Ce qu’est devenu l’esprit du football: luxe, profit et illusion.

31 05 2010

La nouvelle est tombée pas plus tard que cette semaine: la France aura l’immense honneur d’organiser la Coupe d’Europe de Football en 2016. La joie est nationale et contient même des relents politiques, puisque le Président de la République aurait même « mouillé personnellement le maillot ». De là à dire que cela suffira à redorer son blason, n’exagérons pas.
Mais d’ailleurs, pourquoi tant d’enthousiasme face à ce sport dont les valeurs – esprit d’équipe, sport populaire ou encore facteur d’intégration sociale et culturelle – sont depuis bien longtemps périmées. Ne serait-il pas plus exact d’affirmer que l’esprit du football ne tient plus qu’au luxe, à la course au profit et plus encore à des illusions ? Coup de sifflet, place aux arguments.

Le football, cette aubaine pour les organisateurs sportifs.

Commençons par ce qui reste à ce jour de plus scandaleux, à savoir le montant des tranferts des joueurs d’un club de foot à un autre. Retenons un record, celui de 94 millions d’euros qui furent déboursés lorsque Cristiano Ronaldo alors engagé sous les couleurs de Manchester United fut engagé par le Real Madrid. Chaque année devient alors l’occasion d’assister à la valse des joueurs et des dizaines de millions qui accompagnent chaque transfert, toujours plus scandaleux les uns que les autres, sans pour autant que les responsables n’éprouvent de remord à mobiliser autant de fonds uniquement pour du sport et un joueur à la fois.
Et que dire au sujet de tout le marketing équipementier qui alimente davantage encore ce juteux marché à des prix qui restent exorbitants en comparaison à leur cout de production. Comptez au moins 50 euros pour le maillot d’une équipe, autant pour une paire de chaussures, et minimum une quinzaine d’euros pour un ballon… Un sport populaire – donc accessible à tous – vous disiez ?
Continuons en abordant la question du montant des droits télévisés pour la retransmission des matchs. En France, les droits télévisés du championnat de France de Ligue 1 et de Ligue 2 – sans inclure les droits vendus à l’étranger – s’élevaient en 1984-1985 à 2 millions d’Euros tandis qu’ils n’ont cessé depuis de croitre jusqu’à atteindre pour la période de 2008-2012668 millions d’euros par saison. Quant à la retransmission de la Coupe du Monde, ces droits étaient de 95 milliards d’euros en 1998 et ont plafonné en 2006 à hauteur de 1055 milliards d’euros. De l’autre coté de la Manche, les droits télévisés et internet ont rapporté plus de 4 milliards d’euros aux équipes de la Premier League de football anglais entre 2007 et 2010.
Aujourd’hui, l’engouement que suscitent les recettes financières créées par le football sont telles que plusieurs clubs de football sont même cotés en bourse. Une effervescence qui, comme on s’en doute, ne parvient pas non plus à freiner les délits de corruption qui gangrènent une partie des matchs.

Des joueurs plus branchés bling-bling que goals.

Les joueurs Anderson et Ronaldo à coté de leur bolide

Les joueurs ne se font pas entendre uniquement après une éventuelle défaite ou victoire lors d’un match. Certains font aussi parler d’eux chaque année, lorsque sont révélés leurs salaires annuels, les plus importants tournant généralement autour de 30 millions d’euros. Quoi qu’il en soit, il reste possible de se douter des salaires mirobolants qu’ils perçoivent rien qu’en observant leur train de vie. Accompagnés bien souvent de jeunes femmes qui sont habillées par les grandes marques, ils conduisent pêle-mêle une Porsche, une Ferrari, ou encore une Mercedes haut de gamme. Rien de tel donc pour évaluer la modestie de chacun de ses joueurs. Ne parlons pas non plus des derniers scandales ayant frappés plusieurs footballeurs français qui, pourtant mariés, sont accusés d’avoir entretenu des relations sexuelles rémunérées avec une mineure. Enfin, ne nous attardons pas non plus sur le fait que ces mêmes joueurs soient [trop] souvent bien plus attachés à veiller sur leurs assurances – pour leurs jambes notamment – ou sur leur image dans telles ou telles publicités plutôt qu’utiliser leur popularité pour des oeuvres humanitaires, caritatives, bref, pour des réalisations autres que celles de leurs égoïstes désirs. Alors le foot, excellent moyen pour former son esprit d’équipe et de solidarité, ou simple modèle de vie pour les plus orgueilleux de la société ?

Illusions: Les espoirs perdus des jeunes et des plus pauvres.

Un enfant d'Ouganda jouant au foot

Le football n’agite pas que des billets. Il crée aussi du rêve pour des millions de personnes à travers le monde, et plus particulièrement pour des enfants. Certains d’entre eux vivent dans des favelas ou bidonvilles, et n’ont à l’esprit ainsi qu’à leurs pieds qu’une seule chose capable encore de les faire rêver d’un avenir meilleur: un ballon de football. Souvent sans chaussures, portant des vêtements salis, qu’ils vivent en Afrique ou en Amérique du Sud, ils s’identifient à un ou plusieurs joueurs de la même origine, et voudraient à leur tour briller… mais surtout exister aux yeux du monde.
C’est ainsi que de jeunes joueurs africains se voient recrutés sans pour autant que cela se fasse dans les règles édictées par la FIFA, les laissant de cette façon à la merci des agents ou entraineurs peu scrupuleux lorsqu’ils finissent par être envoyés en Europe. Dans la même lignée, il arrive que des clubs européens installent quelques centres de formation dans ces pays et profitent d’une main-d’œuvre peu chère tout en bénéficiant de plus grands profits par la suite avec la revente de joueurs. Telle est la façon dont une partie de ces jeunes issus des bas-fonds du monde passent des acclamations rêvées à l’exploitation sans scrupule des apparatchik du ballon rond.

