Nouvelle année oblige, l’un des premiers articles pour 2012 ne pouvait être autre chose qu’un bilan, tant l’année qui vient de s’achever a été riche en évènements. Et parce qu’il s’agit d’un sujet qui m’est cher, et que celui-ci est en concordance avec la ligne éditoriale du blog, je vous propose de revenir sur les évènements et autres nombreuses crises qui ont composé l’année 2011 dans le domaine de l’insécurité alimentaire.
Le bilan ainsi présenté est le résultat d’un travail de veille de longue haleine, mené tout au long de cette année avec passion mais non sans inquiétude constante, du fait d’assister à la multiplication des signes annonciateurs de crises, et ce sans que la communauté internationale ni les médias ne s’en préoccupent davantage. Retour donc mois par mois, sur une année mouvementée, marquée par une succession de catastrophes alimentaires.
Petite précision: Depuis 2010, le nombre de personnes souffrant de la sous-alimentation reste estimé à 925 millions. En effet, le Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA) a demandé à la FAO lors de sa réunion de 2010 de réviser sa méthodologie d’estimation de la sous-alimentation afin de fournir des mises à jour qui soient davantage d’actualité et d’incorporer toutes les informations pertinentes, y compris l’analyse des nombreuses enquêtes sur les ménages devenues disponibles ces dernières années. C’est pourquoi aucune estimation actualisée du nombre de personnes sous-alimentées en 2009 et 2010 n’est publiée, et aucune estimation n’a été faite pour 2011.
Janvier
2011 commence à peine que l’Organisation des Nations-Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) s’alarme des niveaux records atteints par les prix alimentaires. En effet, ceux-ci dépassent de loin ceux de 2008, pourtant responsables de multiples émeutes dites de la faim. Dans le même temps, la FAO constate également que la consommation de poisson atteint des records - près de 17 kg par habitant en moyenne -, en conséquence de quoi l’organisation publie ses premières directives mondiales pour la réduction des rejets de poisson.
Tandis que de son coté le Programme Alimentaire Mondial (PAM) œuvre pour vaincre la faim au Sud-Soudan afin de faire reculer le nombre de personnes ayant besoin d’une aide alimentaire, l’inquiétude se porte toutefois de plus en plus sur le Niger, où le taux de malnutrition chez les enfants demeure alarmant selon l’UNICEF, et ce en dépit de bonnes récoltes.
Toujours en Afrique de l’Ouest, en Côte d’Ivoire, l’’impasse politique dans laquelle se trouve le pays n’aide en rien à lutter contre la hausse des prix des biens alimentaires. Quant à la Somalie, bien avant que la sécheresse n’affole les médias, le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) met déjà en lumière l’aide qu’il apporte à plus d’un demi-million de personnes. Enfin, le mois de janvier se caractérise également par l’inquiétude du PAM quant à ses difficultés de financement – à hauteur de de 400 millions de dollars - pour financer l’aide initialement prévue pour être apportée à près de 7,3 millions de personnes en Afghanistan.
Février
Les prix alimentaires mondiaux subissent un nouveau pic historique pour le septième mois consécutif, en conséquence de quoi l’ONU tire la sonnette d’alarme en estimant qu’il est nécessaire de se préparer à l’impact d’une hausse des prix alimentaires, notamment en raison du fait que 44 millions de personnes dans le monde aient basculé entre juin et décembre 2010 sous le seuil de l’extrême pauvreté en raison de la flambée des prix des aliments. À titre d’exemple, le prix des haricots en Bolivie a augmenté de 179% par rapport à 2010 tandis que les prix de la farine et du riz ont augmenté de 44% et 33% respectivement, et la Somalie fait face quant à elle à une augmentation de plus de 80% depuis septembre du prix du maïs et du sorgho en raison de mauvaises récoltes. À Madagascar, où le riz est devenu un luxe, la France annonce par l’intermédiaire de son Ministre chargé de la Coopération une contribution financière de 1 million d’euros aux opérations du PAM pour répondre à l’insécurité alimentaire dans les régions du Sud de l’île.
