAU). L’IPC distingue cinq phases de situations de sécurité alimentaire – allant de la sécurité alimentaire généralisée à la situation de famine et crise humanitaire en passant par l’état d’urgence humanitaire –, et chacune d’elle est dotée d’une définition générale en plus des indicateurs d’impact de référence spécifiques. La phase de situation la plus grave, c’est-à-dire la situation de famine, est déclarée par la FSNAU et le réseau FEWS NET lorsque au moins trois critères des protocoles IPC sont réunis: un grave manque d’accès à la nourriture pour 20 % de la population, une situation malnutrition aiguë – moins de 2100 kcal et moins de 4 litres d’eau disponibles par jour et par personne – dépassant les 30 %, et un taux brut de mortalité supérieur à deux décès par jour pour 10 000 habitants.

À la vue de ces critères, force est de constater que la Somalie en réunit toujours un, celui de la situation de malnutrition aiguë dépassant les 30 % de la population – provoquant encore sans le moindre doute de nombreux décès. Néanmoins, bien que je ne sois pas en possession d’informations supplémentaires, pas plus que je n’ai ni la volonté ni la capacité de remettre en question les conclusions du dernier rapport FSNAU – FEWS NET, je ne puis que rester dubitatif et véritablement soucieux quant à l’impact qu’elles auront. En effet, il n’est plus à démontrer comment la communauté internationale s’est montrée incapable de prendre rapidement et efficacement les mesures indispensables à l’enrayement de cette tragédie pourtant prévisible (Lire l’article Insécurité alimentaire : Le bilan de l’année 2011). Un rapport commun des ONG Oxfam et Save the Children intitulé « Un retard dangereux : le coût d’une réponse tardive à des alertes précoces lors de la sécheresse de 2011 dans la Corne de l’Afrique » et publié le 18 janvier dernier affirme ainsi que « plutôt que d’agir en amont, de nombreux bailleurs ont préféré attendre d’avoir des preuves qu’une crise était en cours » et d’ajouter « si un certain nombre d’opérations ont été rapidement déclenchées, ces actions se sont vite révélées insuffisantes face à une crise d’une telle ampleur. Des interventions plus onéreuses ont donc dû être déployées à un stade ultérieur. Acheminer cinq litres d’eau par jour pour 80 000 personnes en Ethiopie pour sauver des vies en urgence revient à plus de 3 millions de dollars alors qu’il ne coûte pas plus de 900 000 dollars de réhabiliter les points d’eau hors d’usage de la région pour prévenir une sécheresse annoncée ».

Olivier de Schutter

Il en va de même également pour les journalistes, qui a mon sens ont également leur part de responsabilité dans l’indifférence avec laquelle cette situation dans la Corne de l’Afrique a dégénéré sans qu’aucun média de masse ne s’en fasse l’écho. Bien que les ONG et autres organisations internationales s’appliquent à publier régulièrement communiqués et rapports sur la multiplication des signaux annonciateurs de crises humanitaires, les journalistes, parfaits hypocrites dont le métier serait de diffuser les informations au plus grand nombre se sont ainsi accordés le luxe d’attendre le déclenchement de la situation de famine en Somalie en juillet 2011 pour enfin daigner parler de la crise alimentaire qui sévit dans toute la Corne de l’Afrique. La même logique a actuellement lieu en ce qui concerne la grave et croissante crise alimentaire dans la région sahélienne où plusieurs millions de personnes sont dans une situation de vulnérabilité extrême. Le 23 janvier 2012, Olivier de Schutter, Rapporteur Spécial des Nations-Unies pour le Droit à l’Alimentation s’est à ce sujet fait l’étendard de la préoccupation urgente quant à la crise sahélienne qui touche pêle-mêle la Mauritanie (¹), le Tchad, le Mali (²), le Niger (³), le Burkina Faso (), le Sénégal mais également le Nigeria et le Nord du Cameroun. Il a également ajouté à juste titre que « si l’aide internationale n’arrive pas dans les semaines qui viennent, les agences humanitaires seront dans l’impossibilité de faire face à la demande croissante qui pèse sur elles. La communauté internationale doit tirer les leçons de la crise alimentaire dans la Corne de l’Afrique ».

Quoi qu’il en soit, retenons que depuis le 3 février 2012, la Somalie n’est donc plus considérée comme étant un Etat placé en situation de famine, mais « simplement » en situation d’urgence humanitaire. Une classification pour le peu paradoxale, comme s’il pouvait y avoir plusieurs degrés d’urgence dans l’urgence, et provoquant de facto une banalisation de la notion d’urgence humanitaire. Par conséquent et sans surprise, les médias détourneront leur attention déjà minimale à ce sujet, et auront ainsi tout le loisir de se consacrer aux élections présidentielles françaises sans que quiconque n’ait à culpabiliser de passer en retrait ce type d’informations.

Citons pour terminer ce qu’avait annoncé José Graziano da Silva, au cours de sa première conférence de presse en qualité de Directeur général de la FAO, deux jours après sa prise de fonction – et un mois jour pour jour avant son annonce de fin de famine en Somalie – qu’en tête de ses priorités figurait l’élimination totale de la faim et de la sous-alimentation dans le monde. Tout un symbole donc pour ce début de mandat à la tête de la FAO de la part d’un homme ayant été en 2003 responsable de la conception et de la mise en œuvre du programme « Faim Zéro » au Brésil et dont il aurait été à mon sens attendu de saisir l’occasion pour remettre en question le mode d’étude de l’Unité d’analyse de la sécurité alimentaire et de la nutrition de la FAO pour la Somalie (FSNAU), ou à tout le moins le relativiser davantage. 2,4 millions souffrent toujours de la faim en Somalie, pays de la Corne de l’Afrique ravagé en partie par une crise alimentaire vielle de 20 ans et à l’origine d’un nombre incalculable de victimes de la faim. Mais soyons rassurés, depuis le 3 février 2012, il n’y a plus de famine en Somalie…

(¹700 000 personnes en Mauritanie vivent dans les régions affectées par la crise alimentaire au Sahel.
(²2,9 millions de personnes au Mali sont touchées.
(³6 millions de personnes au Niger sont affectées par la crise alimentaire.
(162 communes sur un total de 356 communes au Burkina Faso sont affectées par l’insécurité alimentaire.

