Agenda des Droits Humains et de l’Action Humanitaire – Juin 2012

26 05 2012

29 mai au 15 juin – 60e session du Comité des droits de l’enfant des Nations Unies, à Genève (Suisse). Plus d’informations >>

30 mai au 1er juin – Conférence de l’UNESCO à Norrköping (Suède) sur « Les droits des travailleurs : des droits humains ? Migration, restructuration du marché de travail, et rôle de la société civile dans la gouvernance mondiale ». Plus d’informations >>

1er juinAmnesty International France publie le nouveau numéro de son mensuel « La Chronique », avec un dossier spécial consacré à la Cour Pénale Internationale.

1er juin – La Commission Européenne publie son rapport annuel 2011 sur l’immigration et l’asile. Plus d’informations >>

1er au 3 juin – 4ème édition du Salon des solidarités à Paris-Porte de Versailles, avec 180 exposants attendus. Plus d’informations >>

4 au 17 juin – Exposition des photographies “Dehors”, avec le soutien du Secours Populaire, à la Maison des initiatives étudiantes à Bastille (50 rue des Tournelles, métro Bastille ou Chemin-Vert). Plus d’informations >>

5 juin – Journée mondiale de l’environnement. Plus d’informations >>

6 au 9 juin – 5e édition du festival du film humanitaire, sur le thème des “crises et populations oubliées”, à l’Université Paris-Est Créteil. Plus d’informations >>

11 au 17 juin – Semaine d’action mondiale d’Amnesty International sur la thématique des transferts d’armes, avec la publication de deux rapports :
- « Killing fields » : Rapport sur les transferts d’armes irresponsables en Afrique centrale depuis la Chine, l’Ukraine et les Etats-Unis dans le cadre de la campagne sur le Traité international sur le commerce des armes.
- Publication d’un rapport sur les transferts d’armes alimentant le conflit dans le Sud Soudan.

12 juin – Journée mondiale contre le travail des enfants. Plus d’informations >>

14 juin – Journée mondiale du don de sang. Plus d’informations >>

15 juin – 5ème édition du Challenge interentreprises d’Action Contre la Faim, à Paris, sur le Parvis de la Défense. Plus d’informations >>

15 juin – Journée mondiale contre la faim.

16 juin – Journée mondiale de l’enfant africain. Plus d’informations >>

17 juin – Journée mondiale de la lutte contre la désertification et la sécheresse. Plus d’informations >>

20 juin – Journée mondiale des réfugiés. Plus d’informations >>

20 au 22 juin – Rio+20 : Conférence des Nations Unies sur le développement durable, à Rio de Janeiro (Brésil). Plus d’informations >>

22 au 24 juin – Festival Solidays, à l’Hippodrome de Longchamp (Paris). Plus d’informations >>

22 juinAmnesty International France tiendra un stand pour sensibiliser le public à sa campagne pour un traité efficace sur le commerce des armes lors du festival Solidays.

26 juin – Journée internationale pour le soutien aux victimes de la torture. Plus d’informations >>





Politiques qui rendent malades: Médecins du Monde prescrit un traitement aux candidats à l’élection présidentielle.

28 03 2012

Qui a dit que le système de santé français était « le meilleur au monde » ? En raison de politiques répressives qui ne répondent pas aux enjeux de santé publique, le système de santé français d’aujourd’hui porte en effet des signes de maladie et sans grande surprise, ce sont les personnes précaires qui en souffrent le plus.

© Médecins du Monde

Face à ce diagnostic amer, l’ONG Médecins du Monde, qui rencontre au quotidien des populations contraintes de choisir entre se soigner et assurer d’autres besoins essentiels, a choisi de s’inviter dans la campagne présidentielle française de 2012. L’ONG qui a lancé il y a plusieurs mois une campagne au slogan « la santé n’est pas un luxe » est un témoin de premier ordre face au harcèlement que subissent les personnes les plus précaires, exposées aux ruptures de soins et risques sanitaires accrus. Le droit à la santé est en effet de plus en plus pénalisé en France par des obstacles financiers et administratifs, des franchises et autres restes à charges.

Ainsi, Médecins du Monde a choisi de prescrire 
un traitement d’urgence pour les candidats aux élections présidentielles et législatives afin d’exiger que soit mis en place un système de santé véritablement solidaire. Et pour plus d’efficacité, l’ONG a invité depuis le 29 février les internautes à manifester leur soutien en participant à une grande cyber manifestation.

Très simplement, et ce jusqu’au 4 avril 2012, chaque internaute qui souhaite s’engager aux côtés de Médecins du Monde peut se « cyber mobiliser » en s’inscrivant avec son compte Facebook, son compte Twitter ou avec son email en téléchargeant une photo.

© Médecins du Monde

Le 5 avril, dans le cadre de la journée mondiale de la santé, Médecins du Monde organisera un événement sur la place du Palais Royal à Paris, et chaque internaute s’étant préalablement inscrit à la cyber mobilisation recevra un mail lui indiquant que la mobilisation débute et pourra se voir manifester virtuellement – grâce à son avatar téléchargé lors de son inscription – place de la Bastille, portant des pancartes avec les messages de l’ONG : « La santé n’est pas un luxe », « Il y a des politiques qui rendent malade ! », « Une carte vitale pour tous ! »…

De façon ludique et originale, Médecins du Monde propose ainsi aux internautes de facilement se mobiliser pour porter les revendications universelles de l’organisation.

Le message est clair : En 2012, votez santé !