Quand l’esprit d’équipe fait la passe à la haine.

Qui n’a pas encore entendu parler de ces rivalités qui existent et persistent entre les supporters d’équipes, que l’on vive en France ou en Grande-Bretagne ? Plus que de simples rivalités, certains supporters entretiennent pour des raisons toutes aussi diverses qu’obscures une véritable haine qui se cristallise alors à la sortie des tribunes, quand elles n’ont pas lieu à l’intérieur même des stades, les joueurs subissant alors des jets d’objets tous aussi divers que variés.
Que l’on m’explique alors en quoi est-il possible de défendre et promouvoir un tel sport, lorsque celui-ci ne fait par moments qu’accroitre les tensions qui existent entre différentes communautés ou pays ? Rappelons-nous des différents supporters passés à tabac en France et ce jusqu’à la mort, ou encore des affrontements sanglants qui avaient eu lieu lors de la dernière Coupe d’Afrique des Nations à la suite des matchs joués entre l’Algérie et l’Égypte. Alors que le football devrait être un excellent moyen de fraternité, trop souvent celui-ci fait apparaitre de profondes appartenances identitaires ou nationales, lesquelles sont les ingrédients de base à la haine de l’autre.

L’euro 2016 en France: Qui paiera ? Qui sera plus riche que riche ?

Revenons-en donc à nos moutons, à savoir l’organisation de l’Euro 2016 par la France. Au vu des éléments cités plus haut, comment est-il encore possible de sauter de joie face à une telle annonce ? Au-delà de l’effervescence exagérée des médias, plusieurs questions devraient plutôt venir à l’esprit: Quelles seront encore les sommes engagées pour l’organisation d’un tel événement ? Combien de millions ou de milliards seront à nouveau reçus au bénéfice des joueurs, organisateurs et autres sponsors ? Plus grave, en quoi est-il si nécessaire de mobiliser 1,7 milliards d’euros issus directement de fonds publics pour la rénovation et/ou construction de stades, alors que le gouvernement et son Président, se sont attachés à réduire les déficits publics tout en augmentant la durée de cotisation à la retraite des travailleurs ? Il y a là un engouement que je ne comprends pas, et dont je n’aurais jamais pu douter jusqu’à présent qu’il soit aussi de nature politique. Du pain et des jeux – panem et circenses – disait-on à Rome. À défaut d’avoir le premier, il nous sera donné le second, histoire de nous faire oublier l’espace de quelques jours les méandres des réalités économiques et sociales qui frappent une grande partie des français, mais dont visiblement, la résolution ni les fonds ne sont à l’ordre du jour.





Retraites: cette réforme qui doit être menée sans occulter l’idéal de justice et d’égalité sociale.

23 05 2010

Tous les médias en parlent, le gouvernement s’active et les foyers s’en soucient: l’âge légal du départ à la retraite risque d’être repoussé. Et pour causes, les effets latent du baby boom de l’après guerre, c’est-à-dire les départs de plus en plus nombreux à la retraite – et des emplois de moins en moins renouvelés –, mais aussi les effets de la crise. Les Etats s’endettent, et la redistribution des richesses est mise à rude épreuve. L’objectif affiché du gouvernement est donc de collecter entre trois et quatre milliards d’euros.

Cela nous concerne tous, et tous autant que nous sommes nous devrons mettre la main à la patte – car cela ne fait aujourd’hui plus aucun doute, nous serons appeler à sacrifier encore quelques années pour les consacrer aux cotisations, et renflouer d’une certaine façon les caisses de l’Etat. Si le principe est fondamentalement bon, il ne faudrait pas toutefois pas occulter les autres sources d’économies et donc de revenus dont l’Etat pourrait allègrement bénéficier et sur lesquelles celui-ci devrait – ou aurait du – davantage cibler en priorité. Il est en effet question, au delà de l’endettement croissant de l’État, de privilégier des mesures qui conserveraient justice et égalité sociale au sein du pays.

Prenons l’exemple de la défense et de son budget colossal. Ne serait-il pas enfin temps de remettre en question l’utilité de ce qui représente sans aucun doute possible une source de dépenses toujours plus croissantes et en aucun cas rentables ? En 2008, le gouvernement français a consacré près de 65,7 milliards de dollars(soit 82,8 milliards d’euros, et 47,52 milliards d’euros en 2007) au budget de la défense nationale. Engagée sous l’égide de l’OTAN, la France a également dépensé plus de 330 millions d’euros en 2009 (et généralement plus de 200 millions d’euros par an) dans le conflit afghan sans pour autant y voir de résultats notables.