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Pour la Corne de l’Afrique, we can be Heroes.

28 01 2012

Soutien à la fois original et inattendu: L’éditeur de comics DC Entertainment et sa Justice League (Batman, Superman, Wonder Woman, Green Lantern…), mais également les compagnies affiliées à Warner Bros. Entertainment et Time Warner ont lancé cette semaine une campagne contre la crise alimentaire qui continue de sévir dans toute la Corne de l’Afrique (Somalie, Ethiopie, Kenya et Djibouti).

L’objectif : inciter les personnes à effectuer directement un don ou acheter un produit à l’effigie de l’opération avec les célèbres super-héros. Les dons récoltés et 50 % des recettes obtenues par la vente des produits cités durant les deux prochaines semaines ont ainsi vocation à être reversés à trois grandes ONG : Save the Children, International Rescue Committee et Mercy Corps.

En effet, malgré la diminution croissante de la médiatisation de cette tragédie, et tandis que la communauté internationale semble toujours incapable de prendre les mesures indispensables pour enrayer cette tragédie pourtant prévisible, 13 millions de personnes dans la Corne de l’Afrique (dont plus de 4 millions de personnes en Somalie et tout autant en Ethiopie) se trouvent toujours en situation de malnutrition aiguë et nécessitent par conséquent une aide alimentaire urgente.

Pour un maximum de visibilité, l’opération We can be Heroes est d’ores et déjà diffusée sur l’ensemble des plateformes de la compagnie Time Warner (Warner Bros., HBO, Turner Broadcasting, Time Inc.).

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Quant à vous, Héro, Héroïne en puissance, il est toujours temps de vous rendre sur joinwecanbeheroes.org afin de découvrir plus en détail cette campagne… et rejoindre la Justice League !

 

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Insécurité alimentaire: Le bilan de l’année 2011.

10 01 2012

Nouvelle année oblige, l’un des premiers articles pour 2012 ne pouvait être autre chose qu’un bilan, tant l’année qui vient de s’achever a été riche en évènements. Et parce qu’il s’agit d’un sujet qui m’est cher, et que celui-ci est en concordance avec la ligne éditoriale du blog, je vous propose de revenir sur les évènements et autres nombreuses crises qui ont composé l’année 2011 dans le domaine de l’insécurité alimentaire.

Le bilan ainsi présenté est le résultat d’un travail de veille de longue haleine, mené tout au long de cette année avec passion mais non sans inquiétude constante, du fait d’assister à la multiplication des signes annonciateurs de crises, et ce sans que la communauté internationale ni les médias ne s’en préoccupent davantage. Retour donc mois par mois, sur une année mouvementée, marquée par une succession de catastrophes alimentaires.

Petite précision: Depuis 2010, le nombre de personnes souffrant de la sous-alimentation reste estimé à 925 millions. En effet, le Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA) a demandé à la FAO lors de sa réunion de 2010 de réviser sa méthodologie d’estimation de la sous-alimentation afin de fournir des mises à jour qui soient davantage d’actualité et d’incorporer toutes les informations pertinentes, y compris l’analyse des nombreuses enquêtes sur les ménages devenues disponibles ces dernières années. C’est pourquoi aucune estimation actualisée du nombre de personnes sous-alimentées en 2009 et 2010 n’est publiée, et aucune estimation n’a été faite pour 2011.

Janvier

2011 commence à peine que l’Organisation des Nations-Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) s’alarme des niveaux records atteints par les prix alimentaires. En effet, ceux-ci dépassent de loin ceux de 2008, pourtant responsables de multiples émeutes dites de la faim. Dans le même temps, la FAO constate également que la consommation de poisson atteint des records - près de 17 kg par habitant en moyenne -, en conséquence de quoi l’organisation publie ses premières directives mondiales pour la réduction des rejets de poisson.
Tandis que de son coté le Programme Alimentaire Mondial (PAM) œuvre pour vaincre la faim au Sud-Soudan afin de faire reculer le nombre de personnes ayant besoin d’une aide alimentaire, l’inquiétude se porte toutefois de plus en plus sur le Niger, où le taux de malnutrition chez les enfants demeure alarmant selon l’UNICEF, et ce en dépit de bonnes récoltes.

Toujours en Afrique de l’Ouest, en Côte d’Ivoire, l’’impasse politique dans laquelle se trouve le pays n’aide en rien à lutter contre la hausse des prix des biens alimentaires. Quant à la Somalie, bien avant que la sécheresse n’affole les médias, le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) met déjà en lumière l’aide qu’il apporte à plus d’un demi-million de personnes. Enfin, le mois de janvier se caractérise également par l’inquiétude du PAM quant à ses difficultés de financement – à hauteur de de 400 millions de dollars - pour financer l’aide initialement prévue pour être apportée à près de 7,3 millions de personnes en Afghanistan.