Agenda des Droits Humains et de l’Action Humanitaire – Mars 2012

25 02 2012

Jusqu’au 30 mars – Première partie de la session 2012 de la Conférence du désarmement, à Genève. Plus d’informations >>

13 février au 2 mars – Le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes tient sa 51ème session, à Genève. Le Comité sera saisi des rapports suivants: Algérie, Brésil, Congo, Grenade, Jordanie, Norvège et Zimbabwe. Plus d’informations >>

13 février au 9 mars – 80ème session du Comité pour l’élimination de la discrimination raciale, à Genève. Plus d’informations >>

27 février au 9 mars – La Commission de la condition de la femme organise sa 56ème session, à New York. Le thème de la session sera la responsabilisation des femmes rurales et leur rôle pour l’éradication de la pauvreté et de la faim, le développement et les défis actuels. Plus d’informations >>

27 février au 23 mars – 19ème session du Conseil des droits de l’homme, à Genève. Plus d’informations >>

1er marsAmnesty International France publie le nouveau numéro de son mensuel « La Chronique », avec un dossier spécial consacré aux armes.

1er mars – Débat « Les soins de santé en danger : véritable défi humanitaire ? », organisé en direct par la Délégation du Comité international de la Croix-Rouge en France et animé par Christian Troubé, journaliste. Le débat, est à suivre à partir de 17h00 sur le site Internet LESINFOS.com. Plus d’informations >>

4 mars – Journée mondiale de lutte contre l’exploitation sexuelle. Plus d’informations >>

6 mars – A l’occasion de la publication d’un numéro spécial sur la lutte contre la pauvreté, FACTS Reports organise une conférence en partenariat avec le journal Le Monde sur la thématique « Lutte contre la pauvreté, entre don et marché ». Pour nourrir le débat, des auteurs du numéro à paraître de FACTS Reports seront présents autour d’Erik Izraelewicz, le directeur du Monde, chargé d’animer le débat. La conférence aura lieu à la Cité de l’architecture et du patrimoine de Paris de 18h à 20h. Inscription gratuite mais obligatoire par mail à : FACTS-LeMonde.ve@institut.veolia.org

6 au 13 mars – Festival International du Film des Droits de l’Homme de Paris. Plus d’informations >>

7 au 9 mars – La Croix-Rouge de Belgique organise à Louvain-la-Neuve une exposition interactive intitulée « Vis ma guerre et mon exil » sur les réalités de la guerre mais également de l’exil. Plus d’informations >>

7 au 9 mars – Forum mondial sur la sécurité alimentaire, organisé par la FAO à Rabat (Maroc). Plus d’informations >>

8 mars – Journée internationale de la femme. Plus d’informations >>

8 mars – À l’occasion de la journée internationale de la femme, l’association Forum réfugiés et le Comité de Secours Internationaux organisent à la Maison des associations du 14ème arrondissement de Paris une conférence-débat sur le thème « Violences faites aux femmes et droit d’asile: focus sur la République démocratique du Congo ». Plus d’informations >>

9 au 12 mars – Troisième édition du salon du livre humanitaire, organisé par la Fondation Casques Rouges au cinéma Nouveau Latina (Paris). Plus d’informations >>

9 et 10 mars – La grande collecte nationale des Restos du coeur aura lieu dans la plupart des grandes et moyennes surfaces.

9 et 10 mars – Journées « Eau, planète et peuples : pour une citoyenneté mondiale »  organisées à Marseille en partenariat avec la Coalition Eau et l’Effet Papillon. Plus d’informations >>

12 mars – Conférence internationale sur la Promotion des Droits Humains dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, organisée par l’Union Européenne, à Copenhague (Danemark). Plus d’informations >>

12 au 16 mars – 31ème Conférence régionale de la FAO pour l’Asie et le Pacifique (APRC) à Hanoï (Vietnam). Plus d’informations >>

12 au 17 mars – 6e Forum mondial de l’eau, organisé à Marseille. Plus d’informations >>

19 au 24 mars – Exposition « D’un hôpital à l’autre » au CHU Henri Mondor à Créteil. Cette exposition didactique vous permettra de découvrir la pratique médicale de Médecins sans Frontières à travers quatre grands thèmes : les urgences, les outils diagnostiques, la pharmacie et l’hospitalisation. Plus d’informations >>

21 mars – Présentation des engagements des candidats à l’élection présidentielle en matière de solidarité international, à Paris. Coordination SUD a entamé un dialogue avec les candidats à l’élection présidentielle. Elle leur demande de formuler par écrit leurs engagements sur la contribution de la France aux enjeux d’un partenariat renouvelé avec les pays du Sud, pour un monde plus équitable et plus solidaire. Plus d’informations >>

21 mars – Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale. Plus d’informations >>

21 au 27 mars – Semaine de solidarité avec les peuples en lutte contre le racisme et la discrimination raciale. Plus d’informations >>

21 mars jusque mi-avril – Lancement du « Printemps des droits humains » par les Antennes Jeunes d’Amnesty International France dans les facultés, consacré cette année à la situation des droits humains en Egypte.

22 mars – Journée mondiale de l’eau. Plus d’informations >>

22 mars – Fin de la campagne d’hiver des Restos du coeur. Une distribution alimentaire partielle reste néanmoins assurée tout l’été, tout comme l’ensemble des autres activités de l’association (repas chauds, aide au gens de la rue, logement, insertion par l’emploi, activités culturelles et sportives, etc.).

24 mars – Lancement du compte à rebours à J-100 avant l’adoption du Traité international sur le commerce des armes classiques.

