Planète Emmaüs: Plus que quelques jours pour vous faire plaisir en faisant un geste solidaire !

9 09 2011

Planete Emmaüs a besoin de votre aide, la mobilisation du plus grand nombre est nécessaire, l’objectif n’est pas loin d’être atteint !

- Planète Emmaüs c’est quoi ?

Le premier livre témoignage d’un tour du monde photographique réalisé pour Emmaüs International qui permet de découvrir l’incroyable richesse humaine et la diversité des actions menées par les groupes Emmaüs dans le monde.

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Parce qu’il faut atteindre 1 500 préachats pour que le livre puisse sortir en librairie lors des 40 ans d’Emmaüs International en octobre prochain. Une partie du prix de vente sera reversé au Mouvement pour chaque ouvrage acheté.

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- Emmaüs International.

© Sébastien Gracco de Lay

- Abbé Pierre, Communauté Emmaüs San Bernardo, Santiago, Chili

Planète Emmaüs
Photographies de Sébastien Gracco de Lay, préface de l’Abbé Pierre (inédit)
Collection Photovérité dédiée à la philanthropie
Format : 27 x 19 cm à l’italienne, broché de 128 pages, imprimé en quadrichromie
Date de parution : Mise en librairie en octobre 2011 pour les 40 ans d’Emmaüs International
Campagne de souscription à tarif préférentiel jusqu’à la mise en librairie
Prix public : 29,95  TTC / 28,39 € HT





La mort d’O. Ben Laden: une victoire pour l’obscurantisme.

3 05 2011

« En refusant l’humanité à ceux qui apparaissent comme les plus « sauvages » ou « barbares » de ses représentants, on ne fait que leur emprunter une de leurs attitudes typiques ». Claude Lévi-Strauss.

La nouvelle est tombée hier, et a sonné comme une surprise pour l’ensemble du monde. Oussama Ben Laden, figure du terrorisme et leader emblématique du groupe Al Quaïda, a été tué à Abbottabad, ville du Pakistan au Nord d’Islamabad lors d’une intervention des services spéciaux américains à son encontre.

Presque instantanément, des rassemblements ont eu lieu à New York et à Washington, où des milliers de personnes ont laissé exprimer leur joie face à ce qu’elles considèrent comme une victoire pour les États-Unis. Pour Sylvain Cypel, correspondant sur place à New York pour le quotidien “Le Monde”, « il y avait une part d’euphorie, une part de sentiment de victoire et même de vengeance » qui émanait de ces rassemblements. De quoi faire froid dans le dos, à mon sens, comme les déclarations des différents responsables politiques qui ont suivi… Explications.

Parmi ce florilège de déclarations absurdes et relevant davantage de l’obscurantisme que de la pensée éclairée, commençons sans surprise par l’ancien président des États-Unis d’Amérique George W. Bush, qui estimant la mort de Ben Laden de « victoire pour l’Amérique » a également ajouté qu’il s’agissait d’une « victoire pour les peuples épris de paix et pour tous ceux qui ont perdu des proches le 11 septembre 2001 ». L’Elysée à son tour à rapidement déclaré dans un communiqué que « justice est faite », suivie par le Premier Ministre israélien Benyamin Nétanyahou tenant à féliciter les États-Unis « pour cette victoire de la justice, de la liberté et des valeurs communes des pays démocratiques qui ont combattu côte à côte le terrorisme ». Dans le même registre, le Ministre fédéral des Affaires étrangères d’Allemagne Guido Westerwelle considère que la mort d’O. Ben Laden est « une bonne nouvelle pour tous les hommes dans le monde qui pensent librement et sont pacifiques », et son homologue italien Franco Frattini de rajouter qu’il s’agissait d’une « victoire du bien contre le mal, de la justice contre la cruauté ».