Février

Les prix alimentaires mondiaux subissent un nouveau pic historique pour le septième mois consécutif, en conséquence de quoi l’ONU tire la sonnette d’alarme en estimant qu’il est nécessaire de se préparer à l’impact d’une hausse des prix alimentaires, notamment en raison du fait que 44 millions de personnes dans le monde aient basculé entre juin et décembre 2010 sous le seuil de l’extrême pauvreté en raison de la flambée des prix des aliments. À titre d’exemple, le prix des haricots en Bolivie a augmenté de 179% par rapport à 2010 tandis que les prix de la farine et du riz ont augmenté de 44% et 33% respectivement, et la Somalie fait face quant à elle à une augmentation de plus de 80% depuis septembre du prix du maïs et du sorgho en raison de mauvaises récoltes. À Madagascar, où le riz est devenu un luxe, la France annonce par l’intermédiaire de son Ministre chargé de la Coopération une contribution financière de 1 million d’euros aux opérations du PAM pour répondre à l’insécurité alimentaire dans les régions du Sud de l’île.

Femmes du Mozambique fuyant les inondations. © FAO

En Egypte, pour palier au ralentissement économique induit par la crise politique sévissant dans le pays, le PAM décide d’intensifier son assistance alimentaire aux égyptiens vulnérables. Dans le même temps, les responsables humanitaire continuent de s’inquiéter de la sécheresse sévère qui sévit depuis novembre dans les pays d’Afrique de l’Est et qui devrait empirer durant les prochains mois, ainsi qu’au Burundi. Enfin en Afrique australe, ce sont des milliers d’hectares de terres agricoles et de cultures qui sont endommagés par des pluies torrentielles et des inondations.

Mars

Une nouvelle hausse des cours – notamment pétroliers – provoque des tensions sur les marchés céréaliers même si certaines prévisions annoncent l’augmentation de la production mondiale de blé en 2011, bien qu’inférieure aux récoltes exceptionnelles de 2008 et 2009. Ainsi au Pakistan, il est annoncé que la récolte de blé sera bonne malgré les inondations ayant sévit dans le pays durant le mois d’août 2010 – 20 millions de personnes ont été touchées, 10 millions d’entre elles nécessitant une assistance alimentaire d’urgence. Néanmoins, cela n’empêche en rien la montée du prix du blé, lequel est trois fois supérieur à celui de 2008.

Tandis que le Bangladesh est salué pour la « réussite » de ses efforts de lutte contre la sous-alimentation infantile sur les quinze dernières années, de nouvelles inquiétudes se portent sur Madagascar où 600 tonnes de nourriture sont distribuées par le PAM à près de 69 000 personnes touchées par les dégâts du cyclone tropical Bingiza. Le mois continue d’être chargé pour le PAM puisque celui-ci offre son expertise logistique afin de soutenir les efforts de secours au Japon touché par un séisme, un tsunami et une crise nucléaire, de la même façon qu’il lance une opération d’urgence pour venir en aide à 1,06 millions de personnes en Libye, en Égypte et en Tunisie sur une période de trois mois.

Avril

Un convoi de huit camions transportant 240 tonnes de farine de blé et 9,1 tonnes de biscuits à haute teneur énergétique arrive en Libye. © WFP/Guy Curves

Pour la première fois de l’année après huit mois de hausses continues, les prix alimentaires connaissent une légère baisse. Cette annonce est néanmoins atténuée par un rapport des agences de l’ONU soulignant la crise alimentaire qui sévit en République populaire démocratique de Corée, pays dans lequel environ un quart de la population – soit six millions de personnes – souffrent de la faim. Ne tardant pas pour réagir, le PAM lance une opération d’urgence alimentaire et nutritionnelle pour répondre aux besoins urgents en nourriture de près de 3,5 millions de personnes vulnérables dans ce pays. Dans le même temps, l’agence humanitaire ouvre un couloir humanitaire vers l’ouest de la Libye afin d’atteindre pour la première fois les régions durement touchées par les combats depuis le début des violences dans le pays.

En Afrique de l’Ouest, le PAM met en place un pont aérien afin de renforcer son opération d’urgence en Cote d’Ivoire et au Libéria, tandis qu’en Afrique de l’Est la Directrice exécutive du PAM déclare que plus de 5 millions de personnes souffrent de la faim dans la Corne de l’Afrique. Plus au sud, en Ouganda notamment, l’augmentation du prix des denrées alimentaires fait basculer de nombreuses familles dans un véritable cauchemar, de même au Burundi où des milliers de personnes manquent cruellement de nourriture après de fortes pluies ayant détruit de nombreuses récoltes. Au Moyen-Orient, c’est la morelle jaune que l’on redoute, une mauvaise herbe qui détruit les cultures en suçant l’eau et les nutriments du sol et dont les baies sont un véritable poison pour le bétail. Enfin, le Programme Alimentaire Mondial doit faire face à de nouvelles inquiétudes quant au financement de l’assistance alimentaire destinée à des millions de personnes en Afghanistan.

Mai

Alors que le mois d’avril avait annoncé une baisse du prix des produits alimentaires, le mois de mai connait une certaine stabilité de ces prix. Dans le même temps, la FAO met en garde contre le phénomène de l’accaparement des terres et affirme dans un rapport que le tiers des aliments produits chaque année dans le monde pour la consommation humaine – soit environ 1,3 milliard de tonnes – est perdu ou gaspillé. Enfin au Sri Lanka, en raison de graves inondations et d’une pénurie généralisée, les prix du riz et du blé sont parmi les plus élevés de la région.