24 mars – Journée internationale pour le droit à la vérité en ce qui concerne les violations flagrantes des droits de l’homme et pour la dignité des victimes. Plus d’informations >>

24 mars – Journée mondiale de la tuberculose. Plus d’informations >>

25 mars – Journée internationale de commémoration des victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique des esclaves. Plus d’informations >>

25 au 28 mars – 6ème Conférence francophone sur le VIH/sida organisée à Genève (Suisse). Plus d’informations >>

26 au 30 mars – 32ème Conférence régionale de la FAO pour l’Amérique latine et les Caraïbes (LARC) à Buenos Aires (Argentine). Plus d’informations >>

27 mars – Publication du rapport annuel d’Amnesty International sur la peine de mort dans le monde.

29 mars – Sortie de la deuxième édition de « Paroles de sans voix » par Amnesty International France, ATD-Quart Monde et le Secours Catholique, en supplément de la plupart des quotidiens nationaux et régionaux, à l’occasion de l’élection présidentielle française. Plus d’informations >>





Fin de la famine en Somalie : Quand les chiffres suffisent à relativiser la tragédie.

4 02 2012

Le 3 février 2012, le nouveau Directeur Général de la FAO, José Graziano da Silva, a annoncé à l’occasion de la publication du nouveau rapport de l’Unité d’analyse de la sécurité alimentaire et de la nutrition de la FAO pour la Somalie (FSNAU) et du Réseau de système d’alerte rapide sur les famines (FEWS NET) de l’agence USAID que la période de famine en Somalie est terminée. Il ajouté à ce titre que « des pluies longtemps attendues (arrivées entre octobre et décembre 2011), ainsi que la conjonction de contributions agricoles substantielles et de la réponse humanitaire déployée au cours des six derniers mois, sont les principales raisons de cette amélioration ».

Estimation de la sécurité alimentaire dans la Corne de l'Afrique - Janvier Mars 2012 © FEWS NET

Mais aussi réjouissante cette annonce soit-elle, qu’en est-il réellement sur place ? Il est indiqué dans ce dernier rapport – bien que les difficultés pour recueillir données et informations à ce sujet soient évidentes, notamment en raison de la restriction des déplacements et des zones inaccessibles car tenues par les milices shebabs – que le nombre de personnes ayant besoin d’une aide humanitaire d’urgence en Somalie est dorénavant estimé à 2,34 millions, dont environ 325 000 enfants. Si l’on en croit les estimations, ce chiffre représenterait 31 % de la population somalienne. En comparaison, au plus fort de la crise, 4 millions de personnes (soit 53 % de la population) nécessitaient une aide d’urgence, et 750 000 d’entre elles étaient considérées comme étant véritablement en danger de mort.

Ces chiffres étant encore cruellement élevés, ceux-ci restent donc à relativiser, raison pour laquelle le Directeur Général de la FAO a tenu a préciser que la crise n’en est pas moins terminée, et de rajouter que « seule la combinaison d’une bonne pluviométrie et d’actions à long terme continues et coordonnées, visant à renforcer la résilience des populations locales et liant programmes d’aide humanitaires et de développement, peut apporter une solution définitive à cette crise. Les sécheresses sont inévitables mais nous pouvons mettre en place des mesures adéquates pour éviter qu’elles ne provoquent des famines. Trois mois nous séparent de la prochaine saison des pluies ».

La prudence reste donc de mise, puisqu’à l’échelle de l’ensemble de la Corne de l’Afrique (Somalie, Kenya, Ethiopie, Djibouti), si les estimations annonçaient le nombre de 13 millions de personnes souffrant de la crise alimentaire au plus fort de la crise, ce nombre reste encore aujourd’hui situé autour de 9,5 millions de personnes. Un chiffre qui suffit à lui seul en effet à rappeler que la crise alimentaire dans la Corne de l’Afrique n’est définitivement pas terminé.

Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) © FSAU

Face à des chiffres qui restent élevés, sur quels critères un Etat est-il déclaré en situation de famine ? La famine est définie par les Nations-Unies comme étant « une situation de crise alimentaire extrême dans laquelle les enfants, mais aussi les adultes, meurent de faim ». Une définition très généraliste qui a ainsi incité que la sécurité alimentaire soit examinée au moyen d’un outil communément appelé le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), lequel a été établi dès 2004 par l’Unité d’analyse de la sécurité alimentaire et de la nutrition de la FAO pour la Somalie (FSNAU). L’IPC distingue cinq phases de situations de sécurité alimentaire – allant de la sécurité alimentaire généralisée à la situation de famine et crise humanitaire en passant par l’état d’urgence humanitaire –, et chacune d’elle est dotée d’une définition générale en plus des indicateurs d’impact de référence spécifiques. La phase de situation la plus grave, c’est-à-dire la situation de famine, est déclarée par la FSNAU et le réseau FEWS NET lorsque au moins trois critères des protocoles IPC sont réunis: un grave manque d’accès à la nourriture pour 20 % de la population, une situation malnutrition aiguë – moins de 2100 kcal et moins de 4 litres d’eau disponibles par jour et par personne – dépassant les 30 %, et un taux brut de mortalité supérieur à deux décès par jour pour 10 000 habitants.