En Egypte, pour palier au ralentissement économique induit par la crise politique sévissant dans le pays, le PAM décide d’intensifier son assistance alimentaire aux égyptiens vulnérables. Dans le même temps, les responsables humanitaire continuent de s’inquiéter de la sécheresse sévère qui sévit depuis novembre dans les pays d’Afrique de l’Est et qui devrait empirer durant les prochains mois, ainsi qu’au Burundi. Enfin en Afrique australe, ce sont des milliers d’hectares de terres agricoles et de cultures qui sont endommagés par des pluies torrentielles et des inondations.
Mars
Une nouvelle hausse des cours – notamment pétroliers – provoque des tensions sur les marchés céréaliers même si certaines prévisions annoncent l’augmentation de la production mondiale de blé en 2011, bien qu’inférieure aux récoltes exceptionnelles de 2008 et 2009. Ainsi au Pakistan, il est annoncé que la récolte de blé sera bonne malgré les inondations ayant sévit dans le pays durant le mois d’août 2010 – 20 millions de personnes ont été touchées, 10 millions d’entre elles nécessitant une assistance alimentaire d’urgence. Néanmoins, cela n’empêche en rien la montée du prix du blé, lequel est trois fois supérieur à celui de 2008.
Tandis que le Bangladesh est salué pour la « réussite » de ses efforts de lutte contre la sous-alimentation infantile sur les quinze dernières années, de nouvelles inquiétudes se portent sur Madagascar où 600 tonnes de nourriture sont distribuées par le PAM à près de 69 000 personnes touchées par les dégâts du cyclone tropical Bingiza. Le mois continue d’être chargé pour le PAM puisque celui-ci offre son expertise logistique afin de soutenir les efforts de secours au Japon touché par un séisme, un tsunami et une crise nucléaire, de la même façon qu’il lance une opération d’urgence pour venir en aide à 1,06 millions de personnes en Libye, en Égypte et en Tunisie sur une période de trois mois.
Avril

Un convoi de huit camions transportant 240 tonnes de farine de blé et 9,1 tonnes de biscuits à haute teneur énergétique arrive en Libye. © WFP/Guy Curves
Pour la première fois de l’année après huit mois de hausses continues, les prix alimentaires connaissent une légère baisse. Cette annonce est néanmoins atténuée par un rapport des agences de l’ONU soulignant la crise alimentaire qui sévit en République populaire démocratique de Corée, pays dans lequel environ un quart de la population – soit six millions de personnes – souffrent de la faim. Ne tardant pas pour réagir, le PAM lance une opération d’urgence alimentaire et nutritionnelle pour répondre aux besoins urgents en nourriture de près de 3,5 millions de personnes vulnérables dans ce pays. Dans le même temps, l’agence humanitaire ouvre un couloir humanitaire vers l’ouest de la Libye afin d’atteindre pour la première fois les régions durement touchées par les combats depuis le début des violences dans le pays.
En Afrique de l’Ouest, le PAM met en place un pont aérien afin de renforcer son opération d’urgence en Cote d’Ivoire et au Libéria, tandis qu’en Afrique de l’Est la Directrice exécutive du PAM déclare que plus de 5 millions de personnes souffrent de la faim dans la Corne de l’Afrique. Plus au sud, en Ouganda notamment, l’augmentation du prix des denrées alimentaires fait basculer de nombreuses familles dans un véritable cauchemar, de même au Burundi où des milliers de personnes manquent cruellement de nourriture après de fortes pluies ayant détruit de nombreuses récoltes. Au Moyen-Orient, c’est la morelle jaune que l’on redoute, une mauvaise herbe qui détruit les cultures en suçant l’eau et les nutriments du sol et dont les baies sont un véritable poison pour le bétail. Enfin, le Programme Alimentaire Mondial doit faire face à de nouvelles inquiétudes quant au financement de l’assistance alimentaire destinée à des millions de personnes en Afghanistan.