Prisonniers retenus dans la base militaire de Guantanamo

Dès lors des questions se posent. De quelle justice parlons-nous réellement ? S’agit-il d’une justice qui peut être faite sans qu’un procès ait lieu ? De quel acte au nom de la paix parle-t-on lorsqu’il s’agit en réalité ni plus ni moins que d’une mise à mort orchestrée dans le contexte d’une opération militaire ? L’Union Européenne, se réjouissant à son tour suite à cette annonce, pourtant habituellement si empreinte à s’opposer et à dénoncer les assassinats ciblés et la peine de mort, a tenu à préciser qu’il ne s’agissait en l’espèce en aucun cas d’une exécution ou d’une application de la peine capitale, et que de fait, l’Union restait fidèle à ses positions et ses valeurs relatives à l’application de la justice. Cela me renvoie de facto à la justification donnée depuis plusieurs années par les Etats-Unis quant à leurs détenus à Guantanamo qui, en considérant ces derniers comme des combattants ennemis – et non des prisonniers de guerre – peuvent s’affranchir des règles contenues dans les Conventions de Genève telles que le respect de la dignité humaine ou la prohibition de la torture. Le subterfuge est grossier, mais il fonctionne.

Au lendemain de la mort provoquée de l’un des responsables des plus grands crimes de l’Histoire, nous sommes tous, à mon sens, davantage témoins d’un échec cuisant de l’Humanité plutôt que d’une véritable victoire. À se réjouir de la mort d’un homme, aussi odieux soit-il, nous nous rabaissons au plus bas niveau de cette personne. J’ai en effet personnellement une haute idée de l’Humanité ou du moins de ce qu’elle pourrait être. Je rêverais d’ailleurs d’une société fondée sur cette philosophie, qui refuserait de s’abaisser à l’instinct de vengeance et au dictat des mauvais sentiments. Se réjouir de la mort de cet homme, parler de victoire de la démocratie et des peuples empreints de paix, c’est renier la possibilité d’appliquer une véritable Justice digne de l’Être Humain raisonné.

Salle du tribunal de Nuremberg

Contourner la question d’une justice qui doit s’appliquer en toutes circonstances, c’est oublier d’une part que chaque être humain est égal aux yeux de la justice, quels que soient les crimes qu’il a commis, mais c’est également oublier la pertinence des tribunaux de Nuremberg et de Tokyo qui ont tous deux été très riches d’enseignements en matière de justice et de crimes à grande échelle. Par ailleurs, s’il s’avérait que le cadavre d’O. Ben Laden avait été mutilé, dégradé volontairement, serait-il pertinent de prétexter la nature et l’étendue des actes de l’individu en question pour les légitimer ou du moins s’exonérer de toute responsabilité, alors que plusieurs États d’Occident se plaisent à rappeler régulièrement à d’autre États le respect de la dignité de chaque être humain sur Terre ?

J’appuie également ma réflexion sur le regret qu’est, à mon sens, le fait que des ONG telles que Amnesty International ou Human Rights Watch, pourtant si promptes à s’opposer à la peine de mort, aux assassinats ciblés et aux exécutions extra-judicaires, n’aient même pas jugé utile de s’exprimer sur ce point. Dans ce cas très précis, bien qu’il s’agisse soit disant d’une exécution accidentelle, nous nous rapprochons tout de même d’une exécution extra-judicaire ou du moins nous nous éloignons sans le moindre doute de ce fameux cadre judiciaire. De plus, faut-il rappeler que la localisation d’O. Ben Laden a été réalisée grâce à des aveux obtenus par la torture et des traitements que l’on qualifie de cruels, inhumains ou dégradants ?

Tout faire pour éviter que l’homme le plus odieux d’une période de l’Histoire soit appréhendé en vie, le traduire en justice, tel aurait été l’enjeu d’une Humanité qui se veut et se dit éclairée, face à une mouvance opposée et véritablement obscurcie. Au lieu de cela, non seulement cet homme ne sera jamais jugé par la Justice d’un monde raisonné et raisonnable, mais en plus ce monde joue aveuglement le jeu des sentiments obscurs, dorénavant aspiré dans le cycle interminable de la vengeance… …Jusqu’à une véritable éclaircie de la pensée et des comportements, souhaitons-le.





L’intervention en Libye et ses critiques: Pourquoi il faut savoir raison garder.

22 03 2011

Depuis le début de la crise libyenne, les critiques fusent de toute part. D’abord visant et condamnant les exactions des troupes loyalistes de Mouammar Kadhafi, ces critiques se sont progressivement calmées à mesure que des Etats ont fait entendre – bien que tardivement – de plus en plus fortement leur voix afin que le leader libyen s’attache à ne pas recourir à la force pour mater les révoltes secouant le pays.
Un nouveau pas à été franchi lorsque le Conseil de Sécurité de l’ONU a autorisé que soit menée une action par la force visant à protéger les civils libyens menacés par l’avancée des troupes kadhafistes et que soit mis en place une zone d’exclusion aérienne afin que cessent de voler les avions de l’armée libyenne, utilisés à des fins de bombardement. Aujourd’hui, toujours plus d’Etats sonnent le tocsin afin de dénoncer une action militarisée dépassant les limites pour lesquelles elle a été mise en place, tout comme l’on entend régulièrement des propos faisant état d’ingérence et de révolte organisée depuis le début afin de s’emparer du pétrole libyen. Voici ma vision des choses.