Autre sujet litigieux, la question de la rémunération des politiques, ou plus exactement le cumul des retraites suite à l’exercice de plusieurs mandats dans différentes fonctions: maire, député, ministre, président… Tandis que des millions de français verront leur durée de travail s’allonger, nos gouvernants quant à eux ne s’offusqueront visiblement jamais de cumuler sans état d’âme des retraites directement ponctionnées sur l’argent des contribuables et dont les montants restent bien loin de ce qui aurait pu s’apparenter à des sommes symboliques. Quant à l’idée de diminuer le salaire des concernés actuellement en poste au gouvernement, prenez garde à ne pas en outrer quelques uns ! Cela reste un sujet tabou ou du moins un privilège immuable sauf lorsqu’il s’agit de le tirer vers le haut…

Pourquoi ne pas non plus inciter les grandes entreprises françaises à participer au renflouement des caisses de l’Etat, au lieu d’axer la priorité sur la cotisation toujours plus longue des foyers ? Citons l’entreprise Total, dont le chiffre d’affaire s’élève à 131 milliards d’euros en 2009, et 180 milliards en 2008. Dans la même lignée, quand sera-t-il enfin établie une véritable limite aux « golden parachutes » ou parachutes dorés, ces primes de plusieurs millions d’euros dont bénéficient les PDG de ces fameuses grandes entreprises françaises lorsqu’ils quittent leur poste ? 8,5 millions pour Noël Forgeard à son départ d’EADS en 2006, 13 millions pour Antoine Zacharias lorsqu’il quitte Vinci en 2007 ou encore 3,2 millions d’euros attribués en 2009 à Thierry Morin, ancien dirigeant de Valéo.
Au côté de ces primes, parlons simplement des « simples retraites » de ces personnes qui restent à des niveaux pharamineux, à l’image de Daniel Bouton, ex Directeur Général de la Société Générale, qui depuis son départ en 2008 perçoit une retraite annuelle de 730 000 euros, soit 2 000 euros par jour. La situation socio-économique que nous vivons actuellement et qui risque d’empirer exigerait certainement dans une optique de justice et d’égalité sociale que les plus hautes retraites soient plus restreintes, puisqu’un million de retraités vivent actuellement sous le seuil de pauvreté, celui-ci s’élevant à 900 euros par mois.

S’il est donc urgent d’opérer des réformes concrètes et efficaces au sujet des financements des retraites, cela ne doit pas se faire au détriment de l’idéal de protection sociale et d’équité d’un pays qui se veut encore comme la proue d’un modèle d’Etat providence. Il existe sans aucun doute d’autres sources de financement, à la fois efficaces et novatrices, à tel point que l’idée de repousser l’âge légal des départs à la retraite n’aurait dû être que l’ultime recours de ces mesures nécessaires.





Le mal sans fin d’un Monde qui a faim.

4 05 2010

Il est un mal récurrent de notre planète, jusqu’à devenir dans certaines régions du Monde une de leurs seules caractéristiques que le temps ne parvient pas a effacer, si ce n’est à accroitre son importance. Le problème de l’alimentation – sous-nutrition et/ou malnutrition – est un canon perpétuellement braqué sur ces pays où la moindre sècheresse ou encore le risque de précipitations pluvieuses extrêmes décident d’une année sur l’autre, telle une roulette russe, qui périra de faim ou de soif et qui se verra offrir au contraire une année de répit.

La réalité est d’autant plus cruelle que tandis que la société occidentale devient de plus en plus riche, les pays du Sud – ceux aussi que l’on nomme pays sous-développés, en développement ou du Tiers-Monde – ne parviennent pas à connaître le moindre délai pour permettre à leur économie de se pérenniser ou mettre en place une agriculture rentable leur donnant accès à la suffisance alimentaire. Il s’agit d’un problème dont les symptômes ne tiennent pas seulement leur origine de l’aléa climatique, mais aussi et surtout du seul jeu des puissants de ce monde, celui de l’affameur face à l’affamé.

Un milliard d’affamés.

Les chiffres parlent d’eux mêmes. De plus de 850 millions de personnes affamées dans le monde en 2008, notre planète compte aujourd’hui 1,02 milliards de personnes souffrant de troubles de l’alimentation depuis 2009. Toutes les six secondes un enfant en meurt quelque part dans le monde et plus de 60 pour cent des personnes qui souffrent de faim chronique sont des femmes. Or, en l’état actuel des moyens de production agricoles, la planète pourrait nourrir sans problème douze milliards d’êtres humains alors que nous ne sommes que la moitié de ce nombre…
Le problème est tel, et les besoins alimentaires tellement grandissants que plusieurs émeutes ont éclaté dans le monde en 2008, notamment suite à l’augmentation du prix des céréales. À titre d’indication, le maïs avait vu son prix flamber de 31 %, le riz de 74% et la valeur du blé plafonnait alors à plus de 130% par rapport à l’année précédente. Aujourd’hui, s’il n’est plus question pour le moment d’émeutes liées à la faim, le problème persiste toujours puisque des Etats tels que le Yémen, les pays du Sahel et les ONG ont alerté la communauté internationale d’une inévitable crise alimentaire dans les prochains mois et dont les ravages se font d’ors et déjà sentir.

Au Niger, pays de convoitises et de famine.

Le cas de la République du Niger est un exemple typique de ces pays dits du Tiers Monde qui, malgré leur fort potentiel de ressources tant minières que pétrolières, doivent faire face à des crises alimentaires successives. Selon l’indice de développement humain du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le Niger se classait en 2000 au deuxième rang des pays les plus pauvres au monde. Ces deux dernières années, les faibles voire erratiques précipitations ont causé de graves pénuries de vivres et de fourrage dans certaines régions du pays, et concourent aujourd’hui à la hausse du prix des céréales et la chute des prix du bétail.
Les risques de famine dans les prochains mois sont donc d’ors et déjà à prévoir. Les ONG locales recensent 10 millions de personnes touchées par la crise alimentaire au Sahel, dont quelques 7,8 millions sont nigériennes, soit plus de la moitié de la population du Niger. Si des mesures urgentes ne sont pas prises dans les 12 prochains mois, ce sont plus de 1,5 million d’enfants qui risquent d’être touchés par la malnutrition dans ce pays. Le bétail lui non plus n’est pas épargné, puisque un million de têtes et plus risquent d’être décimées. Ainsi, l’
ONU a lancé un appel dernièrement, avec l’objectif de trouver 130 millions de dollars, en plus des 57 millions de dollars déjà versés ou promis, pour essayer de faire face à l’insuffisance alimentaire au Niger.