À la vue de ces critères, force est de constater que la Somalie en réunit toujours un, celui de la situation de malnutrition aiguë dépassant les 30 % de la population – provoquant encore sans le moindre doute de nombreux décès. Néanmoins, bien que je ne sois pas en possession d’informations supplémentaires, pas plus que je n’ai ni la volonté ni la capacité de remettre en question les conclusions du dernier rapport FSNAU – FEWS NET, je ne puis que rester dubitatif et véritablement soucieux quant à l’impact qu’elles auront. En effet, il n’est plus à démontrer comment la communauté internationale s’est montrée incapable de prendre rapidement et efficacement les mesures indispensables à l’enrayement de cette tragédie pourtant prévisible (Lire l’article Insécurité alimentaire : Le bilan de l’année 2011). Un rapport commun des ONG Oxfam et Save the Children intitulé « Un retard dangereux : le coût d’une réponse tardive à des alertes précoces lors de la sécheresse de 2011 dans la Corne de l’Afrique » et publié le 18 janvier dernier affirme ainsi que « plutôt que d’agir en amont, de nombreux bailleurs ont préféré attendre d’avoir des preuves qu’une crise était en cours » et d’ajouter « si un certain nombre d’opérations ont été rapidement déclenchées, ces actions se sont vite révélées insuffisantes face à une crise d’une telle ampleur. Des interventions plus onéreuses ont donc dû être déployées à un stade ultérieur. Acheminer cinq litres d’eau par jour pour 80 000 personnes en Ethiopie pour sauver des vies en urgence revient à plus de 3 millions de dollars alors qu’il ne coûte pas plus de 900 000 dollars de réhabiliter les points d’eau hors d’usage de la région pour prévenir une sécheresse annoncée ».

Olivier de Schutter

Il en va de même également pour les journalistes, qui a mon sens ont également leur part de responsabilité dans l’indifférence avec laquelle cette situation dans la Corne de l’Afrique a dégénéré sans qu’aucun média de masse ne s’en fasse l’écho. Bien que les ONG et autres organisations internationales s’appliquent à publier régulièrement communiqués et rapports sur la multiplication des signaux annonciateurs de crises humanitaires, les journalistes, parfaits hypocrites dont le métier serait de diffuser les informations au plus grand nombre se sont ainsi accordés le luxe d’attendre le déclenchement de la situation de famine en Somalie en juillet 2011 pour enfin daigner parler de la crise alimentaire qui sévit dans toute la Corne de l’Afrique. La même logique a actuellement lieu en ce qui concerne la grave et croissante crise alimentaire dans la région sahélienne où plusieurs millions de personnes sont dans une situation de vulnérabilité extrême. Le 23 janvier 2012, Olivier de Schutter, Rapporteur Spécial des Nations-Unies pour le Droit à l’Alimentation s’est à ce sujet fait l’étendard de la préoccupation urgente quant à la crise sahélienne qui touche pêle-mêle la Mauritanie (¹), le Tchad, le Mali (²), le Niger (³), le Burkina Faso (), le Sénégal mais également le Nigeria et le Nord du Cameroun. Il a également ajouté à juste titre que « si l’aide internationale n’arrive pas dans les semaines qui viennent, les agences humanitaires seront dans l’impossibilité de faire face à la demande croissante qui pèse sur elles. La communauté internationale doit tirer les leçons de la crise alimentaire dans la Corne de l’Afrique ».

Quoi qu’il en soit, retenons que depuis le 3 février 2012, la Somalie n’est donc plus considérée comme étant un Etat placé en situation de famine, mais « simplement » en situation d’urgence humanitaire. Une classification pour le peu paradoxale, comme s’il pouvait y avoir plusieurs degrés d’urgence dans l’urgence, et provoquant de facto une banalisation de la notion d’urgence humanitaire. Par conséquent et sans surprise, les médias détourneront leur attention déjà minimale à ce sujet, et auront ainsi tout le loisir de se consacrer aux élections présidentielles françaises sans que quiconque n’ait à culpabiliser de passer en retrait ce type d’informations.

Citons pour terminer ce qu’avait annoncé José Graziano da Silva, au cours de sa première conférence de presse en qualité de Directeur général de la FAO, deux jours après sa prise de fonction – et un mois jour pour jour avant son annonce de fin de famine en Somalie – qu’en tête de ses priorités figurait l’élimination totale de la faim et de la sous-alimentation dans le monde. Tout un symbole donc pour ce début de mandat à la tête de la FAO de la part d’un homme ayant été en 2003 responsable de la conception et de la mise en œuvre du programme « Faim Zéro » au Brésil et dont il aurait été à mon sens attendu de saisir l’occasion pour remettre en question le mode d’étude de l’Unité d’analyse de la sécurité alimentaire et de la nutrition de la FAO pour la Somalie (FSNAU), ou à tout le moins le relativiser davantage. 2,4 millions souffrent toujours de la faim en Somalie, pays de la Corne de l’Afrique ravagé en partie par une crise alimentaire vielle de 20 ans et à l’origine d’un nombre incalculable de victimes de la faim. Mais soyons rassurés, depuis le 3 février 2012, il n’y a plus de famine en Somalie…

(¹700 000 personnes en Mauritanie vivent dans les régions affectées par la crise alimentaire au Sahel.
(²2,9 millions de personnes au Mali sont touchées.
(³6 millions de personnes au Niger sont affectées par la crise alimentaire.
(162 communes sur un total de 356 communes au Burkina Faso sont affectées par l’insécurité alimentaire.

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Insécurité alimentaire: Le bilan de l’année 2011.

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Insécurité alimentaire: Le bilan de l’année 2011.

10 01 2012

Nouvelle année oblige, l’un des premiers articles pour 2012 ne pouvait être autre chose qu’un bilan, tant l’année qui vient de s’achever a été riche en évènements. Et parce qu’il s’agit d’un sujet qui m’est cher, et que celui-ci est en concordance avec la ligne éditoriale du blog, je vous propose de revenir sur les évènements et autres nombreuses crises qui ont composé l’année 2011 dans le domaine de l’insécurité alimentaire.

Le bilan ainsi présenté est le résultat d’un travail de veille de longue haleine, mené tout au long de cette année avec passion mais non sans inquiétude constante, du fait d’assister à la multiplication des signes annonciateurs de crises, et ce sans que la communauté internationale ni les médias ne s’en préoccupent davantage. Retour donc mois par mois, sur une année mouvementée, marquée par une succession de catastrophes alimentaires.