Juin

Le mois de juin s’ouvre avec une nouvelle édition du rapport de la FAO sur les prix alimentaires, lequel annonce que les prix internationaux des denrées alimentaires de base devraient rester soutenus et instables jusqu’à la fin de l’année. Un autre rapport affirme même que les prix des céréales entre 2011 et 2020 pourraient dépasser en moyenne de 20 % les niveaux de la période 2001-2010.
En Libye, le PAM retourne à Misrata avec un quatrième bateau depuis le début de la crise tandis que de plus en plus, la sécheresse menace des millions de personnes vivant dans la Corne de l’Afrique. Selon Josette Sheeran, Directrice exécutive du PAM, près de 9 millions de personnes – dont beaucoup de femmes et d’enfants – seraient menacées par cette crise face à laquelle le Programme alimentaire mondial compte lutter pour nourrir plus de 6 millions de personnes parmi les plus vulnérables mais avec des ressources limitées.
Dans le même temps, l’aide alimentaire du PAM atteint 26 500 personnes dans le Kordofan-Sud au Soudan, région touchée par un conflit armé. À Madagascar, ce sont les criquets qui menacent les moyens de subsistance de 13 millions de personnes.

Juillet

Ces enfants reçoivent un traitement contre la malnutrition sévère à l’hôpital de Médecins sans Frontières dans le camp de Dadaab (Kenya). Ils reçoivent un traitement nutritionnel de l’UNICEF, tandis que les mères reçoivent des rations alimentaires du PAM. © WFP/Rose Ogola

Le mois de juillet commence avec une nouvelle hausse des prix alimentaires, tandis que dans le même temps le PAM estime que le nombre de personnes dans la Corne de l’Afrique nécessitant une assistance alimentaire devrait atteindre les 10 millions dans les semaines à venir en raison de la sécheresse, de la hausse des prix alimentaires et du carburant, ainsi que du conflit. En parallèle, la FAO invite la communauté internationale à déployer tous les moyens politiques, moraux et financiers nécessaires pour affronter de manière intégrée la crise qui s’aggrave dans cette région de l’Est de l’Afrique. Une dizaine de jours plus tard, le Programme Alimentaire Mondial déclare que ce sont finalement 11,3 millions de personnes qui nécessitent une aide alimentaire d’urgence dans la région et érige cette crise au rang de première priorité humanitaire dans le monde.

Le 20 juillet, la FAO évalue à 120 millions de dollars les fonds nécessaires pour faire face à la sécheresse dans la Corne de l’Afrique et fournir une assistance rapide à l’agriculture. Le 25 juillet se tient à Rome une réunion internationale « pour sauver la Corne de l’Afrique », organisée par la FAO à la demande expresse de la présidence française du G20, en présence de Ministres et représentants de haut niveau des 191 pays membres de la FAO, de représentants d’autres agences des Nations Unies et de responsables d’organisations internationales et d’organisations non gouvernementales. Cette réunion aboutit notamment à des promesses de dons s’élevant à 250 millions de dollars pour le PAM de la part de l’Australie, du Canada, de la France, de l’Allemagne, de l’Irlande, du Japon, du Royaume d’Arabie Saoudite, de Monaco, de Suède, du Royaume-Uni, du Fonds central pour les interventions d’urgence des Nations Unies (CERF) et des États-Unis.

Août

Une femme avec son enfant malnutri faisant la queue pour manger dans un camp de PDI à Mogadiscio. © UN Photo/Stuart Price

Le 5 août, la FAO tire la sonnette d’alarme sur la nécessité d’une intervention immédiate pour sauver la vie et sauvegarder les moyens d’existence de millions d’agriculteurs et d’éleveurs dans toute la Corne de l’Afrique victime de la sécheresse. En effet, des communiqués des Nations-Unies indiquent que la détresse des personnes déplacées par la sécheresse, des femmes et des enfants surtout, était encore en train de s’aggraver. Selon d’autres rapports, les forces gouvernementales et les milices d’Al-Shabab entraveraient même la distribution de l’aide dans les régions qui sont entre leurs mains.

Par conséquent, une réunion opérationnelle de haut niveau est organisée par la FAO le 18 août 2011 afin que des mesures urgentes et concrètes soient prises afin de renforcer la réponse internationale face à l’aggravation de la crise dans la Corne de l’Afrique. Les participants de cette réunion, parmi lesquels se trouvaient des ministres de l’agriculture des pays de la Corne de l’Afrique, des ministres et des représentants des Etats membres de la FAO, de l’Union africaine, de la Présidence du G20 (France), du Fonds international de développement agricole (FIDA), du Programme Alimentaire Mondial, le représentant du Secrétaire général de l’ONU, de l’Oxfam et de nombreuses autres organisations internationales et de la société civile, concluent sur la nécessité de miser sur une approche à deux fronts: d’une part, des interventions ciblées sur les secours d’urgence, et d’autre part, une réponse aux causes profondes du problème ainsi que le renforcement de la capacité d’adaptation des populations touchées aux chocs futurs. Le 25 août, alors que les gouvernements du monde entier se réunissent en Ethiopie pour une conférence internationale d’annonce de contributions visant à recueillir une aide accrue pour la Corne de l’Afrique, la FAO en profite pour mettre en garde les gouvernements présents sur les éventuels retards de financements destinés au relèvement de l’agriculture.
Dans le même temps, tandis que la tempête tropicale Emily se rapproche dangereusement d’Haïti, le PAM annonce qu’il est d’ores et déjà prêt à fournir une assistance alimentaire d’urgence en cas de besoin.