Mai
Alors que le mois d’avril avait annoncé une baisse du prix des produits alimentaires, le mois de mai connait une certaine stabilité de ces prix. Dans le même temps, la FAO met en garde contre le phénomène de l’accaparement des terres et affirme dans un rapport que le tiers des aliments produits chaque année dans le monde pour la consommation humaine – soit environ 1,3 milliard de tonnes – est perdu ou gaspillé. Enfin au Sri Lanka, en raison de graves inondations et d’une pénurie généralisée, les prix du riz et du blé sont parmi les plus élevés de la région.
Juin
Le mois de juin s’ouvre avec une nouvelle édition du rapport de la FAO sur les prix alimentaires, lequel annonce que les prix internationaux des denrées alimentaires de base devraient rester soutenus et instables jusqu’à la fin de l’année. Un autre rapport affirme même que les prix des céréales entre 2011 et 2020 pourraient dépasser en moyenne de 20 % les niveaux de la période 2001-2010.
En Libye, le PAM retourne à Misrata avec un quatrième bateau depuis le début de la crise tandis que de plus en plus, la sécheresse menace des millions de personnes vivant dans la Corne de l’Afrique. Selon Josette Sheeran, Directrice exécutive du PAM, près de 9 millions de personnes – dont beaucoup de femmes et d’enfants – seraient menacées par cette crise face à laquelle le Programme alimentaire mondial compte lutter pour nourrir plus de 6 millions de personnes parmi les plus vulnérables mais avec des ressources limitées.
Dans le même temps, l’aide alimentaire du PAM atteint 26 500 personnes dans le Kordofan-Sud au Soudan, région touchée par un conflit armé. À Madagascar, ce sont les criquets qui menacent les moyens de subsistance de 13 millions de personnes.
Juillet

Ces enfants reçoivent un traitement contre la malnutrition sévère à l’hôpital de Médecins sans Frontières dans le camp de Dadaab (Kenya). Ils reçoivent un traitement nutritionnel de l’UNICEF, tandis que les mères reçoivent des rations alimentaires du PAM. © WFP/Rose Ogola
Le mois de juillet commence avec une nouvelle hausse des prix alimentaires, tandis que dans le même temps le PAM estime que le nombre de personnes dans la Corne de l’Afrique nécessitant une assistance alimentaire devrait atteindre les 10 millions dans les semaines à venir en raison de la sécheresse, de la hausse des prix alimentaires et du carburant, ainsi que du conflit. En parallèle, la FAO invite la communauté internationale à déployer tous les moyens politiques, moraux et financiers nécessaires pour affronter de manière intégrée la crise qui s’aggrave dans cette région de l’Est de l’Afrique. Une dizaine de jours plus tard, le Programme Alimentaire Mondial déclare que ce sont finalement 11,3 millions de personnes qui nécessitent une aide alimentaire d’urgence dans la région et érige cette crise au rang de première priorité humanitaire dans le monde.
Le 20 juillet, la FAO évalue à 120 millions de dollars les fonds nécessaires pour faire face à la sécheresse dans la Corne de l’Afrique et fournir une assistance rapide à l’agriculture. Le 25 juillet se tient à Rome une réunion internationale « pour sauver la Corne de l’Afrique », organisée par la FAO à la demande expresse de la présidence française du G20, en présence de Ministres et représentants de haut niveau des 191 pays membres de la FAO, de représentants d’autres agences des Nations Unies et de responsables d’organisations internationales et d’organisations non gouvernementales. Cette réunion aboutit notamment à des promesses de dons s’élevant à 250 millions de dollars pour le PAM de la part de l’Australie, du Canada, de la France, de l’Allemagne, de l’Irlande, du Japon, du Royaume d’Arabie Saoudite, de Monaco, de Suède, du Royaume-Uni, du Fonds central pour les interventions d’urgence des Nations Unies (CERF) et des États-Unis.