Une responsabilité internationale prévue dans les traités.

Intéressons-nous d’abord à ce que prévoient les textes internationaux relatifs aux conflits armés. Dans le cadre du droit international humanitaire prévu par les Conventions de Genève, il est prévu que soient protégées les personnes ne prenant pas part ou plus part aux hostilités contre toute violence à leur encontre. Il en va ainsi des civils, mais également des soldats ou insurgés désarmés. De plus, cette protection implique également que soient interdits « les actes ou menaces de violence dont le but principal est de répandre la terreur parmi la population civile », comme le prévoit l’article 51 du premier protocole additionnel des Conventions de Genève.
Il est également indiqué que les Etats parties à ces Conventions dites de Genève sont tenus de les respecter mais également de les faire respecter. Par conséquent, si un Etat partie ne remplit pas ses obligations, les autres Etats ayant ratifié ces conventions ont la responsabilité de prendre des mesures, lesquelles peuvent s’inscrire dans le cadre des Nations Unies. Insistons bien sur ce point: En devenant partie aux conventions de Genève, les État sont tenus de respecter et de faire respecter ces conventions, et ce « en toutes circonstances ».
À cela s’ajoute le statut de la Cour Pénale Internationale, lequel considère que les crimes internationaux doivent être vus comme étant « les crimes les plus graves qui touchent l’ensemble de la Communauté internationale ». Par conséquent, il serait du devoir de la Communauté Internationale d’agir tant par la prévention que par la sanction en cas de crime de guerre ou de crime contre l’Humanité notamment. Le rapport de la Commission Internationale de l’intervention et de la souveraineté des Etats sur la responsabilité de protéger (2001) affirme même que « quand une population souffre gravement d’une guerre civile, d’une insurrection, de la répression exercée par l’Etat ou de l’échec de ses politiques, et lorsque l’Etat n’est pas disposé ou apte à mettre un terme à ces souffrances ou à les éviter, la responsabilité internationale de protéger prend le pas sur le principe de non-ingérence ».
Par suite logique, dans un contexte de violations des droits de l’Homme et du droit international humanitaire, le Conseil de Sécurité de l’ONU est dès lors habilité à intervenir sur la base du Chapitre VII de la Charte des Nations-Unies relative à l’Action en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d’acte d’agression –, de deux manières différentes: par la création de missions d’enquête ou par l’engagement d’une action coercitive laquelle peut aller jusqu’à l’emploi de la force armée.

L’ingérence justifiée dans les faits.

Le corps d’un adolescent africain décédé, incorporé dans les troupes de M. Kadhafi.

Les faits suffisent à eux-mêmes pour justifier les réactions d’une partie de la communauté internationale: répressions croissantes des manifestations, incitation par le leader libyen de mater les révoltes, bombardements aériens, emploi de mercenaires, accueil de troupes de renfort en provenance du Tchad – armée qui comporte notamment des enfants parmi les soldats engagés dans ses rangs. Plusieurs de ces faits relèvent du crime de guerre, comme l’homicide intentionnel de combattants blessés ou de civils, ou encore le fait de soumettre la population civile à une attaque et l’utilisation d’enfants-soldats. De plus, alors qu’il a été relevé que des mercenaires avaient été engagés sur ordre de M. Kadhafi, ceci est prohibé à la fois par une Convention de l’OUA sur l’élimination du mercenariat en Afrique (1977) mais également par une Convention des Nations Unies (1989) qui indiquent que le recrutement, l’utilisation, le financement et l’instruction de personnes qui s’enrôlent volontairement et à titre individuel dans les unités combattantes d’un Etat dont elles n’en sont pas les ressortissantes et motivées par l’appât du gain promis est formellement interdit.
Rappelons également les menaces répétées du leader libyen dans ses allocutions télévisées à l’encontre d’un groupe tout entier du pays, et démontrant la folie mégalomane et sanguinaire par laquelle est atteinte celui qui se veut comme le père de cette nation. Alors que l’une des règles fondamentales du Droit International Humanitaire indique que le but de la guerre n’est pas l’anéantissement physique de l’adversaire, et que les combattants mis hors de combat ainsi que les personnes qui ne participent pas directement aux hostilités ne doivent pas être l’objet d’attaques, Mouammar Kadhafi a démontré à plusieurs reprises comme il entendait effectuer une « purge » dans son propre pays. Le danger que représente ses troupes a même été tel que les équipes du Comité International de la Croix Rouge se sont retrouvées dans l’obligation de quitter au moins temporairement la ville de Benghazi.