Petite précision: Depuis 2010, le nombre de personnes souffrant de la sous-alimentation reste estimé à 925 millions. En effet, le Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA) a demandé à la FAO lors de sa réunion de 2010 de réviser sa méthodologie d’estimation de la sous-alimentation afin de fournir des mises à jour qui soient davantage d’actualité et d’incorporer toutes les informations pertinentes, y compris l’analyse des nombreuses enquêtes sur les ménages devenues disponibles ces dernières années. C’est pourquoi aucune estimation actualisée du nombre de personnes sous-alimentées en 2009 et 2010 n’est publiée, et aucune estimation n’a été faite pour 2011.

Janvier

2011 commence à peine que l’Organisation des Nations-Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) s’alarme des niveaux records atteints par les prix alimentaires. En effet, ceux-ci dépassent de loin ceux de 2008, pourtant responsables de multiples émeutes dites de la faim. Dans le même temps, la FAO constate également que la consommation de poisson atteint des records - près de 17 kg par habitant en moyenne -, en conséquence de quoi l’organisation publie ses premières directives mondiales pour la réduction des rejets de poisson.
Tandis que de son coté le Programme Alimentaire Mondial (PAM) œuvre pour vaincre la faim au Sud-Soudan afin de faire reculer le nombre de personnes ayant besoin d’une aide alimentaire, l’inquiétude se porte toutefois de plus en plus sur le Niger, où le taux de malnutrition chez les enfants demeure alarmant selon l’UNICEF, et ce en dépit de bonnes récoltes.

Toujours en Afrique de l’Ouest, en Côte d’Ivoire, l’’impasse politique dans laquelle se trouve le pays n’aide en rien à lutter contre la hausse des prix des biens alimentaires. Quant à la Somalie, bien avant que la sécheresse n’affole les médias, le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) met déjà en lumière l’aide qu’il apporte à plus d’un demi-million de personnes. Enfin, le mois de janvier se caractérise également par l’inquiétude du PAM quant à ses difficultés de financement – à hauteur de de 400 millions de dollars - pour financer l’aide initialement prévue pour être apportée à près de 7,3 millions de personnes en Afghanistan.

Février

Les prix alimentaires mondiaux subissent un nouveau pic historique pour le septième mois consécutif, en conséquence de quoi l’ONU tire la sonnette d’alarme en estimant qu’il est nécessaire de se préparer à l’impact d’une hausse des prix alimentaires, notamment en raison du fait que 44 millions de personnes dans le monde aient basculé entre juin et décembre 2010 sous le seuil de l’extrême pauvreté en raison de la flambée des prix des aliments. À titre d’exemple, le prix des haricots en Bolivie a augmenté de 179% par rapport à 2010 tandis que les prix de la farine et du riz ont augmenté de 44% et 33% respectivement, et la Somalie fait face quant à elle à une augmentation de plus de 80% depuis septembre du prix du maïs et du sorgho en raison de mauvaises récoltes. À Madagascar, où le riz est devenu un luxe, la France annonce par l’intermédiaire de son Ministre chargé de la Coopération une contribution financière de 1 million d’euros aux opérations du PAM pour répondre à l’insécurité alimentaire dans les régions du Sud de l’île.

Femmes du Mozambique fuyant les inondations. © FAO

En Egypte, pour palier au ralentissement économique induit par la crise politique sévissant dans le pays, le PAM décide d’intensifier son assistance alimentaire aux égyptiens vulnérables. Dans le même temps, les responsables humanitaire continuent de s’inquiéter de la sécheresse sévère qui sévit depuis novembre dans les pays d’Afrique de l’Est et qui devrait empirer durant les prochains mois, ainsi qu’au Burundi. Enfin en Afrique australe, ce sont des milliers d’hectares de terres agricoles et de cultures qui sont endommagés par des pluies torrentielles et des inondations.

Mars

Une nouvelle hausse des cours – notamment pétroliers – provoque des tensions sur les marchés céréaliers même si certaines prévisions annoncent l’augmentation de la production mondiale de blé en 2011, bien qu’inférieure aux récoltes exceptionnelles de 2008 et 2009. Ainsi au Pakistan, il est annoncé que la récolte de blé sera bonne malgré les inondations ayant sévit dans le pays durant le mois d’août 2010 – 20 millions de personnes ont été touchées, 10 millions d’entre elles nécessitant une assistance alimentaire d’urgence. Néanmoins, cela n’empêche en rien la montée du prix du blé, lequel est trois fois supérieur à celui de 2008.

Tandis que le Bangladesh est salué pour la « réussite » de ses efforts de lutte contre la sous-alimentation infantile sur les quinze dernières années, de nouvelles inquiétudes se portent sur Madagascar où 600 tonnes de nourriture sont distribuées par le PAM à près de 69 000 personnes touchées par les dégâts du cyclone tropical Bingiza. Le mois continue d’être chargé pour le PAM puisque celui-ci offre son expertise logistique afin de soutenir les efforts de secours au Japon touché par un séisme, un tsunami et une crise nucléaire, de la même façon qu’il lance une opération d’urgence pour venir en aide à 1,06 millions de personnes en Libye, en Égypte et en Tunisie sur une période de trois mois.

Avril

Un convoi de huit camions transportant 240 tonnes de farine de blé et 9,1 tonnes de biscuits à haute teneur énergétique arrive en Libye. © WFP/Guy Curves

Pour la première fois de l’année après huit mois de hausses continues, les prix alimentaires connaissent une légère baisse. Cette annonce est néanmoins atténuée par un rapport des agences de l’ONU soulignant la crise alimentaire qui sévit en République populaire démocratique de Corée, pays dans lequel environ un quart de la population – soit six millions de personnes – souffrent de la faim. Ne tardant pas pour réagir, le PAM lance une opération d’urgence alimentaire et nutritionnelle pour répondre aux besoins urgents en nourriture de près de 3,5 millions de personnes vulnérables dans ce pays. Dans le même temps, l’agence humanitaire ouvre un couloir humanitaire vers l’ouest de la Libye afin d’atteindre pour la première fois les régions durement touchées par les combats depuis le début des violences dans le pays.

