Il est un mal récurrent de notre planète, jusqu’à devenir dans certaines régions du Monde une de leurs seules caractéristiques que le temps ne parvient pas a effacer, si ce n’est à accroitre son importance. Le problème de l’alimentation – sous-nutrition et/ou malnutrition – est un canon perpétuellement braqué sur ces pays où la moindre sècheresse ou encore le risque de précipitations pluvieuses extrêmes décident d’une année sur l’autre, telle une roulette russe, qui périra de faim ou de soif et qui se verra offrir au contraire une année de répit.
La réalité est d’autant plus cruelle que tandis que la société occidentale devient de plus en plus riche, les pays du Sud – ceux aussi que l’on nomme pays sous-développés, en développement ou du Tiers-Monde – ne parviennent pas à connaître le moindre délai pour permettre à leur économie de se pérenniser ou mettre en place une agriculture rentable leur donnant accès à la suffisance alimentaire. Il s’agit d’un problème dont les symptômes ne tiennent pas seulement leur origine de l’aléa climatique, mais aussi et surtout du seul jeu des puissants de ce monde, celui de l’affameur face à l’affamé.
Un milliard d’affamés.
Les chiffres parlent d’eux mêmes. De plus de 850 millions de personnes affamées dans le monde en 2008, notre planète compte aujourd’hui 1,02 milliards de personnes souffrant de troubles de l’alimentation depuis 2009. Toutes les six secondes un enfant en meurt quelque part dans le monde et plus de 60 pour cent des personnes qui souffrent de faim chronique sont des femmes. Or, en l’état actuel des moyens de production agricoles, la planète pourrait nourrir sans problème douze milliards d’êtres humains alors que nous ne sommes que la moitié de ce nombre…
Le problème est tel, et les besoins alimentaires tellement grandissants que plusieurs émeutes ont éclaté dans le monde en 2008, notamment suite à l’augmentation du prix des céréales. À titre d’indication, le maïs avait vu son prix flamber de 31 %, le riz de 74% et la valeur du blé plafonnait alors à plus de 130% par rapport à l’année précédente. Aujourd’hui, s’il n’est plus question pour le moment d’émeutes liées à la faim, le problème persiste toujours puisque des Etats tels que le Yémen, les pays du Sahel et les ONG ont alerté la communauté internationale d’une inévitable crise alimentaire dans les prochains mois et dont les ravages se font d’ors et déjà sentir.
Au Niger, pays de convoitises et de famine.
Le cas de la République du Niger est un exemple typique de ces pays dits du Tiers Monde qui, malgré leur fort potentiel de ressources tant minières que pétrolières, doivent faire face à des crises alimentaires successives. Selon l’indice de développement humain du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le Niger se classait en 2000 au deuxième rang des pays les plus pauvres au monde. Ces deux dernières années, les faibles voire erratiques précipitations ont causé de graves pénuries de vivres et de fourrage dans certaines régions du pays, et concourent aujourd’hui à la hausse du prix des céréales et la chute des prix du bétail.
Les risques de famine dans les prochains mois sont donc d’ors et déjà à prévoir. Les ONG locales recensent 10 millions de personnes touchées par la crise alimentaire au Sahel, dont quelques 7,8 millions sont nigériennes, soit plus de la moitié de la population du Niger. Si des mesures urgentes ne sont pas prises dans les 12 prochains mois, ce sont plus de 1,5 million d’enfants qui risquent d’être touchés par la malnutrition dans ce pays. Le bétail lui non plus n’est pas épargné, puisque un million de têtes et plus risquent d’être décimées. Ainsi, l’ONU a lancé un appel dernièrement, avec l’objectif de trouver 130 millions de dollars, en plus des 57 millions de dollars déjà versés ou promis, pour essayer de faire face à l’insuffisance alimentaire au Niger.

Mine d'uranium d'AREVA à ciel ouvert au Niger
Pourtant, si le Niger souffre d’une insuffisance alimentaire chronique, il n’en reste pas moins dépourvu de richesses naturelles. En effet, il regorge d’or, de fer, de pétrole, et possède également la mine d’uranium considérée comme la plus importante de toute l’Afrique et la deuxième du monde. Une entreprise française, AREVA, est présente dans le pays afin d’y extraire ce minerai tant convoité, et ce de la manière la plus discutable qu’il soit. Avec un chiffre d’affaire qui s’établit à 8 529 millions d’euros en augmentation de 5,4 % par rapport à l’année précédente, les populations nigériennes ne connaissent en effet aucune retombée bénéfique. Pire, AREVA participe depuis plusieurs dizaines d’années à la spoliation des terres agro-pastorales, poussant ainsi des familles entières à quitter leur domaine, néglige la protection de la faune et de la flore aux alentours des mines (contamination radiologique des ressources en eau, épuisement de nappes fossiles et autres pollutions annexes), et met en danger la santé des riverains de ses cités minières comme l’a indiqué un récent rapport de Greenpeace.
Ainsi, loin pourtant de ne posséder aucun potentiel économique, la population nigérienne subit la mainmise des grands de ce Monde, véritable Maîtres dont le seul et unique sacerdoce reste le profit au détriment de millions de personnes. De là à penser que l’électricité que nous consommons (76 % de l’énergie française est produite par les centrales nucléaires) ne soit couverte de sang, il n’y a qu’un pas.
Les maitres du Monde.