Campagne d'Amnesty International - "Ignorez-nous, ignorez les droits humains"

Ainsi, alors que les exactions menées au nom de Mouammar Kadhafi relèvent sans le moindre doute de la Cour Pénale Internationale, comment s’opposer à une intervention internationale coordonnée sous prétexte qu’il convient de condamner toute ingérence ? Si au niveau national tout le monde s’accorde pour contacter les autorités compétentes afin de prévenir du danger une femme victime de violences conjugales, pour protéger des enfants en situation de maltraitance ou plus simplement pour qu’une personne agressée au bas de votre rue reçoive une assistance, pourquoi ce même principe ne pourrait-il pas s’appliquer au niveau international, quand ce sont des peuples qui sont en situation de danger, sous prétexte qu’il convient de ne pas interférer avec les affaires intérieures de l’Etat ? Ne dit-on pas régulièrement que rester silencieux au sujet d’une situation dangereuse que vit une personne c’est devenir complice du calvaire qu’elle endure ?
Dans la situation actuelle que vit la Libye et son peuple, il serait à mon avis plus convenable d’observer avec retenue l’avancée de l’intervention au fil des heures tout en maintenant une certaine pression sur les pays impliqués, plutôt que de critiquer à tout va alors même qu’aucune conclusion ne peut encore être véritablement établie. Faut-il encore préciser que s’il s’agissait d’une révolte suivie d’une intervention internationale dans un contexte démocratique il conviendrait d’affirmer qu’il n’y a pas lieu d’intervenir, que c’est au peuple tout entier d’accepter le jeu de la démocratie et à s’organiser en vue les prochaines élections ? En l’état actuel des choses, aucun élément démocratique n’est à relever, puisqu’il s’agit d’une situation dans un pays en réalité proche du despotisme, avec un leader à la fortune inestimable et au pouvoir depuis plus de 40 années consécutives et dont les moeurs sont les plus discutables. Faudrait-il encore et toujours fermer les yeux, laisser courir continuellement les inégalités et les exactions envers tout un peuple alors que nous avons la possibilité et le devoir de leur porter assistance ?

L’intervention internationale jusqu’à présent.

Campagne de Reporters Sans Frontières pour la Liberté de la presse

La principale mesure de la résolution 1973 prise par le Conseil de Sécurité des Nations-Unies concerne la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne – qui s’accompagne de la destruction des défenses anti-aériennes – afin que les populations civiles soient protégées contre tout bombardement en provenance de l’aviation militaire libyenne. Des voix ont pourtant commencé à s’élever afin de condamner des frappes internationales qui s’inscriraient bien au delà du périmètre délimité par la résolution 1973. Si la destruction des défenses anti-aériennes est bien liée à la zone d’exclusion aérienne, il est nécessaire de préciser que la destruction des blindés à proximité des villes rebelles et des artilleries dans les zones pro-Kadhafi fait également partie de la défense des civils. Le texte est clair: « Le Conseil de sécurité (…) autorise les États Membres qui ont adressé au Secrétaire général une notification à cet effet et agissent à titre national ou dans le cadre d’organismes ou d’arrangements régionaux et en coopération avec le Secrétaire général, à prendre toutes mesures nécessaires (…) pour protéger les populations et les zones civiles menacées d’attaque en Jamahiriya arabe libyenne, y compris Benghazi ». Ce qui, par conséquent, permet d’affirmer que la résolution 1973 des Nations-Unies n’est pas dépassée.
Toujours en référence au Droit International Humanitaire, celui-ci prohibe les opérations militaires visant les biens et dont la destruction totale ou partielle n’apportent pas un avantage militaire précis. Cette règle est par ailleurs liées à celle qui interdit que soit porté atteinte aux biens indispensables à la survie, comme les denrées alimentaires, les récoltes, le bétail, les installations d’eau potable et les ouvrages d’irrigation. Force est donc de constater qu’à l’heure actuelle les frappes se sont concentrées sur des infrastructures relatives à l’organisation militaire du pouvoir libyen et que, même si le doute reste légitime, il n’a pas été porté atteinte aux biens relatifs à la survie des populations civiles.
Enfin, rappelons que la résolution 1973 du Conseil de Sécurité des Nations-Unies prévoit également qu’est exclu « le déploiement d’une force d’occupation étrangère sous quelque forme que ce soit et sur n’importe quelle partie du territoire libyen », ce qui est jusqu’à présent totalement respecté.