En Afrique de l’Ouest, le PAM met en place un pont aérien afin de renforcer son opération d’urgence en Cote d’Ivoire et au Libéria, tandis qu’en Afrique de l’Est la Directrice exécutive du PAM déclare que plus de 5 millions de personnes souffrent de la faim dans la Corne de l’Afrique. Plus au sud, en Ouganda notamment, l’augmentation du prix des denrées alimentaires fait basculer de nombreuses familles dans un véritable cauchemar, de même au Burundi où des milliers de personnes manquent cruellement de nourriture après de fortes pluies ayant détruit de nombreuses récoltes. Au Moyen-Orient, c’est la morelle jaune que l’on redoute, une mauvaise herbe qui détruit les cultures en suçant l’eau et les nutriments du sol et dont les baies sont un véritable poison pour le bétail. Enfin, le Programme Alimentaire Mondial doit faire face à de nouvelles inquiétudes quant au financement de l’assistance alimentaire destinée à des millions de personnes en Afghanistan.

Mai

Alors que le mois d’avril avait annoncé une baisse du prix des produits alimentaires, le mois de mai connait une certaine stabilité de ces prix. Dans le même temps, la FAO met en garde contre le phénomène de l’accaparement des terres et affirme dans un rapport que le tiers des aliments produits chaque année dans le monde pour la consommation humaine – soit environ 1,3 milliard de tonnes – est perdu ou gaspillé. Enfin au Sri Lanka, en raison de graves inondations et d’une pénurie généralisée, les prix du riz et du blé sont parmi les plus élevés de la région.

Juin

Le mois de juin s’ouvre avec une nouvelle édition du rapport de la FAO sur les prix alimentaires, lequel annonce que les prix internationaux des denrées alimentaires de base devraient rester soutenus et instables jusqu’à la fin de l’année. Un autre rapport affirme même que les prix des céréales entre 2011 et 2020 pourraient dépasser en moyenne de 20 % les niveaux de la période 2001-2010.
En Libye, le PAM retourne à Misrata avec un quatrième bateau depuis le début de la crise tandis que de plus en plus, la sécheresse menace des millions de personnes vivant dans la Corne de l’Afrique. Selon Josette Sheeran, Directrice exécutive du PAM, près de 9 millions de personnes – dont beaucoup de femmes et d’enfants – seraient menacées par cette crise face à laquelle le Programme alimentaire mondial compte lutter pour nourrir plus de 6 millions de personnes parmi les plus vulnérables mais avec des ressources limitées.
Dans le même temps, l’aide alimentaire du PAM atteint 26 500 personnes dans le Kordofan-Sud au Soudan, région touchée par un conflit armé. À Madagascar, ce sont les criquets qui menacent les moyens de subsistance de 13 millions de personnes.

Juillet

Ces enfants reçoivent un traitement contre la malnutrition sévère à l’hôpital de Médecins sans Frontières dans le camp de Dadaab (Kenya). Ils reçoivent un traitement nutritionnel de l’UNICEF, tandis que les mères reçoivent des rations alimentaires du PAM. © WFP/Rose Ogola

Le mois de juillet commence avec une nouvelle hausse des prix alimentaires, tandis que dans le même temps le PAM estime que le nombre de personnes dans la Corne de l’Afrique nécessitant une assistance alimentaire devrait atteindre les 10 millions dans les semaines à venir en raison de la sécheresse, de la hausse des prix alimentaires et du carburant, ainsi que du conflit. En parallèle, la FAO invite la communauté internationale à déployer tous les moyens politiques, moraux et financiers nécessaires pour affronter de manière intégrée la crise qui s’aggrave dans cette région de l’Est de l’Afrique. Une dizaine de jours plus tard, le Programme Alimentaire Mondial déclare que ce sont finalement 11,3 millions de personnes qui nécessitent une aide alimentaire d’urgence dans la région et érige cette crise au rang de première priorité humanitaire dans le monde.

Le 20 juillet, la FAO évalue à 120 millions de dollars les fonds nécessaires pour faire face à la sécheresse dans la Corne de l’Afrique et fournir une assistance rapide à l’agriculture. Le 25 juillet se tient à Rome une réunion internationale « pour sauver la Corne de l’Afrique », organisée par la FAO à la demande expresse de la présidence française du G20, en présence de Ministres et représentants de haut niveau des 191 pays membres de la FAO, de représentants d’autres agences des Nations Unies et de responsables d’organisations internationales et d’organisations non gouvernementales. Cette réunion aboutit notamment à des promesses de dons s’élevant à 250 millions de dollars pour le PAM de la part de l’Australie, du Canada, de la France, de l’Allemagne, de l’Irlande, du Japon, du Royaume d’Arabie Saoudite, de Monaco, de Suède, du Royaume-Uni, du Fonds central pour les interventions d’urgence des Nations Unies (CERF) et des États-Unis.

Août

Une femme avec son enfant malnutri faisant la queue pour manger dans un camp de PDI à Mogadiscio. © UN Photo/Stuart Price

Le 5 août, la FAO tire la sonnette d’alarme sur la nécessité d’une intervention immédiate pour sauver la vie et sauvegarder les moyens d’existence de millions d’agriculteurs et d’éleveurs dans toute la Corne de l’Afrique victime de la sécheresse. En effet, des communiqués des Nations-Unies indiquent que la détresse des personnes déplacées par la sécheresse, des femmes et des enfants surtout, était encore en train de s’aggraver. Selon d’autres rapports, les forces gouvernementales et les milices d’Al-Shabab entraveraient même la distribution de l’aide dans les régions qui sont entre leurs mains.