Août
Une femme avec son enfant malnutri faisant la queue pour manger dans un camp de PDI à Mogadiscio. © UN Photo/Stuart Price
Le 5 août, la FAO tire la sonnette d’alarme sur la nécessité d’une intervention immédiate pour sauver la vie et sauvegarder les moyens d’existence de millions d’agriculteurs et d’éleveurs dans toute la Corne de l’Afrique victime de la sécheresse. En effet, des communiqués des Nations-Unies indiquent que la détresse des personnes déplacées par la sécheresse, des femmes et des enfants surtout, était encore en train de s’aggraver. Selon d’autres rapports, les forces gouvernementales et les milices d’Al-Shabab entraveraient même la distribution de l’aide dans les régions qui sont entre leurs mains.
Par conséquent, une réunion opérationnelle de haut niveau est organisée par la FAO le 18 août 2011 afin que des mesures urgentes et concrètes soient prises afin de renforcer la réponse internationale face à l’aggravation de la crise dans la Corne de l’Afrique. Les participants de cette réunion, parmi lesquels se trouvaient des ministres de l’agriculture des pays de la Corne de l’Afrique, des ministres et des représentants des Etats membres de la FAO, de l’Union africaine, de la Présidence du G20 (France), du Fonds international de développement agricole (FIDA), du Programme Alimentaire Mondial, le représentant du Secrétaire général de l’ONU, de l’Oxfam et de nombreuses autres organisations internationales et de la société civile, concluent sur la nécessité de miser sur une approche à deux fronts: d’une part, des interventions ciblées sur les secours d’urgence, et d’autre part, une réponse aux causes profondes du problème ainsi que le renforcement de la capacité d’adaptation des populations touchées aux chocs futurs. Le 25 août, alors que les gouvernements du monde entier se réunissent en Ethiopie pour une conférence internationale d’annonce de contributions visant à recueillir une aide accrue pour la Corne de l’Afrique, la FAO en profite pour mettre en garde les gouvernements présents sur les éventuels retards de financements destinés au relèvement de l’agriculture.
Dans le même temps, tandis que la tempête tropicale Emily se rapproche dangereusement d’Haïti, le PAM annonce qu’il est d’ores et déjà prêt à fournir une assistance alimentaire d’urgence en cas de besoin.
Septembre
Tandis que les cours mondiaux des denrées alimentaires demeurent quasiment stables, la famine continue de s’étendre en Somalie dans la région de Bay, pourtant l’une des zones les plus productives du pays.
En Haïti, le PAM rappelle que 4,5 millions de personnes n’ont toujours pas accès régulièrement à des quantités suffisantes d’aliments nutritifs, une année et demi après le séisme. Au Pakistan, 5,3 millions de personnes sont affectées par de nouvelles inondations dans la province du Sindh, au sud du pays. Sans plus attendre, le PAM s’affaire à fournir une assistance d’urgence à environ 500 000 personnes avant la fin du mois et prévoit de d’accroître les livraisons afin d’atteindre 2,2 millions de personnes d’ici octobre. En parallèle, la FAO lance un appel pour obtenir 18,9 millions de dollars afin d’éviter l’escalade de la catastrophe dans les zones rurales.
Dans le même temps, un groupe d’ONG, dont Oxfam, Save the Children et ONE publie “une Charte pour éradiquer la faim“, laquelle énonce des mesures que les gouvernements et les dirigeants de la planète doivent prendre pour remédier aux causes profondes de la crise en Afrique de l’Est.