Septembre

Tandis que les cours mondiaux des denrées alimentaires demeurent quasiment stables, la famine continue de s’étendre en Somalie dans la région de Bay, pourtant l’une des zones les plus productives du pays.
En Haïti, le PAM rappelle que 4,5 millions de personnes n’ont toujours pas accès régulièrement à des quantités suffisantes d’aliments nutritifs, une année et demi après le séisme. Au Pakistan, 5,3 millions de personnes sont affectées par de nouvelles inondations dans la province du Sindh, au sud du pays. Sans plus attendre, le PAM s’affaire à fournir une assistance d’urgence à environ 500 000 personnes avant la fin du mois et prévoit de d’accroître les livraisons afin d’atteindre 2,2 millions de personnes d’ici octobre. En parallèle, la FAO lance un appel pour obtenir 18,9 millions de dollars afin d’éviter l’escalade de la catastrophe dans les zones rurales.
Dans le même temps, un groupe d’ONG, dont Oxfam, Save the Children et ONE publie “une Charte pour éradiquer la faim“, laquelle énonce des mesures que les gouvernements et les dirigeants de la planète doivent prendre pour remédier aux causes profondes de la crise en Afrique de l’Est.

Octobre

Indice 2011 de la Faim dans le Monde. Cliquez pour le télécharger.

Le mois commence avec la persistance des tensions sur les marchés céréaliers mondiaux malgré des perspectives de production encourageantes. Dans le même temps, deux importants rapport sur l’insécurité alimentaire pour l’année 2011 sont publiés. Le premier est le rapport annuel sur “L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde (SOFI 2011)” pour lequel la FAO, le Fonds international de développement agricole (FIDA) et le Programme Alimentaire Mondial ont collaboré ensemble et dans lequel il est redouté que la volatilité et la fermeté qui caractérisent les prix alimentaires persistent voire s’accentuent. Le second est le rapport annuel de “L’indice de la Faim dans le Monde 2011“, lequel a été publié par l’Institut international de recherches sur les politiques alimentaires (IFPRI), Welthungerhilfe et Concern Worldwide, en partenariat avec ACTED et Action contre la Faim. Ce rapport appelle à agir au plus vite pour réduire la hausse des prix afin de protéger les plus vulnérables, à s’attaquer aux caractéristiques du marché mondial qui déterminent la volatilité, y compris en mettant en place des stocks grâce à une coordination des réserves alimentaires internationales et à un partage de l’information sur les marchés alimentaires et à la mise en place de politiques de lutte contre la faim, tant au niveau national qu’international.

Ce même mois, au Pakistan, le Programme Alimentaire Mondial continue de renforcer les livraisons de nourriture vers les zones les plus touchées par les inondations et parvient ainsi à venir en aide à 1,2 million de personnes. Dans le même temps, l’organisation humanitaire appelle à des mesures rapides afin d’éviter une crise alimentaire majeure au Niger, pays toujours affaibli par une précédente crise moins d’un an auparavant et par conséquent incapable de faire face à un nouveau choc. Toujours dans la région sahélienne, la FAO demande à ce que des mesures d’urgence soient mises en place pour conjurer une crise humanitaire et alimentaire imminente dans deux régions accablées par les conflits à la frontière entre le Soudan et le Sud-Soudan, régions dans lesquelles au moins 235 000 personnes auraient besoin d’une aide. Dans le même temps, les États-Unis procèdent à un don record de 56 millions de dollars afin de renforcer les activités de nutrition du PAM pour les personnes séropositives en Éthiopie. Plus à l’Est, le PAM fait part de son inquiétude grandissante du fait de voir de plus en plus de Yéménites sombrer dans la faim alors que l’organisation vient déjà en aide à 3,5 millions de personnes vulnérables.

En France, ce sont deux sujets qui agitent de plus en plus les esprits. D’une part les associations de solidarité regrettent amèrement que le Conseil des ministres européens de l’agriculture ait refusé de voter l’évolution du Programme européen d’aide aux plus démunis (PEAD) et pour lequel une prolongation serait pourtant le seul moyen de répondre aux besoins des 18 millions d’Européens les plus démunis. Les associations dont les Restos du cœur, la Croix-Rouge Française, le Secours Populaire Français et les Banques alimentaires tentent d’alerter l’opinion publique et les responsables européens en avertissant que rien qu’en France, si le PEAD ne venait pas à être prolongé, 130 millions de repas ne pourraient plus être distribués. En effet, le PEAD représente 23 % à 55 % des denrées distribuées par les associations françaises. D’autre part, le Sommet du G20 prévu pour les 3 et 4 novembre se prépare à Cannes. Plusieurs organisations humanitaires internationales majeures dont Action Contre la Faim se mobilisent afin de transmettre sept propositions aux dirigeants du G20 pour permettre de combattre la malnutrition et la faim, parmi lesquelles assurer que les politiques agricoles, de sécurité alimentaire et de développement fassent de l’impact nutritionnel un objectif prioritaire, notamment pour les personnes qui en ont le plus besoin, ou encore respecter les engagements financiers déjà annoncés, notamment les 22 milliards de dollars promis pour la sécurité alimentaire lors du Sommet du G8 de 2009.