Par conséquent, une réunion opérationnelle de haut niveau est organisée par la FAO le 18 août 2011 afin que des mesures urgentes et concrètes soient prises afin de renforcer la réponse internationale face à l’aggravation de la crise dans la Corne de l’Afrique. Les participants de cette réunion, parmi lesquels se trouvaient des ministres de l’agriculture des pays de la Corne de l’Afrique, des ministres et des représentants des Etats membres de la FAO, de l’Union africaine, de la Présidence du G20 (France), du Fonds international de développement agricole (FIDA), du Programme Alimentaire Mondial, le représentant du Secrétaire général de l’ONU, de l’Oxfam et de nombreuses autres organisations internationales et de la société civile, concluent sur la nécessité de miser sur une approche à deux fronts: d’une part, des interventions ciblées sur les secours d’urgence, et d’autre part, une réponse aux causes profondes du problème ainsi que le renforcement de la capacité d’adaptation des populations touchées aux chocs futurs. Le 25 août, alors que les gouvernements du monde entier se réunissent en Ethiopie pour une conférence internationale d’annonce de contributions visant à recueillir une aide accrue pour la Corne de l’Afrique, la FAO en profite pour mettre en garde les gouvernements présents sur les éventuels retards de financements destinés au relèvement de l’agriculture.
Dans le même temps, tandis que la tempête tropicale Emily se rapproche dangereusement d’Haïti, le PAM annonce qu’il est d’ores et déjà prêt à fournir une assistance alimentaire d’urgence en cas de besoin.

Septembre

Tandis que les cours mondiaux des denrées alimentaires demeurent quasiment stables, la famine continue de s’étendre en Somalie dans la région de Bay, pourtant l’une des zones les plus productives du pays.
En Haïti, le PAM rappelle que 4,5 millions de personnes n’ont toujours pas accès régulièrement à des quantités suffisantes d’aliments nutritifs, une année et demi après le séisme. Au Pakistan, 5,3 millions de personnes sont affectées par de nouvelles inondations dans la province du Sindh, au sud du pays. Sans plus attendre, le PAM s’affaire à fournir une assistance d’urgence à environ 500 000 personnes avant la fin du mois et prévoit de d’accroître les livraisons afin d’atteindre 2,2 millions de personnes d’ici octobre. En parallèle, la FAO lance un appel pour obtenir 18,9 millions de dollars afin d’éviter l’escalade de la catastrophe dans les zones rurales.
Dans le même temps, un groupe d’ONG, dont Oxfam, Save the Children et ONE publie “une Charte pour éradiquer la faim“, laquelle énonce des mesures que les gouvernements et les dirigeants de la planète doivent prendre pour remédier aux causes profondes de la crise en Afrique de l’Est.

Octobre

Indice 2011 de la Faim dans le Monde. Cliquez pour le télécharger.

Le mois commence avec la persistance des tensions sur les marchés céréaliers mondiaux malgré des perspectives de production encourageantes. Dans le même temps, deux importants rapport sur l’insécurité alimentaire pour l’année 2011 sont publiés. Le premier est le rapport annuel sur “L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde (SOFI 2011)” pour lequel la FAO, le Fonds international de développement agricole (FIDA) et le Programme Alimentaire Mondial ont collaboré ensemble et dans lequel il est redouté que la volatilité et la fermeté qui caractérisent les prix alimentaires persistent voire s’accentuent. Le second est le rapport annuel de “L’indice de la Faim dans le Monde 2011“, lequel a été publié par l’Institut international de recherches sur les politiques alimentaires (IFPRI), Welthungerhilfe et Concern Worldwide, en partenariat avec ACTED et Action contre la Faim. Ce rapport appelle à agir au plus vite pour réduire la hausse des prix afin de protéger les plus vulnérables, à s’attaquer aux caractéristiques du marché mondial qui déterminent la volatilité, y compris en mettant en place des stocks grâce à une coordination des réserves alimentaires internationales et à un partage de l’information sur les marchés alimentaires et à la mise en place de politiques de lutte contre la faim, tant au niveau national qu’international.

Ce même mois, au Pakistan, le Programme Alimentaire Mondial continue de renforcer les livraisons de nourriture vers les zones les plus touchées par les inondations et parvient ainsi à venir en aide à 1,2 million de personnes. Dans le même temps, l’organisation humanitaire appelle à des mesures rapides afin d’éviter une crise alimentaire majeure au Niger, pays toujours affaibli par une précédente crise moins d’un an auparavant et par conséquent incapable de faire face à un nouveau choc. Toujours dans la région sahélienne, la FAO demande à ce que des mesures d’urgence soient mises en place pour conjurer une crise humanitaire et alimentaire imminente dans deux régions accablées par les conflits à la frontière entre le Soudan et le Sud-Soudan, régions dans lesquelles au moins 235 000 personnes auraient besoin d’une aide. Dans le même temps, les États-Unis procèdent à un don record de 56 millions de dollars afin de renforcer les activités de nutrition du PAM pour les personnes séropositives en Éthiopie. Plus à l’Est, le PAM fait part de son inquiétude grandissante du fait de voir de plus en plus de Yéménites sombrer dans la faim alors que l’organisation vient déjà en aide à 3,5 millions de personnes vulnérables.