Octobre
Le mois commence avec la persistance des tensions sur les marchés céréaliers mondiaux malgré des perspectives de production encourageantes. Dans le même temps, deux importants rapport sur l’insécurité alimentaire pour l’année 2011 sont publiés. Le premier est le rapport annuel sur “L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde (SOFI 2011)” pour lequel la FAO, le Fonds international de développement agricole (FIDA) et le Programme Alimentaire Mondial ont collaboré ensemble et dans lequel il est redouté que la volatilité et la fermeté qui caractérisent les prix alimentaires persistent voire s’accentuent. Le second est le rapport annuel de “L’indice de la Faim dans le Monde 2011“, lequel a été publié par l’Institut international de recherches sur les politiques alimentaires (IFPRI), Welthungerhilfe et Concern Worldwide, en partenariat avec ACTED et Action contre la Faim. Ce rapport appelle à agir au plus vite pour réduire la hausse des prix afin de protéger les plus vulnérables, à s’attaquer aux caractéristiques du marché mondial qui déterminent la volatilité, y compris en mettant en place des stocks grâce à une coordination des réserves alimentaires internationales et à un partage de l’information sur les marchés alimentaires et à la mise en place de politiques de lutte contre la faim, tant au niveau national qu’international.
Ce même mois, au Pakistan, le Programme Alimentaire Mondial continue de renforcer les livraisons de nourriture vers les zones les plus touchées par les inondations et parvient ainsi à venir en aide à 1,2 million de personnes. Dans le même temps, l’organisation humanitaire appelle à des mesures rapides afin d’éviter une crise alimentaire majeure au Niger, pays toujours affaibli par une précédente crise moins d’un an auparavant et par conséquent incapable de faire face à un nouveau choc. Toujours dans la région sahélienne, la FAO demande à ce que des mesures d’urgence soient mises en place pour conjurer une crise humanitaire et alimentaire imminente dans deux régions accablées par les conflits à la frontière entre le Soudan et le Sud-Soudan, régions dans lesquelles au moins 235 000 personnes auraient besoin d’une aide. Dans le même temps, les États-Unis procèdent à un don record de 56 millions de dollars afin de renforcer les activités de nutrition du PAM pour les personnes séropositives en Éthiopie. Plus à l’Est, le PAM fait part de son inquiétude grandissante du fait de voir de plus en plus de Yéménites sombrer dans la faim alors que l’organisation vient déjà en aide à 3,5 millions de personnes vulnérables.
En France, ce sont deux sujets qui agitent de plus en plus les esprits. D’une part les associations de solidarité regrettent amèrement que le Conseil des ministres européens de l’agriculture ait refusé de voter l’évolution du Programme européen d’aide aux plus démunis (PEAD) et pour lequel une prolongation serait pourtant le seul moyen de répondre aux besoins des 18 millions d’Européens les plus démunis. Les associations dont les Restos du cœur, la Croix-Rouge Française, le Secours Populaire Français et les Banques alimentaires tentent d’alerter l’opinion publique et les responsables européens en avertissant que rien qu’en France, si le PEAD ne venait pas à être prolongé, 130 millions de repas ne pourraient plus être distribués. En effet, le PEAD représente 23 % à 55 % des denrées distribuées par les associations françaises. D’autre part, le Sommet du G20 prévu pour les 3 et 4 novembre se prépare à Cannes. Plusieurs organisations humanitaires internationales majeures dont Action Contre la Faim se mobilisent afin de transmettre sept propositions aux dirigeants du G20 pour permettre de combattre la malnutrition et la faim, parmi lesquelles assurer que les politiques agricoles, de sécurité alimentaire et de développement fassent de l’impact nutritionnel un objectif prioritaire, notamment pour les personnes qui en ont le plus besoin, ou encore respecter les engagements financiers déjà annoncés, notamment les 22 milliards de dollars promis pour la sécurité alimentaire lors du Sommet du G8 de 2009.
Novembre
Tandis que l’indice des prix alimentaires subit une baisse, Action Contre la Faim dénonce l’attitude du G20 consistant à éclipser le sort des 925 millions d’affamés dans le monde en s’occupant prioritairement la crise grecque. Le PAM quant à lui accueille avec soulagement le fait que le G20 se soit mis d’accord pour que les denrées alimentaires à usages humanitaires achetées par le PAM ne soient pas sujettes aux restrictions des exportations, ni aux taxes extraordinaires.