Mine d'uranium d'AREVA à ciel ouvert au Niger

Pourtant, si le Niger souffre d’une insuffisance alimentaire chronique, il n’en reste pas moins dépourvu de richesses naturelles. En effet, il regorge d’or, de fer, de pétrole, et possède également la mine d’uranium considérée comme la plus importante de toute l’Afrique et la deuxième du monde. Une entreprise française, AREVA, est présente dans le pays afin d’y extraire ce minerai tant convoité, et ce de la manière la plus discutable qu’il soit. Avec un chiffre d’affaire qui s’établit à 8 529 millions d’euros en augmentation de 5,4 % par rapport à l’année précédente, les populations nigériennes ne connaissent en effet aucune retombée bénéfique. Pire, AREVA participe depuis plusieurs dizaines d’années à la spoliation des terres agro-pastorales, poussant ainsi des familles entières à quitter leur domaine, néglige la protection de la faune et de la flore aux alentours des mines (contamination radiologique des ressources en eau, épuisement de nappes fossiles et autres pollutions annexes), et met en danger la santé des riverains de ses cités minières comme l’a indiqué un récent rapport de Greenpeace.
Ainsi, loin pourtant de ne posséder aucun potentiel économique, la population nigérienne subit la mainmise des grands de ce Monde, véritable Maîtres dont le seul et unique sacerdoce reste le profit au détriment de millions de personnes. De là à penser que l’électricité que nous consommons (76 % de l’énergie française est produite par les centrales nucléaires) ne soit couverte de sang, il n’y a qu’un pas.

Les maitres du Monde.

Jean Ziegler

La situation du Niger n’est pas un cas isolé, car beaucoup d’autres pays dans le monde doivent faire face à une crise alimentaire dont les tenants ne sont pas seulement les sécheresses ou les inondations, mais sont aussi du fait des Maîtres du Monde: investisseurs privés, bourses mondiales, Banque mondiale et Fond Monétaire International (FMI).
Ce dernier avec le soutien de la Banque Mondiale a pour exemple imposé au Niger mais également à tous les autres Etats sollicitant son « soutien » un ajustement structurel doublé d’une politique de privatisation et de libéralisation à outrance provoquant des effets négatifs sur la situation nutritionnelle et sociale dans la plupart de ces pays. La conséquence d’un tel réajustement n’a pas tardé à se faire sentir au Niger, puisque comme l’a indiqué Jean Ziegler, ancien rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation, « la privatisation de l’Office national vétérinaire produit des conséquences néfastes. Beaucoup d’éleveurs ne peuvent plus payer les prix exorbitants des vaccins, des vitamines et des médicaments antiparasites, exigés par les commerçants privés. Quant à la validité de ces produits vétérinaires, aucun contrôle n’existe plus. Niamey est à près de mille kilomètres des ports de l’Atlantique (Cotonou, Lomé, Abidjan). Souvent les commerçants mettent sur le marché des vaccins et médicaments périmés. Les bêtes meurent. Les familles sont ruinées. » La libéralisation économique de ces pays ne fait ainsi rien de pire qu’éliminer tous les soutiens à l’agriculture.
Les investisseurs privés quant à eux ne gardent comme seul et unique but la possibilité d’acquérir des bénéfices. Sachant que les besoins alimentaires mondiaux continuent à croître, ceux-ci sont de plus en plus nombreux à se tourner vers l’agriculture afin de conserver la mainmise sur les ressources de base tout en rentabilisant leur investissement en maintenant les prix élevés.

Autre problème, l’accaparement des terres arables.

Acquisition de terres arables par pays

Selon Olivier de Schutter, l’actuel rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation, près de 20 millions d’hectares de terres arables auraient fait l’objet de négociations dans le monde depuis 2006, soit l’équivalent de la surface arable française. Certains Etats n’hésitent pas en effet à acquérir d’immenses surfaces agricoles d’autres pays afin que la production qui s’en suivra soit directement exportée à destination de l’Etat acquisiteur. Depuis les récentes crises alimentaire et financière, les gouvernements mais aussi les investisseurs financiers tentent de garantir d’une part la capacité de leur production agricole et leurs futurs stocks alimentaires, et d’autre part à s’assurer que ces actifs leur fourniront de grands dividendes avec la production d’agrocarburants, de caoutchouc, d’huile. À ce rythme, il est estimé selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) que d’ici à 2050, la production agricole augmentera de 70 % pour répondre à la croissance démographique mondiale.
L’accaparement des terres arables à grande échelle des pays en développement pose à cet égard plusieurs problèmes. D’abord environnementaux, puisque des Etats comme l’Indonésie n’hésitent plus à déboiser des forêts entières afin d’y installer les productions d’huile de palme étrangères. Se pose aussi le problème des expulsions forcées, les terres agricoles et les forêts étant soustraites au contrôle des petits producteurs et autres paysans.
De telles politiques menées sans le consentement des populations constituent de cette manière une violation du Pacte international relatif aux Droits économiques sociaux et culturels et entrent en contradiction directe avec la Convention des Nations Unies sur les droits des peuples indigènes, car trop souvent les négociations ne se font qu’entre les gouvernements et/ou les firmes multinationales.

Retards, désorganisation, et manque de fonds.