Jean Ziegler
La situation du Niger n’est pas un cas isolé, car beaucoup d’autres pays dans le monde doivent faire face à une crise alimentaire dont les tenants ne sont pas seulement les sécheresses ou les inondations, mais sont aussi du fait des Maîtres du Monde: investisseurs privés, bourses mondiales, Banque mondiale et Fond Monétaire International (FMI).
Ce dernier avec le soutien de la Banque Mondiale a pour exemple imposé au Niger mais également à tous les autres Etats sollicitant son « soutien » un ajustement structurel doublé d’une politique de privatisation et de libéralisation à outrance provoquant des effets négatifs sur la situation nutritionnelle et sociale dans la plupart de ces pays. La conséquence d’un tel réajustement n’a pas tardé à se faire sentir au Niger, puisque comme l’a indiqué Jean Ziegler, ancien rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation, « la privatisation de l’Office national vétérinaire produit des conséquences néfastes. Beaucoup d’éleveurs ne peuvent plus payer les prix exorbitants des vaccins, des vitamines et des médicaments antiparasites, exigés par les commerçants privés. Quant à la validité de ces produits vétérinaires, aucun contrôle n’existe plus. Niamey est à près de mille kilomètres des ports de l’Atlantique (Cotonou, Lomé, Abidjan). Souvent les commerçants mettent sur le marché des vaccins et médicaments périmés. Les bêtes meurent. Les familles sont ruinées. » La libéralisation économique de ces pays ne fait ainsi rien de pire qu’éliminer tous les soutiens à l’agriculture.
Les investisseurs privés quant à eux ne gardent comme seul et unique but la possibilité d’acquérir des bénéfices. Sachant que les besoins alimentaires mondiaux continuent à croître, ceux-ci sont de plus en plus nombreux à se tourner vers l’agriculture afin de conserver la mainmise sur les ressources de base tout en rentabilisant leur investissement en maintenant les prix élevés.
Autre problème, l’accaparement des terres arables.

Acquisition de terres arables par pays
Selon Olivier de Schutter, l’actuel rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation, près de 20 millions d’hectares de terres arables auraient fait l’objet de négociations dans le monde depuis 2006, soit l’équivalent de la surface arable française. Certains Etats n’hésitent pas en effet à acquérir d’immenses surfaces agricoles d’autres pays afin que la production qui s’en suivra soit directement exportée à destination de l’Etat acquisiteur. Depuis les récentes crises alimentaire et financière, les gouvernements mais aussi les investisseurs financiers tentent de garantir d’une part la capacité de leur production agricole et leurs futurs stocks alimentaires, et d’autre part à s’assurer que ces actifs leur fourniront de grands dividendes avec la production d’agrocarburants, de caoutchouc, d’huile. À ce rythme, il est estimé selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) que d’ici à 2050, la production agricole augmentera de 70 % pour répondre à la croissance démographique mondiale.
L’accaparement des terres arables à grande échelle des pays en développement pose à cet égard plusieurs problèmes. D’abord environnementaux, puisque des Etats comme l’Indonésie n’hésitent plus à déboiser des forêts entières afin d’y installer les productions d’huile de palme étrangères. Se pose aussi le problème des expulsions forcées, les terres agricoles et les forêts étant soustraites au contrôle des petits producteurs et autres paysans.
De telles politiques menées sans le consentement des populations constituent de cette manière une violation du Pacte international relatif aux Droits économiques sociaux et culturels et entrent en contradiction directe avec la Convention des Nations Unies sur les droits des peuples indigènes, car trop souvent les négociations ne se font qu’entre les gouvernements et/ou les firmes multinationales.
Retards, désorganisation, et manque de fonds.
Jacques Diouf, directeur général de la FAO, déclara en 2008, que 30 milliards de dollars par an étaient nécessaires pour éradiquer le fléau de la faim dans le monde. À l’issue du dernier sommet consacré à la FAO, les Etats présents se sont engagés à allouer seulement 20 milliards de dollars sur trois ans. Ces mêmes Etats membres de l’ONU cherchent également à diminuer chaque année le budget de la FAO (aujourd’hui de 370 millions de dollars par an, soit 20 % de moins depuis 1995), tout comme le Programme Alimentaire Mondial (PAM), qui était à court de fonds pour début 2009.
En ce début d’année 2010, le Programme alimentaire mondial a tenu a rendre public qu’il aura épuisé d’ici à la fin du mois de juin les réserves de vivres dont il dispose, en raison du fait qu’il n’a encore reçu que l’unique quart de son budget annuel pour 2010 (25,6 millions de dollars sur 103,2 millions). Cette même année, en février, toujours en raison d’un manque de financements, le PAM a réduit ses rations alimentaires à 72 pour cent des besoins quotidiens en kilocalories pour les personnes déplacées et à 90 pour cent pour les réfugiés, poussant ainsi l’ONG à emprunter 4,8 millions de dollars, puisés dans son Compte d’intervention immédiate afin de pouvoir distribuer des vivres jusqu’à la fin du mois de juin.
Enfin, dans le cadre de l’Objectif du Millénaire pour le Développement, il a été promis par les Etats d’améliorer l’aide à l’accès a l’eau potable et à son assainissement, puisque 2,6 milliards de personnes dans le monde vivraient dans les conditions les plus déplorables qu’il soit. Cet objectif prévoit donc que cela ne soit plus le cas pour la moitié de ces personnes d’ici 2015. Pourtant, au rythme des avancées du financement et de la mise en oeuvre d’un tel objectif, celui-ci ne sera pas atteint avant… 2200, comme l’indique un rapport publié par le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), selon qui les aides liées au développement et affectées à l’eau ne cessent de diminuer depuis une dizaine d’année.
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