S’il reste donc important de veiller à ce que cette résolution soit scrupuleusement appliquée, afin de protéger tant les intérêts que les vies des populations civiles libyennes, il est pour l’heure véritablement déplacé de crier à l’invasion occidentale, à la concrétisation d’un nouveau plan visant à s’emparer des richesses – notamment pétrolifères – libyennes. Il serait en effet bien plus raisonné d’appeler de tous ses voeux à ce que la crise libyenne trouve une issue favorable aux revendications du peuple libyen, lesquelles s’inscrivent dans le contexte d’un désir grandissant de démocratisation du monde arabe.
Bien que je sois moi-même un anti-militariste confirmé, je ne puis que soutenir une action coordonnée visant à protéger les populations civiles. Seul l’avenir – proche – aura la possibilité de nous confirmer si cela a été respecté à la lettre. Dans le cas contraire, il sera toujours temps de faire gronder ces revendications.

EDIT: Certains articles sur Internet font état d’une violation de l’article 35 de la Constitution de la Vème République, lequel prévoit que toute « déclaration de guerre [doit être] autorisée par le Parlement ».
Si le terme « déclaration de guerre » reste discutable, il est néanmoins nécessaire de lire également l’article 55 de ladite Constitution qui dispose que « Les traités ou accords régulièrement ratifiés ou approuvés ont, dès leur publication, une autorité supérieure à celle des lois, sous réserve, pour chaque accord ou traité, de son application par l’autre partie ».

Ainsi – au risque de le répéter –, il est prévu que les Etats parties aux Conventions de Genève prennent des mesures s’inscrivant dans le cadre des Nations-Unies si un Etat partie ne remplit pas ses obligations. Signalons à ce titre que la Libye a ratifié en 1956 et en 1978 les Conventions de Genève et le Premier Protocole qui s’y rattache – lesquels ont valeur de traités.
Il est dès lors possible pour le Conseil de Sécurité de l’ONU d’intervenir à son tour sur la base du Chapitre VII de la Charte des Nations-Unies – un traité international – en engageant notamment une action coercitive pouvant aller jusqu’à l’emploi de la force armée.

Par conséquent, si le Gouvernement français et son armée agissent dans le cadre légal des traités cités plus haut, lesquels ont une valeur supérieure à la Constitution, l’intervention en Libye ne peut être contestée sur le fondement de l’article 35 de la Constitution de la Vème République.

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Quand la Libye saigne, la France fait semblant de ne pas le voir.

25 02 2011

Ce matin, alors que je parcourais l’actualité comme à mon habitude lors de mon temps libre, je suis tombé sur un article très court et pourtant très bien pensé publié sur le site web du journal Libération. Il s’agissait en réalité véritablement plus d’une réflexion critique de la part d’un journaliste plutôt que d’un article de presse, mais toujours est-il que cela portait sur les révolutions dans le monde arabe face à l’autisme européen. Intitulé Valeurs, cette réflexion de François Sergent, directeur-adjoint de la rédaction de Libération illustre également parfaitement mon propre état d’esprit sur la question. Lisez plutôt:

“ Un nouveau monde naît à la frontière sud de l’Europe. Un bouleversement de toutes les idées reçues sur le monde arabo-musulman qui, de Tripoli à Bahreïn, aspire à la liberté, à la démocratie et à un mieux vivre. Les pays de la Méditerranée rejettent de toutes leurs forces vives les dictatures, les compromissions et la corruption. Que dit l’Europe, que dit la France face à ce changement prodigieux, comparable à la chute de l’URSS ? Rien ou presque. Les ministres de l’Intérieur s’inquiètent des réfugiés. Les ministres de l’Economie craignent une flambée du pétrole. Les diplomates, surtout en France avec leur ministre tricarde, règlent leurs petits comptes. C’est peu dire que les dirigeants européens n’ont pas pris la mesure des événements.
Qu’attend l’Europe pour se porter du côté des peuples du Printemps arabe ? Qu’attend l’Europe pour aider les pays comme l’Egypte et la Tunisie à se reconstruire après des décennies de tyrannie ? Pourquoi les Marocains, les Saoudiens ou les Bahreïnis seraient-ils condamnés à vivre sous des régimes féodaux et monarchiques ? Pourquoi les Algériens devraient-ils endurer une junte militaire prédatrice ? Pourquoi les Libyens devraient-ils être gouvernés par un malade mental ? L’Europe, si elle veut être conforme à ses valeurs, doit être du côté des peuples qui demandent justice et développement.


Les révolutions sont désordonnées. Elles déstabilisent un monde que l’Occident croyait immuable. Mais, en se rattachant à un ordre ancien et déjà déchu, les pays du Nord ne font que creuser un abîme entre eux et les peuples qui veulent vivre libres.”

Pourquoi avoir souhaité exceptionnellement reprendre un article de presse et le diffuser sur ce blog ? Peut-être s’agit-il d’une façon pour moi de contrer cet inconscient collectif franco-français qui croit défendre certaines valeurs européennes voire purement françaises sur différents sujets sans pour autant les remettre en questions de quelque manière qu’il soit. Peut-être que je cherche à remettre en question ce modèle et ces valeurs que beaucoup croient défendre et déposer sur un piédestal alors que ce même modèle gagnerait davantage en crédit s’il était relativisé, et ce à de multiples égards.

Et c’est là que cet article de presse que je partage ici joue un rôle important. Si la tendance actuelle occidentale – et donc française – est bien de se défendre contre l’obscurantisme, s’il s’agit de protéger la liberté sous toutes ses formes face à des mouvances et des régimes désignés comme liberticides et oppressifs, et s’il est surtout question de promouvoir les valeurs et les idées françaises en France et dans le Monde, où sont donc à l’heure actuelle nos intellectuels favoris ou détestés, nos gouvernants et représentants étatiques, où sont nos célébrités pour s’exprimer avec franchise et honnêteté sur la question de ce que l’on nomme comme des “révolutions de la Liberté” dans le monde arabe ?

Pourquoi si peu de déclarations, si peu de réactions voire d’émotions – ou du moins tant de temps pour réagir – alors que de véritables crimes de guerre ont actuellement cours en Libye ? Traqués, fusillés, bombardés, les mots manquent pour désigner tout ce que subit actuellement cette part de la population libyenne qui a soif de liberté et qui s’oppose avec un courage que tout la communauté internationale se doit d’acclamer.

Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi le 25 juillet 2007 à Tripoli

Pourquoi n’y a-t-il pas non-plus de réactions plus équivoques que cela de la part de nos intellectuels, des célébrités engagées, des médias pour dénoncer le commerce d’armement de la France avec ces Etats littéralement liberticides ? Tunisie, Algérie, Libye… J’ose à cet égard faire un rapprochement avec le soutien ouvertement affirmé du gouvernement français envers Idriss Deby, président du Tchad, lorsqu’en février 2008 l’armée française repousse un assaut rebelle sur N’Djaména sans demander la moindre contrepartie. Le régime d’Idriss Débyau pouvoir depuis 20 ans – a pourtant causé à ce jour plus de 25 000 morts et est responsable de la disparition de plusieurs opposants. Depuis plusieurs jours, c’est ce même Idriss Déby qui envoie des troupes de sa propre armée afin de soutenir le régime de Mouammar Kadhafi et tirer sur les manifestants.
Pourquoi le chef de l’Etat français fait-il davantage entendre son courroux – aussi légitime soit-il – envers un Etat tel que l’Iran lorsque le gouvernement ordonne de réprimer toute manifestation ou contestation, et semble si peu réactif lorsqu’il s’agit d’Etat tels que la Tunisie, l’Egypte, l’Algérie ou la Libye ? Ne faudrait-il en fait réagir qu’envers les Etats où il n’est pas possible d’y développer son business – constitué de ventes d’armement et de centrales nucléaires ?