Novembre

Tandis que l’indice des prix alimentaires subit une baisse, Action Contre la Faim dénonce l’attitude du G20 consistant à éclipser le sort des 925 millions d’affamés dans le monde en s’occupant prioritairement la crise grecque. Le PAM quant à lui accueille avec soulagement le fait que le G20 se soit mis d’accord pour que les denrées alimentaires à usages humanitaires achetées par le PAM ne soient pas sujettes aux restrictions des exportations, ni aux taxes extraordinaires.
Le mois de novembre est également celui qui voit la naissance du sept milliardième être humain sur Terre, événement suscitant notamment des craintes quant à l’augmentation de la population mondiale et les difficultés à fournir une quantité suffisantes de produits alimentaires (véritable non-problème, lire à ce sujet l’article Insécurité alimentaire: En finir avec le mythe de la surpopulation mondiale). En République Populaire de Corée du Nord, le PAM et la FAO se réjouissent de l’amélioration des récoltes mais rappellent que le pays doit encore trouver un moyen de combler un déficit de 414 000 tonnes de céréales. Au Cambodge, suite aux pires inondations dans le pays depuis dix ans, le PAM renforce son soutien en fournissant une assistance alimentaire aux 60 000 personnes les plus touchées, de même en Amérique centrale où 300 000 personnes au Guatemala, au Honduras, au Salvador et au Nicaragua reçoivent une aide alimentaire du PAM suite aux dernières inondations.

Et tandis que Madagascar fait face à une nouvelle augmentation du prix du riz, la pluie tombe enfin en Somalie, suscitant ainsi un peu d’espoir pour la prochaine récolte. Cette bonne nouvelle est néanmoins atténuée par les craintes d’une épidémie du virus du manioc en Afrique de l’Est, menaçant par conséquent la sécurité alimentaire dans cette région où le manioc est un aliment pouvant assurer jusqu’à un tiers des apports caloriques totaux des personnes. Durant le mois de novembre se tient également une réunion des ministres de l’Agriculture du Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS) sur la situation de la sécurité alimentaire dans la région du Sahel, où des pays comme la Mauritanie, le Burkina Faso, le Tchad et le Niger souffrent d’un déficit pluviométrique et de l’insécurité alimentaire persistante.
En Europe, c’est avec soulagement que les associations de solidarité accueillent le maintien du PEAD pour 2012 et 2013.

Décembre

Durant le dernier mois de l’année, les prix alimentaires restent pratiquement inchangés, ce qui n’empêchent en rien au Sahel de voir se profiler une énième crise alimentaire. Oxfam prévient dès lors que des millions de personnes risquent de vivre une grave crise alimentaire si aucune action rapide n’est entreprise, d’autant plus que dix millions de personnes vivant dans cette région ont déjà connu une crise alimentaire majeure en 2010. La situation est en effet des plus inquiétantes : tandis que l’on constate au Mali l’avancée constante du désert, le Niger lui aussi frappé par la sécheresse fait face à une continuelle augmentation des prix alimentaires, le Tchad se prépare à une crise alimentaire pire qu’en 2009 et 2,5 millions de personnes au Sud-Soudan nécessitent de recevoir une aide alimentaire. Dans la Corne de l’Afrique, Djibouti ressent également les effets de la sécheresse, de telle sorte qu’un enfant sur cinq souffre de malnutrition. Le Yémen est également touché par une grave crise alimentaire, à tel point que des travailleurs humanitaires vont jusqu’à affirmer que les données sur la malnutrition au Yémen devraient choquer. Contre toute attente toutefois, des stars de football décident de se mobiliser afin recueillir des fonds pour lutter contre la faim en Afrique.

Olivier de Schutter, Rapporteur spécial des Nations-Unies pour le Droit à l'Alimentation

Le mois de décembre est également marqué par le soutien du PAM à la population des Philippines victime de la tempête tropicale Washi, avec la fourniture d’une aide alimentaire aux personnes les plus touchées. Notons enfin l’excellente intervention d’Olivier de Schutter, Rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation, selon qui l’approche de la sécurité alimentaire de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) se base sur des règles de commerce entre les pays et ne prennent pas suffisamment en compte les besoins des populations vulnérables, et de rajouter que « le droit à l’alimentation n’est pas un produit commercial, il faut cesser de le voir comme tel ».

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L’Humanitaire doit-il nécessairement être conforme à l’éthique ? Quand Total, Bolloré et le Cirque Pinder s’affichent avec la Chaîne de l’Espoir.

4 12 2011

Quelle fût ma surprise ce matin lorsqu’au détour d’un tweet, je découvre la dernière opération de la Chaîne de l’Espoir. Cette Association humanitaire d’aide à l’enfance organise en effet du 1er au 24 décembre l’opération dite « 24 jours pour 24 enfants », sorte de calendrier de l’Avent où l’on découvre chaque jour jusqu’à Noël un nouvel enfant atteint d’une maladie et/ou nécessitant une opération chirurgicale que les dons des particuliers rendraient possible. Le but est ainsi de récolter 110 000 euros, soit 4 500 euros par enfant.

Mais alors que je m’apprêtais à relayer l’appel de cette association, mon étonnement est apparu au moment de découvrir les partenaires de cette opération: les Groupes Bolloré et Total. Bien qu’au départ cette opération a tout pour être brillante, les doutes sont toutefois permis sur ce partenariat de mauvais goût. Explication.

Plantation de palmiers à huile de la Socapalm, Cameroun

Commençons par ce qui est le plus amusant quant à ces partenaires particuliers, à savoir la description qui leur est donnée sur le site de l’association humanitaire. Je cite : « Présent partout dans le monde en exerçant des métiers très diversifiés et particulièrement au sein des pays émergents, le Groupe Bolloré, tourné vers l’avenir, mène une politique volontariste dans le développement durable ».
Quant à Total, « Grâce à sa politique active de mécénat, l’objectif du Groupe est d’agir contre les inégalités qui touchent les sociétés défavorisées, en particulier en matière de santé publique. Deux objectifs principaux dictent son action: la lutte contre les maladies infectieuses, au travers de la recherche et de la formation du personnel médical, et le soutien à l’enfance ». Le ton est donné: au-delà de l’objectif inhérent à toute société d’augmenter les bénéfices et donc les dividendes susceptibles d’être reversés aux actionnaires, les groupes Bolloré et Total se démarquent par leur volonté humaniste à soutenir et encourager les politiques de protection environnementale et médicale. Mais – et c’est là que les choses se corsent – qu’en est-il réellement ?