En France, ce sont deux sujets qui agitent de plus en plus les esprits. D’une part les associations de solidarité regrettent amèrement que le Conseil des ministres européens de l’agriculture ait refusé de voter l’évolution du Programme européen d’aide aux plus démunis (PEAD) et pour lequel une prolongation serait pourtant le seul moyen de répondre aux besoins des 18 millions d’Européens les plus démunis. Les associations dont les Restos du cœur, la Croix-Rouge Française, le Secours Populaire Français et les Banques alimentaires tentent d’alerter l’opinion publique et les responsables européens en avertissant que rien qu’en France, si le PEAD ne venait pas à être prolongé, 130 millions de repas ne pourraient plus être distribués. En effet, le PEAD représente 23 % à 55 % des denrées distribuées par les associations françaises. D’autre part, le Sommet du G20 prévu pour les 3 et 4 novembre se prépare à Cannes. Plusieurs organisations humanitaires internationales majeures dont Action Contre la Faim se mobilisent afin de transmettre sept propositions aux dirigeants du G20 pour permettre de combattre la malnutrition et la faim, parmi lesquelles assurer que les politiques agricoles, de sécurité alimentaire et de développement fassent de l’impact nutritionnel un objectif prioritaire, notamment pour les personnes qui en ont le plus besoin, ou encore respecter les engagements financiers déjà annoncés, notamment les 22 milliards de dollars promis pour la sécurité alimentaire lors du Sommet du G8 de 2009.

Novembre

Tandis que l’indice des prix alimentaires subit une baisse, Action Contre la Faim dénonce l’attitude du G20 consistant à éclipser le sort des 925 millions d’affamés dans le monde en s’occupant prioritairement la crise grecque. Le PAM quant à lui accueille avec soulagement le fait que le G20 se soit mis d’accord pour que les denrées alimentaires à usages humanitaires achetées par le PAM ne soient pas sujettes aux restrictions des exportations, ni aux taxes extraordinaires.
Le mois de novembre est également celui qui voit la naissance du sept milliardième être humain sur Terre, événement suscitant notamment des craintes quant à l’augmentation de la population mondiale et les difficultés à fournir une quantité suffisantes de produits alimentaires (véritable non-problème, lire à ce sujet l’article Insécurité alimentaire: En finir avec le mythe de la surpopulation mondiale). En République Populaire de Corée du Nord, le PAM et la FAO se réjouissent de l’amélioration des récoltes mais rappellent que le pays doit encore trouver un moyen de combler un déficit de 414 000 tonnes de céréales. Au Cambodge, suite aux pires inondations dans le pays depuis dix ans, le PAM renforce son soutien en fournissant une assistance alimentaire aux 60 000 personnes les plus touchées, de même en Amérique centrale où 300 000 personnes au Guatemala, au Honduras, au Salvador et au Nicaragua reçoivent une aide alimentaire du PAM suite aux dernières inondations.

Et tandis que Madagascar fait face à une nouvelle augmentation du prix du riz, la pluie tombe enfin en Somalie, suscitant ainsi un peu d’espoir pour la prochaine récolte. Cette bonne nouvelle est néanmoins atténuée par les craintes d’une épidémie du virus du manioc en Afrique de l’Est, menaçant par conséquent la sécurité alimentaire dans cette région où le manioc est un aliment pouvant assurer jusqu’à un tiers des apports caloriques totaux des personnes. Durant le mois de novembre se tient également une réunion des ministres de l’Agriculture du Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS) sur la situation de la sécurité alimentaire dans la région du Sahel, où des pays comme la Mauritanie, le Burkina Faso, le Tchad et le Niger souffrent d’un déficit pluviométrique et de l’insécurité alimentaire persistante.
En Europe, c’est avec soulagement que les associations de solidarité accueillent le maintien du PEAD pour 2012 et 2013.

Décembre

Durant le dernier mois de l’année, les prix alimentaires restent pratiquement inchangés, ce qui n’empêchent en rien au Sahel de voir se profiler une énième crise alimentaire. Oxfam prévient dès lors que des millions de personnes risquent de vivre une grave crise alimentaire si aucune action rapide n’est entreprise, d’autant plus que dix millions de personnes vivant dans cette région ont déjà connu une crise alimentaire majeure en 2010. La situation est en effet des plus inquiétantes : tandis que l’on constate au Mali l’avancée constante du désert, le Niger lui aussi frappé par la sécheresse fait face à une continuelle augmentation des prix alimentaires, le Tchad se prépare à une crise alimentaire pire qu’en 2009 et 2,5 millions de personnes au Sud-Soudan nécessitent de recevoir une aide alimentaire. Dans la Corne de l’Afrique, Djibouti ressent également les effets de la sécheresse, de telle sorte qu’un enfant sur cinq souffre de malnutrition. Le Yémen est également touché par une grave crise alimentaire, à tel point que des travailleurs humanitaires vont jusqu’à affirmer que les données sur la malnutrition au Yémen devraient choquer. Contre toute attente toutefois, des stars de football décident de se mobiliser afin recueillir des fonds pour lutter contre la faim en Afrique.

Olivier de Schutter, Rapporteur spécial des Nations-Unies pour le Droit à l'Alimentation

Le mois de décembre est également marqué par le soutien du PAM à la population des Philippines victime de la tempête tropicale Washi, avec la fourniture d’une aide alimentaire aux personnes les plus touchées. Notons enfin l’excellente intervention d’Olivier de Schutter, Rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation, selon qui l’approche de la sécurité alimentaire de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) se base sur des règles de commerce entre les pays et ne prennent pas suffisamment en compte les besoins des populations vulnérables, et de rajouter que « le droit à l’alimentation n’est pas un produit commercial, il faut cesser de le voir comme tel ».

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Insécurité alimentaire: Le bilan de l’année 2010.

En savoir plus sur l’insécurité alimentaire.








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