Jacques Diouf, directeur général de la FAO, déclara en 2008, que 30 milliards de dollars par an étaient nécessaires pour éradiquer le fléau de la faim dans le monde. À l’issue du dernier sommet consacré à la FAO, les Etats présents se sont engagés à allouer seulement 20 milliards de dollars sur trois ans. Ces mêmes Etats membres de l’ONU cherchent également à diminuer chaque année le budget de la FAO (aujourd’hui de 370 millions de dollars par an, soit 20 % de moins depuis 1995), tout comme le Programme Alimentaire Mondial (PAM), qui était à court de fonds pour début 2009.
En ce début d’année 2010, le Programme alimentaire mondial a tenu a rendre public qu’il aura épuisé d’ici à la fin du mois de juin les réserves de vivres dont il dispose, en raison du fait qu’il n’a encore reçu que l’unique quart de son budget annuel pour 2010 (25,6 millions de dollars sur 103,2 millions). Cette même année, en février, toujours en raison d’un manque de financements, le PAM a réduit ses rations alimentaires à 72 pour cent des besoins quotidiens en kilocalories pour les personnes déplacées et à 90 pour cent pour les réfugiés, poussant ainsi l’ONG à emprunter 4,8 millions de dollars, puisés dans son Compte d’intervention immédiate afin de pouvoir distribuer des vivres jusqu’à la fin du mois de juin.
Enfin, dans le cadre de l’Objectif du Millénaire pour le Développement, il a été promis par les Etats d’améliorer l’aide à l’accès a l’eau potable et à son assainissement, puisque 2,6 milliards de personnes dans le monde vivraient dans les conditions les plus déplorables qu’il soit. Cet objectif prévoit donc que cela ne soit plus le cas pour la moitié de ces personnes d’ici 2015. Pourtant, au rythme des avancées du financement et de la mise en oeuvre d’un tel objectif, celui-ci ne sera pas atteint avant… 2200, comme l’indique un rapport publié par le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), selon qui les aides liées au développement et affectées à l’eau ne cessent de diminuer depuis une dizaine d’année.

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Ces larmes que n’auront jamais les armes.

19 03 2010

Menace terroriste, conflits qui s’internationalisent, volonté d’apparaitre comme une véritable puissance militaire ou simple paranoïa des Etats, l’industrie de l’armement est en pleine expansion. À tel point que nous assistons depuis une dizaine d’années à un doublement des dépenses mondiales liées à l’armement. Les chiffres en question suffisent à donner le tournis tant ils sont pharamineux, et concernent l’ensemble des Etats, qu’ils soient pauvres ou riches, empêtrés dans un conflit ou non. Décryptage de l’un de ces sulfureux marchés qui gangrènent notre Monde.

Des chiffres et des dollars.

Il faut entendre par « armement » tout ce qui se réfère au matériel militaire, allant des armes légères les plus accessibles jusqu’aux fusils mitrailleurs, les munitions qui les accompagnent, mais aussi les bombes, mines, et autres missiles dans toutes leurs diversités, pour enfin finir sur ce qui transportent et lancent ces derniers, à savoir les avions, les hélicoptères, les drones et les chars.
On estime ainsi que ce marché a généré à l’échelle mondiale 1200 milliards de dollars en 2007, et que ces ventes d’armes ont augmenté de 22% sur la période 2005-2009 par rapport aux cinq années précédentes.
S’agissant uniquement des armes dites légères, on en recenserait pas moins de 700 millions en circulation. Rajoutons à cela que 14 milliards de balles sont produites chaque année, soit deux par être humain. Enfin, ces armes légères contribuent à causer la mort de mille personnes par jour.
L’actualité française récente a aussi fait état d’un triste record puisque les ventes d’armement à l’étranger ont connu une net progression de 21 % en 2009, pour atteindre les 8 milliards d’euros, avec l’objectif affiché du gouvernement d’atteindre les 10 milliards d’euros en 2010. Quant à l’Allemagne, elle a doublé ces cinq dernières années ses exportations d’armes et vient de se hisser à la troisième place mondiale des exportateurs, devant la France et le Royaume-Uni, mais reste loin derrière les États-Unis.
Enfin, à titre d’information et de comparaison, le budget français réservé à la Défense plafonne autour des 30 milliards d’euros, tandis que le budget américain alloué à ce même domaine avoisinerait pour 2010 les 550 milliards de dollars ( soit 400 milliards d’euros). Dans ce budget, 5 milliards sont alloués au développement des drones.

Sans foi ni loi.

Viktor Bout

Cette course effrénée par les Etats du Monde n’est pas sans conséquences. Aussi méconnu qu’il soit, le marché à l’armement n’en reste pas moins l’un des marchés les plus lucratifs au monde. C’est ainsi que des réseaux parallèles et illégaux ont vu le jour, notamment depuis l’implosion de l’Empire soviétique, cédant aux plus offrants de ces trafiquants en devenir kalachnikovs, chars, et hélicoptères, parfois par containers entiers. Le plus connu de ces opportunistes reste certainement le russe Viktor Bout, que l’on désigne aussi sous le nom de « marchand de mort ».
Sans aucun remord, Viktor Bout, aujourd’hui arrêté en Thaïlande et en attente d’extradition, a contribué à alimenter en armes les conflits les plus meurtriers de la dernières décennie du XXème siècle, comme au Sierra Leone et au Liberia avec Charles Taylor, en Angola pour l’UNITA ou encore au Soudan, en Afghanistan pour les Talibans ou pour les FARC en Colombie, tout en contournant habillement les embargos imposés par l’ONU. Avec le même culot, le marchand de mort participa avec le PAM (Programme Alimentaire Mondial) dans des opérations humanitaires de grande envergure en mettant à disposition ses moyens logistiques, tel qu’il en a été le cas en Somalie, au Rwanda, ou encore après le tsunami de 2006 en Indonésie.