Le mois de novembre est également celui qui voit la naissance du sept milliardième être humain sur Terre, événement suscitant notamment des craintes quant à l’augmentation de la population mondiale et les difficultés à fournir une quantité suffisantes de produits alimentaires (véritable non-problème, lire à ce sujet l’article Insécurité alimentaire: En finir avec le mythe de la surpopulation mondiale). En République Populaire de Corée du Nord, le PAM et la FAO se réjouissent de l’amélioration des récoltes mais rappellent que le pays doit encore trouver un moyen de combler un déficit de 414 000 tonnes de céréales. Au Cambodge, suite aux pires inondations dans le pays depuis dix ans, le PAM renforce son soutien en fournissant une assistance alimentaire aux 60 000 personnes les plus touchées, de même en Amérique centrale où 300 000 personnes au Guatemala, au Honduras, au Salvador et au Nicaragua reçoivent une aide alimentaire du PAM suite aux dernières inondations.
Et tandis que Madagascar fait face à une nouvelle augmentation du prix du riz, la pluie tombe enfin en Somalie, suscitant ainsi un peu d’espoir pour la prochaine récolte. Cette bonne nouvelle est néanmoins atténuée par les craintes d’une épidémie du virus du manioc en Afrique de l’Est, menaçant par conséquent la sécurité alimentaire dans cette région où le manioc est un aliment pouvant assurer jusqu’à un tiers des apports caloriques totaux des personnes. Durant le mois de novembre se tient également une réunion des ministres de l’Agriculture du Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS) sur la situation de la sécurité alimentaire dans la région du Sahel, où des pays comme la Mauritanie, le Burkina Faso, le Tchad et le Niger souffrent d’un déficit pluviométrique et de l’insécurité alimentaire persistante.
En Europe, c’est avec soulagement que les associations de solidarité accueillent le maintien du PEAD pour 2012 et 2013.
Décembre
Durant le dernier mois de l’année, les prix alimentaires restent pratiquement inchangés, ce qui n’empêchent en rien au Sahel de voir se profiler une énième crise alimentaire. Oxfam prévient dès lors que des millions de personnes risquent de vivre une grave crise alimentaire si aucune action rapide n’est entreprise, d’autant plus que dix millions de personnes vivant dans cette région ont déjà connu une crise alimentaire majeure en 2010. La situation est en effet des plus inquiétantes : tandis que l’on constate au Mali l’avancée constante du désert, le Niger lui aussi frappé par la sécheresse fait face à une continuelle augmentation des prix alimentaires, le Tchad se prépare à une crise alimentaire pire qu’en 2009 et 2,5 millions de personnes au Sud-Soudan nécessitent de recevoir une aide alimentaire. Dans la Corne de l’Afrique, Djibouti ressent également les effets de la sécheresse, de telle sorte qu’un enfant sur cinq souffre de malnutrition. Le Yémen est également touché par une grave crise alimentaire, à tel point que des travailleurs humanitaires vont jusqu’à affirmer que les données sur la malnutrition au Yémen devraient choquer. Contre toute attente toutefois, des stars de football décident de se mobiliser afin recueillir des fonds pour lutter contre la faim en Afrique.
Le mois de décembre est également marqué par le soutien du PAM à la population des Philippines victime de la tempête tropicale Washi, avec la fourniture d’une aide alimentaire aux personnes les plus touchées. Notons enfin l’excellente intervention d’Olivier de Schutter, Rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation, selon qui l’approche de la sécurité alimentaire de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) se base sur des règles de commerce entre les pays et ne prennent pas suffisamment en compte les besoins des populations vulnérables, et de rajouter que « le droit à l’alimentation n’est pas un produit commercial, il faut cesser de le voir comme tel ».
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