Le groupe Bolloré, non-content d’être le premier investisseur français en Afrique, est également responsable sur ce même continent de l’accaparement de terres sans qu’aucune compensation juste ne soit reversée, et est mêlé à d’innombrables affaires de corruption avec les gouvernements africains. Ainsi rien qu’au Cameroun, et avec la complicité du gouvernement de Paul Biya, le groupe Bolloré, à travers sa participation dans la Société camerounaise des palmeraies Socapalm, a pu s’approprier malgré l’opposition des communautés locales des centaines de milliers d’hectares de terres fertiles dont les paysans ont été expulsés. Citons Jean Ziegler* : « La Socapalm (…) a signé un bail de 60 ans sur 58 000 hectares de terres, en 2000. (…) Dans ce pays, les palmiers à huile détruisent des forêts primaires, aggravant encore la déforestation en cours depuis longtemps sous l’effet combiné de l’exploitation du bois et du défrichement. C’est que le gouvernement de Yaoundé soutient, depuis les années 1990, le développement de l’huile de palme par l’intermédiaire de ses compagnies d’Etats, la Socapalm, la Cameroun Development Corporation (CDC), la Compagnie des oléagineux du Cameroun (COC). Or, la forêt tropicale de l’Afrique centrale est la deuxième par la taille dans le monde derrière l’Amazonie et constitue un des principaux « puits de carbone » de la planète. Il faut savoir aussi que de nombreuses communautés dépendent de cette forêt et de sa riche biodiversité pour leur subsistance et comptent sur les produits de la chasse et de la cueillette pour leur subsistance. Du coup, ces communautés risquent l’anéantissement » **. En matière de « politique volontariste dans le développement durable », nul doute que l’on a déjà vu mieux.

Pollution par le pétrole, dans le Delta du Niger, Nigeria

Quant au groupe Total, cette célèbre et fière entreprise pétrolière française, celui-ci est présent notamment au Nigeria au coté d’autres sociétés pour exploiter les vastes réserves d’hydrocarbures dont dispose le pays. Mais cette exploitation n’est pas sans effet néfaste pour les populations locales. En effet, elle favorise dans ce pays qui regorge de ressources pétrolières la pauvreté des populations, notamment en raison de la corruption qui gangrène le pays à tous les niveaux de négociation mais également en raison des pollutions répétées sans que jamais les sociétés pétrolières n’aient procédé à un nettoyage des zones contaminées. Un rapport d’Amnesty International dédié à la pollution dans le delta du Niger est formel: « Les déversements d’hydrocarbures et de déchets et la combustion de torchères sont endémiques dans le delta du Niger. Plusieurs centaines de fois par an du pétrole est déversé dans la nature, et environ 2 000 sites contaminés ont été recensés par l’Agence nationale nigériane pour la détection et la réaction aux déversements de pétrole. Le nombre réel pourrait être bien plus élevé. Les activités liées à l’extraction du pétrole, notamment la pose d’oléoducs, la construction d’infrastructures et les travaux d’aménagement visant à rendre la région accessible par voie routière et par bateau, ont causé des dommages écologiques considérables au delta.
Les habitants sont contraints de se laver dans des eaux polluées et d’y puiser l’eau pour boire et pour cuisiner ; ils mangent du poisson – s’ils ont la chance d’en trouver encore – contaminé par les hydrocarbures et d’autres toxines ; leurs terres agricoles sont détruites ; après les déversements de pétrole, l’air qu’ils respirent empeste les hydrocarbures, le gaz et d’autres polluants ; ils se plaignent de troubles respiratoires, de lésions cutanées et d’autres problèmes de santé, mais leurs inquiétudes ne sont pas prises au sérieux et ils ne disposent de pratiquement aucune information sur les conséquences de la pollution ». Telle est l’action concrète des groupes pétroliers dont Total fait partie pour « agir contre les inégalités qui touchent les sociétés défavorisées, en particulier en matière de santé publique ». Rajoutons d’ailleurs que ce même groupe Total, a dépassé les 10 milliards d’euros de bénéfices en 2010 et n’a pas hésité au titre de l’année écoulée de reverser environ 5 milliards d’euros de dividendes à ses actionnaires. Cela à de quoi faire tiquer à coté de l’appel réalisé par la Chaine de l’Espoir pour récolter 110 000 €…

Si certains auraient pu trouver l’idée bonne, difficile toutefois de ne pas se demander si le choix de partenariat réalisé par la Chaine de l’Espoir est véritablement judicieux. Nul doute que dans l’esprit de Noël, il aurait été préférable d’éviter ce genre de partenariat du plus mauvais goût et en deçà de toute éthique.