Cet engouement pour l’armement nous conduit par ailleurs à des contradictions les plus totales. L’Institut International de Recherche pour la Paix (SIPRI), basé à Stockholm vient ainsi de révéler que nombre de pays dont les populations souffrent de graves troubles alimentaires ont eu recours à des achats d’armes, bloquant ainsi de façon certaine les retombées économiques favorables au développement et aux améliorations alimentaires, sociales et sanitaires. Citons à titre d’exemple le Brésil, qui ne parvient toujours pas à se défaire de la sous-nutrition dans les zones rurales, mais qui pourtant s’apprête à acquérir 36 avions de combat. Il en est de même pour l’Asie du sud-est, où les importations d’armes depuis 2000 ont augmenté de 84 % en Indonésie et de 722 % en Malaisie.
L’achat d’armes par les Etats peut aussi servir à entretenir un macabre marché d’exploitation, tel qu’il en a été le cas en Sierra Leone et au Liberia, où les diamants de sang servaient notamment à financer l’armement des guérillas. Citons aussi l’exemple des talibans en Afghanistan, qui après avoir interdit la culture du pavot se servent de celle-ci depuis 2001 pour financer leur résistance et alimentent de la même manière l’approvisionnement en héroïne de l’Europe. Enfin en République Démocratique du Congo, les groupes armées se fournissent en armement auprès des Etats occidentaux en leur revendant leurs minerais utilisés notamment dans le domaine de l’électronique, au détriment des populations avoisinantes.

Ces armes destinées à rugir en temps de conflits ne sont pas non plus réservées qu’au seul usage des adultes. Dans certaines régions du monde, des enfants ont combattu ou combattent encore au coté de leur supérieurs adultes, kalashnikov, grenade ou lance-roquette à la main. Il était possible ces dernières années de les trouver en Iran durant la guerre Iran-Irak, au Liberia menés par Charles Taylor, au Sri Lanka sous la bannière des Tigres Tamouls, en Colombie avec les FARC, comme il est encore possible aujourd’hui de les voir se battre en République Démocratique du Congo, en Somalie, en Afghanistan et dans bien d’autres contrées du Monde.
Dans certains pays toutefois, les enfants ne connaissent pas le maniements des armes seulement en temps de guerre. C’est le cas de la Russie, qui dans le cadre de son groupe d’intervention d’élite du SPETSNAZ, recrute des adolescents en vue de les intégrer définitivement à leur majorité, et leur enseignent à travers divers entrainements les rudiments de la manipulation des armes, les différentes techniques de camouflage et de patrouilles, les méthodes de résistance à la torture, le combat au corps à corps

Dommages collatéraux.

Les armes, en temps de guerre ou à la suite d’un conflit, ne laissent pas de trace qu’au seul moment de leur utilisation. Ce sont en réalité de véritables bombes à retardement, qui peuvent briser plusieurs générations, tant psychologiquement que génétiquement. C’est ainsi que plusieurs dizaines d’années après la guerre menée au Vietnam, les armes chargées d’un agent toxique – l’agent orange – utilisées à l’époque ont toujours des conséquences désastreuses sur les populations actuelles. Il a ainsi été relevé d’innombrables cas de cancer des poumons et de la prostate, de maladies de la peau, du cerveau et des systèmes nerveux, des troubles respiratoire et circulatoire, des cécités, ainsi que diverses anomalies à la naissance: les enfants naissent sans jambes, sans bras, aveugles, avec des corps tordus.
Si l’agent orange n’est toutefois plus utilisé aujourd’hui, c’est au tour desbombes à uranium appauvride faire parler d’elles – au coté des bombes à phosphore blanc. Ces armes presque aussi puissantes qu’une bombe nucléaire « classique » mais ne déclenchant qu’un incendie peu comparable, ont été utilisées pour la première fois par les Etats-Unissur le sol irakien pendant la guerre du Golfe, puis lors de leur intervention au Kosovo et dorénavant en Afghanistan mais aussi par Israel. Aussi efficaces puissent-elles être d’un point de vue militaire, ces bombes sont une nouvelle fois un danger mortel de longue durée pour les populations qui, à la suite d’inhalation des composants de ces ogives en suspension dans l’atmosphère après leur explosion, par ingestion dans l’eau et les aliments contaminés, ou au travers des lésions cutanées éprouvent des symptômes de contamination radioactive. Aujourd’hui, les nouveau-nés souffrent de malformations congénitales, parfois hydrocéphales (boite crânienne anormalement développée) ou sans tête, sans membres, aveugles, tandis que d’autres encore naissent avec des anomalies du cœur, ou des poumons.

À qui profite le crime ?