L’actuel et seul véritable intérêt de l’Union Européenne et de ses Etats membres ne semble se porter que sur la possible augmentation incontrôlée et/ou incontrôlable d’immigrants en provenance du Maghreb. Toutefois, exit les préoccupations humanitaires (lorsqu’il s’agit de civils fuyant un conflit armé, comme en Libye) ou simplement les inquiétudes de l’ordre du sentiment humain. Non, la crainte des Etats membres de l’Union Européenne se porte uniquement sur la peur de l’envahissement, de l’impossibilité de contrôler et renvoyer en masse dans l’urgence des personnes qualifiées d’indésirables. Alors qu’en Libye Mouammar Kadhafi ordonne de purger son pays et de faire couler le sang, c’est cette population visée que l’on désigne en Europe de persona non grata.

Intervention des forces de police françaises en Septembre 2009 dans la "Jungle de Calais"

Le but de ma réflexion n’est pas de faire de bons sentiments sans véritable analyse approfondie. Mais j’ai du mal à retenir mon malaise lorsque j’entends des expressions comme « La France, patrie des droits de l’Homme, « il faut défendre et promouvoir nos valeurs », « la démocratie doit être protégée et défendue », ou encore notre sacro-sainte devise nationale « Liberté, Égalité, Fraternité ». N’ayons crainte de l’affirmer: ces mots et ces phrases n’ont plus aucun sens aujourd’hui. Ils comportent même des relents de dégoût lorsque je lis avec stupeur qu’alors même que la France rapatrie ses ressortissants résidants en Libye, celle-ci tente par la même occasion d’y refouler résident étranger. Comme l’écrit l’Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé) dans son communiqué, « la Libye serait donc plus sûre pour les étrangers que pour les ressortissants français ». Comment ne pas y voir une résurgence de ce que j’ose appeler le « syndrome de Calais », lorsqu’en 2009 le gouvernement avait donné l’ordre de raser la jungle de Calais et de reconduire manu militari et sans aucun état d’âme les afghans dans leur pays d’origine qui s’y trouvaient ? Ce n’est pas faute pourtant me semble-t-il, de connaitre la situation de l’Afghanistan, lorsque l’on pratique soi-même la guerre à cet endroit depuis plusieurs années.

N’est-il pas scandaleux également qu’il faille que les ONG rappellent de façon continuelle l’urgence dont il est actuellement question dans le monde arabe et particulièrement en Libye ? N’est-il pas outrant de voir tant d’immobilisme face à la détresse éprouvée par les populations vivant dans des Etats se situant pourtant dans le périmètre d’influence de l’Europe ?

Où donc est la France des Libertés ? Où se cache cette France protectrice de l’Égalité, modèle de Fraternité ? Pourquoi la France des Droits Humains est-elle autant mise à mal ? Où se trouve le combat de cette valeureuse France contre les oppresseurs ? Pourquoi a-t-on simplement écarté cette France humaine sans que personne ne s’en émeuve réellement ?

Mettre au banc de la société certaines catégories de personnes, soutenir militairement des régimes liberticides, n’apporter aucun soutien moral aux populations malmenées et les expulser, éloigner la question des droits de l’Homme et de la démocratie au nom d’intérêts économico-financiers, remettre en question la diversité culturelle et la liberté religieuse sur son propre territoire… Est-ce cela en réalité les valeurs de la France ? Mon esprit me pousse à en refuser l’éventualité. Mais si la réponse se révélait être affirmative, alors c’est la valeur même de la France et de l’esprit français qui perd tout son éclat.

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À LIRE SUR LE MÊME THEME:

L’intervention en Libye et ses critiques: Pourquoi il faut savoir raison garder.

France – Chine: Le mépris ultime des autorités françaises en matière de politique des droits humains.





12 février: Journée mondiale contre l’utilisation d’enfants-soldats.

12 02 2011

Aujourd’hui 12 février, il s’agit de la journée mondiale contre l’utilisation des enfants-soldats.

Que ce soit Afghanistan, en République Démocratique du Congo, en Birmanie, au Soudan, en Colombie ou en Somalie, 250 000 enfants dans le monde se trouvent actuellement avec une kalashnikov ou un lance-roquette dans les mains, courent sur une ligne de front ou dorment en rêvant à leur idole hollywoodienne Rambo.