EDIT: Après les entreprises Bolloré et Total, l’association annonce le 7 décembre 2011 le soutien apporté par le Cirque Pinder. Il est à ce titre nécessaire de rappeler à quel point les pratiques des cirques sont contestables (utilisation d’animaux sauvages dont les conditions de vie ne sont pas compatibles avec leurs besoins physiologiques et comportementaux, animaux martyrisés pour les besoins du dressage…) mais également les poursuites régulières du Cirque Pinder par la justice française. En effet, le Cirque Pinder s’est vu plusieurs fois être épinglé pour « exploitation irrégulière d’un établissement détenant des animaux non-domestiques », « utilisation non-autorisée d’animaux non-domestiques » et « défaut de certificats de capacité » et nombre d’associations dévouées à la protection animale ont accusé ce cirque d’être en possession d’animaux présentant des troubles du comportement et étant soumis à des postures inacceptables. Alors rendre le quotidien des enfants hospitalisés plus agréable, d’accord, mais cela ne doit pas se faire au détriment de la condition animale. Que peut-il y avoir de pire en effet que de présenter un animal malade à un enfant qui l’est également ?

 

Premier rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation de 2001 à 2008, Jean Ziegler est aujourd’hui vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Dans son dernier ouvrage Destruction massive – Géopolitique de la Faim, Jean Ziegler procède à un nouvel état des lieux de la faim dans le monde, et dénonce plusieurs responsables parmi lesquels la spéculation bancaire sur les prix de l’alimentation ainsi que l’accaparement des terres au profits de compagnies agro-alimentaires.

** Jean Ziegler, Destruction massive – Géopolitique de la faim (Pages 277-278).





Insécurité alimentaire: En finir avec le mythe de la surpopulation mondiale.

11 09 2011

925 millions de personnes sous-alimentées dans le monde ; 65 pour cent d’entre elles vivant dans seulement sept pays: l’Inde, la Chine, la République démocratique du Congo, le Bangladesh, l’Indonésie, le Pakistan et l’Ethiopie ; 30 milliards de dollars par an nécessaires pour éradiquer le fléau de la faim dans le monde…

Derrière la dure réalité de ces chiffres, certains pensent que la solution la plus efficace dans la lutte contre l’insécurité alimentaire serait de contrôler les naissances, ou plus exactement de limiter le nombre d’enfants par femme. En d’autres termes, la démographie galopante connue dans certaines régions du monde serait l’une des raisons – sinon la principale – de l’impossibilité de mettre fin aux famines. Et à mesure que cette démographie augmente, la difficulté pour nourrir l’humanité entière irait de même.
Sans véritablement entrer dans les détails, et sans avoir non plus la prétention d’apporter la solution au mal de la faim dans le monde, intéressons-nous ici à démontrer combien cette idée, sans être fondamentalement mauvaise, n’est pas une solution à court terme, pas plus qu’elle ne l’est sur le long terme. Explications.

Il n’est pas à démontrer que la croissance démographique la plus importante se trouve dans des pays empreints de la culture musulmane ou encore dans des régions de l’Afrique noire. Il semble par conséquent bien difficile pour commencer, même avec beaucoup de bonne volonté, de parvenir à convaincre les populations de ces régions à utiliser des moyens contraceptifs lorsque ceux-ci sont soit bannis par les croyances ou par le manque d’infrastructures et de suivis médicaux viables et efficaces. Par conséquent, une double difficulté se pose là: il est non seulement nécessaire de convaincre ces populations d’utiliser des contraceptifs, changer leur mentalité sur cette question, mais également encourager la communauté internationale à fournir en nombre suffisants ces contraceptifs tout en ne diminuant pas les dons de denrées alimentaires.

De plus, en quoi serait-il nécessaire, voire même fondamental de prôner un ralentissement des taux de natalité alors que beaucoup d’études sont formelles: si la tendance démographique actuelle est à l’augmentation, nous nous rapprochons de plus en plus du sommet avant que le monde tout entier ne connaisse une véritable chute de la démographie. C’est déjà le cas en Russie, où les taux de mortalité sont plus élevés que les taux de natalité. L’Europe également peine à son tour à ralentir la diminution des naissances, et même la Chine s’approche dangereusement de cette situation en raison de la politique de l’enfant unique.

Le contrôle de la démographie n’est pas également une solution dans le sens où elle peut s’avérer très dangereuse. En effet, dans des régions où une grande importance est apportée à la « descendance familiale », dans des cultures ou mentalités où il est encore considéré comme primordial d’avoir un enfant du sexe masculin, quelle serait l’explication des pro-diminution de la démographie lorsque des milliers de petites filles seront abandonnées ou tuées, comme cela s’est notamment produit en Chine ? Là encore, la solution du contrôle de la démographie s’oppose à un problème de mentalités qui demandent davantage de temps pour être changées que le problème de la faim n’en a besoin. Les questions d’eugénisme méritent également que l’on s’y intéresse, même si une telle politique a peu de chance d’être mise en place hors pays « ultra-développés ».

Enfin et surtout, une telle idée se heurte au fait, nous l’avons vu, qu’elle ne soit pas forcément en osmose avec certaines mentalités tandis qu’à l’inverse, il ne fait aucun doute pour beaucoup que les règles du marché économique-financier-bancaire-alimentaire mondial sont absolument immorales et nécessitent d’être réformées en urgence, et en profondeur. Un tel système prendrait par ailleurs beaucoup moins de temps à être refondé – il est déjà critiqué et remis en cause dans le monde entier, ce qui n’est pas le cas pour les naissances –, contrairement à une prise de conscience raisonnée sur un contrôle des naissances raisonnable qui prendrait certainement au bas mot une génération entière pour qu’il soit mis en place. Une refonte globale de notre système économique ne demanderait évidemment pas autant de temps… si tant est que l’on s’en donne les moyens, cela va de soi.

Et si malgré cela, nous sommes toujours pas d’accord sur la manière de juguler efficacement les famines, il reste encore possible de soutenir l’action du Programme Alimentaire Mondial, oeuvrant dans 73 pays, en effectuant un don.

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