Par l’intermédiaire du gouvernement des Etats et de leurs représentants lors de rencontres diplomatiques, les entreprises de l’industrie de l’armement ( Bouygues, Dassault, Saab, EADS… ) se retrouvent aux premières places des contrats signés prioritairement. Si la vente d’armes dans le cadre de visites courtoises peut paraître paradoxale, il n’en est pas moins choquant lorsqu’il s’agit de contrats effectués entre des pays dits démocratiques et des gouvernements totalitaires. Pensons dans ce cas à la France qui arme le Tchad, le Gabon ou la Chine. Le contexte politique peut aussi être porteur pour cette industrie. Ainsi, dopées par la peur quotidiennement entretenue par les médias et les politiques sur l’Iran, les ventes d’armes ont explosé dans la région, l’Arabie Saoudite souhaitant à titre d’exemple consacrer 36 milliards de dollars par an à sa défense sur les cinq prochaines années.
Mais cette honte des contrats d’armement ne s’arrête pas là. En effet, il se mêle à la cupidité des fournisseurs d’armes une avarice des plus malsaines. Tandis qu’au profit des pays exportateurs des Etats sont encouragés à s’endetter ou à dépenser inutilement des fonds exorbitants sous prétexte de la modernisation de leur armée ou se ruinent davantage dans le renouvellement des munitions nécessaires, les aides humanitaires sont en constante diminution. Il était estimé en 2008 par le Directeur Général de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) Jacques Diouf, que 30 milliards de dollars par an étaient nécessaires pour éradiquer le fléau de la faim dans le monde. À l’issue du sommet consacré pour l’occasion, les Etats présents se sont engagés à allouer seulement 20 milliards de dollars sur trois ans pour l’aide aux agriculteurs des pays pauvres. Rajoutons à cela que ces Etats membres de l’ONU cherchent à diminuer chaque année le budget de la FAO (aujourd’hui de 370 millions de dollars par an, soit 20 % de moins depuis 1995), tout comme le PAM (Programme Alimentaire Mondial), qui était à court de fonds pour début 2009. Le marché de l’armement quant à lui, paradait avec plus de 1 200 milliards de dollars de bénéfice en 2007.

Une alternative reste possible.

Óscar Arias Sánchez

Le 1er juillet 1968 a été signé le Traité de Non-Prolifération Nucléaire, afin de limiter le nombre d’Etats dotés de l’arme nucléaire et contenir l’augmentation et le perfectionnement des arsenaux des pays possédant déjà l’arme nucléaire. Entré en vigueur en mars 1970 après avoir été signé et ratifié par quarante Etats, ce Traité compte aujourd’hui 188 Etats parties. Pourtant, nous ne pouvons que tristement constater que d’autres pays se sont dotés de cette arme entre temps, comme cela fut officiellement le cas par l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord, et plus officieusement par l’Etat d’Israel. Dans l’hypothétique cas d’un nouvel Etat se dotant de l’arme atomique, pensons – mais avec précaution – à l’Iran, il est aujourd’hui nécessaire d’établir de véritables normes contraignantes limitant au mieux la prolifération. Mais cela doit aller de pair avec un véritable démantèlement mondial de la menace nucléaire. Comment peut-on en effet demander à un Etat quel qu’il soit, de ne pas se doter de cette arme tandis que d’autres la possèdent et en font un véritable outil de puissance et de dissuasion ? Tout n’est qu’histoire d’exemple. Il relève donc de la logique que les Etats souhaitant mettre fin à la menace nucléaire engagent concrètement en premier lieu un processus de dénucléarisation de leurs propres forces armées.
Il reste toutefois à l’heure actuelle un Etat qui pourrait servir d’exemple à la planète entière et à l’ensemble des gouvernants, un pays d’où peut surgir l’Espoir d’un Monde dont la priorité ne serait définitivement plus la course à l’armement. Il s’agit du Costa Rica, petit Etat luxuriant d’Amérique centrale, qui après une guerre civile il y a plus de 60 ans décida d’abolir son armée. Le résultat est aujourd’hui sans conteste. En cessant tout investissement dans l’armement et l’entretien de l’armée, le pays connait un taux d’alphabétisation de 96 % grâce au financement de ses universités, et un investissement massif dans les hôpitaux du pays avec comme conséquence une espérance de vie en constante augmentation, et un taux de mortalité due aux maladies bénignes en chute libre. Óscar Arias Sánchez, actuel Président du Costa Rica et Prix Nobel de la Paix eut cette réflexion: « Certains pensent que nous sommes vulnérables parce que nous n’avons pas d’armée. C’est exactement le contraire. C’est parce que nous n’avons pas d’armée que nous sommes forts ». Gageons qu’un jour nos gouvernants puissent penser ainsi, que la course aux armements et à leurs profits mirobolant fassent parti du passé, pour un futur exempté de la constante menace chimique, nucléaire ou d’une balle perdue, pour un Monde suffisamment digne d’accueillir nos enfants.

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Quand le racisme n’a pas le courage de dire son nom.

9 03 2010

Depuis plusieurs semaines et après vérification sur divers forums, il semble qu’une lettre volontairement xénophobe à l’encontre des sans-papiers et adressée à la rédaction du journal de 20h sur TF1 circule de mail en mail… Profondément mal à l’aise par les propos qu’elle contient, je me permets d’y répondre. Mais tout d’abord la voici:

«  Hier soir, dimanche 8 Novembre 2009, aux actualités du 20 heures, vous nous avez, à nouveau, sensibilisés au problème des « sans papiers » : c’est un leitmotiv récurant chez les journalistes…
Si je comprends bien l’angoisse de ces gens de vivre dans l’insécurité du lendemain, (car moi je les fréquente deux jours par semaine) je peux vous dire que votre reportage m’a fait bondir car vous occultez systématiquement une bonne partie du problème :