Même si certains signes nous poussent à espérer et à croire en une amélioration des conditions de vie et des dispositifs de protection des enfants, toujours est-il qu’il subsiste encore et toujours des endroits dans le monde où l’enfant reste considéré comme une alternative en ce qui concerne les recrutements dans l’armée, les enfants n’étant encore que des adultes en devenir et étant par conséquent facilement influençables.
En République Démocratique du Congo, en Somalie, les factions armées ne cessent de grossir leur rang en recrutant de force des enfants tandis qu’au Népal alors que la guerre est terminée depuis quatre ans, les anciens enfants-soldats pansent encore leurs plaies physiques et psychologiques tout en peinant à être réinsérés dans leurs familles et la société toute entière.
Depuis plusieurs mois se joue également le procès de l’ancien président libérien Charles Taylor, accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité dont l’enrôlement d’enfants-soldats fait parti. Pourtant, alors que les preuves sont accablantes, le chef de guerre libérien – également accusé de trafic de diamants et même d’armes avec le non-moins connu Viktor Bout (Lire à ce sujet Ces larmes que n’auront jamais les armes) – se joue encore de la justice internationale tout en niant les faits qui lui sont reprochés.

Dans d’autres pays encore, les enfants ne connaissent pas le maniement des armes seulement en temps de guerre. C’est le cas de la Russie, qui dans le cadre de son groupe d’intervention d’élite du SPETSNAZ, recrute des adolescents en vue de les intégrer définitivement à leur majorité, et leur enseigne à travers divers entrainements les rudiments de la manipulation des armes, les différentes techniques de camouflage et de patrouilles, les méthodes de résistance à la torture, le combat au corps à corps… Je ne peux également m’empêcher de penser à la France qui dispose de six lycées militaires, ou encore au partenariat signé il y a plusieurs mois entre le Ministère de la Défense et l’Éducation Nationale afin que soit dispensé dans plusieurs lycées de l’Est des cours introductifs à la Défense dans l’expectative de procéder à des recrutements lorsque les élèves auront empoché leur baccalauréat.

John Mad Dog, réalisé par Jean-Stéphane Sauvaire, écrit par Emmanuel Dongala

Plusieurs oeuvres cinématographiques s’appuient d’ailleurs sur la triste réalité qu’est l’enrôlement d’enfants, tels que Blood Diamond dont l’action se déroule en Sierra-Leone ou encore Johnny Mad Dogtiré du livre du même nom – dont le réalisateur Jean-Pierre Sauvaire a fait jouer de vrais anciens enfants-soldats du Sierra-Léone désirant montrer au monde ce qu’ils avaient vécu. Des oeuvres littéraires existent également tant réelles que fictives – mais inspirées de faits réels – comme Le chemin parcouru, ou Allah n’est pas obligé.
Des anciens enfants-soldats tentent également tant bien que mal d’alerter l’opinion publique de ces faits qui ont encore lieu dans plusieurs endroits du monde. Pensons à Ishmael Beah, auteur de son auto-biographie dans Le chemin parcouru aujourd’hui représentant spécial de l’Unicef, ainsi qu’à Emmanuel Jal qui parraine depuis plusieurs mois l’action d’Amnesty International dans sa lutte contre l’enrôlement d’enfants dans les conflits.

Call of Duty Modern Warfare 2

Ayez donc dès aujourd’hui une pensée pour ces enfants qui vivent la guerre, et cessez au plus vite d’offrir à vos propres enfants des répliques d’armes en plastique. Pour vos enfants et pour vous même, arrêtez également d’acheter et de passer du temps sur des jeux-vidéo tels que Call of Duty, Medal of Honor ou Counter Strike (Lire à ce sujet The game is not over: La guerre fait toujours recette). Repensez-y encore à deux fois lorsque vous vous apprêterez à regarder un film dans la veine de Rambo – dont l’acteur Silverster Stallone, par éthique, n’aurait jamais du à mon sens accepter de participer à nouveau au quatrième volet – car beaucoup d’enfants vivant la guerre, lorsqu’il arrive qu’ils ne soient pas sur le front, passent une partie de leur temps à regarder ce type de films, tout en espérant pouvoir reproduire à leur tour les gestes et ruses de Rambo…

La guerre n’a rien d’un jeu, même si cela semble amuser les grands de ce monde.

S’il n’est donc pas possible de compter sur l’Humanité de ces plus grands, que l’on puisse au moins compter sur la votre, et que l’ignorance devienne conscience. C’est en effet de nous-même avant-tout que vient le changement, pas des autres…

 

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Ces larmes que n’auront jamais les armes.








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