1 / Ils sont venus ici en connaissance de cause et en sachant qu’ils violaient les lois françaises sur l’immigration, et savaient très bien qu’ils devaient préalablement demander un visa.
2 / Ils travaillent illégalement « au noir » (car il faut bien qu’ils se nourrissent), en toute connaissance de cause, mais se servent ensuite de cet alibi pour réclamer, devant vos caméras compatissantes, la régularisation de leur situation: ils étalent ainsi leurs violations des lois françaises pour revendiquer leur régularisation : c’est un comble… et en plus vous les soutenez… faisant ainsi l’apologie de la violation de nos lois !!!
3 / Pourquoi n’avoir pas dit aux téléspectateurs que ces gens n’étaient pas aussi malheureux que vous voulez bien le faire croire (ils étaient tous en forme et chaudement vêtus) et que :
- Ils ont accès aux soins gratuits par l’AME ( Aide Médicalisée d’Etat ),
- Ils ont droit à la CMU dans l’attente de leur régularisation (et à la carte vitale que certains considèrent comme une véritable reconnaissance de leurs droits),
- Leurs enfants sont accueillis immédiatement et gratuitement dans nos écoles,
- Ils obtiennent des logements par des contacts déjà en place.
- Certains d’entre eux, régularisés, m’ont même dit que, maintenant qu’ils étaient en règle, ils avaient beaucoup plus de mal à trouver un emploi qu’avant !!!
- Je me permets de vous informer aussi que, pour beaucoup d’entre eux, la régularisation est un moyen d’avoir accès à beaucoup d’autres avantages sociaux ( et pas forcément au travail ) et qu’une fois régularisés, ils me font faire, par exemple, des dossiers MDPH pour faire reconnaître une invalidité ( pour eux ou leur femme ) afin de toucher l’AAH ( allocation adulte handicapé… sans avoir à travailler) !!!
4 / Quant aux demandes de nationalité française que je fais, elles concernent surtout des 50 ans et plus qui veulent pouvoir faire librement la navette entre leur pays du Maghreb et la France pour pouvoir se faire soigner chez nous: quelle motivation et quel amour de la France !!!

À titre d’exemple, je vous citerai l’histoire d’une jeune femme qui a fait venir sa mère de 80 ans, en France pour 3 mois en vacances touristiques: la mère n’est jamais repartie, est devenue « sans papier » et s’est faite opérée au titre de l’AME gratuitement d’une prothèse de la hanche ; puis elle s’est maintenue sous prétexte de soins consécutifs et a obtenu la régularisation de ses papiers. Elle sera ainsi soignée gratuitement jusqu’à la fin de ses jours alors qu’elle n’a jamais séjournée en France et n’a jamais cotisée !!!

Personnellement, je vois ces cas à longueur d’année ; je ne suis pas assise derrière un beau bureau, grassement payée, pour diffuser des messages humanitaires! Mais je peux vous dire qu’au rythme des entrées illégales actuelles, notre système social ne survivra pas longtemps: vous feriez bien d’y réfléchir et d’en informer les français: ça, ce serait de l’Information !!!
Continuez également, pendant que vous y êtes, à jouer les outragés quand on renvoie 3 afghans en situation irrégulière chez eux: croyez moi, vous allez encore faire bouillir beaucoup de téléspectateurs !!!

Sincères salutations. »

Vous l’aurez – je l’espère – tous autant remarqué que moi, l’amalgame franchement douteux que l’auteure fait à l’égard des sans-papiers est frappant. Même si Je conçois parfaitement que, qui que l’on soit, on ne soit pas d’accord sur divers sujets, s’il est question de critiquer, de remettre en question quelque chose, autant d’une part le faire intelligemment, et d’autre part le faire avec discernement. Je ne m’attarderai pas en revanche sur la fin de cette même lettre, car je vous laisse imaginer la profonde tristesse mêlée de malaise que cette phrase au sujet des trois afghans renvoyés de France il y a quelques mois a laissé en moi.

Quitte à critiquer, autant le faire en étant libéré de tout manichéisme et en évitant le chemin le plus facile à savoir: « tout est de leur faute, ils sont à l’origine de toute cette injustice, ils ne sont que des profiteurs ». Je ne vais pas faire ici l’avocat du Diable, car croyez-moi, le Diable n’est pas celui que l’on croit. Ainsi donc je m’apprête à défendre les personnes accusées dans cette lettre sans toutefois les excuser ! Remarquez l’importante nuance entre ces deux notions.

Répondons tout d’abord aux quatre accusations formulées:

1 – Dans certains pays, la demande de visa est systématiquement refusée. Parfois il arrive aussi que, même avec un visa obtenu, les autorités du pays refusent à leurs ressortissants de quitter le territoire. Je le sais, je l’ai vu de mes propres yeux lors de mon incursion au Togo, qui n’est pourtant pas le pays le plus restrictif en la matière envers ses citoyens. Comment voulez-vous donc que dans ces conditions, la personne en question ne cherche pas à contourner les lois pour quitter plus aisément son pays ?
2 – S’ils travaillent au noir, c’est justement parce qu’il leur est nécessaire d’obtenir des papiers pour être déclarés. CQFD, il n’y a rien à ajouter.
3 – Encore heureux qu’ils puissent obtenir de telles aides et que leurs enfants soient scolarisés ! Sincèrement, qu’auriez-vous espéré à leur place ? Quant au fait qu’ils soient tous chaudement vêtus, il me semble qu’il en est de même pour les SDF, et personne ne s’offusque qu’ils reçoivent du soutien.
4 – Énorme amalgame trahissant l’auteure, selon qui tous les sans-papiers ou du moins les plus âgés seraient des maghrébins. Ainsi nous voyons plus précisément où l’auteure veut en venir, qui sont les personnes qu’elles visent au travers de cette lettre.

Globalement, à en croire l’auteure (qui ne donne pas son nom… a-t-elle quelque chose à se reprocher ? N’assume donc-t-elle pas ses propos ?), tous les sans-papiers sans exceptions sont des profiteurs. Personnellement cela me choque, au même titre que n’importe quelle autre généralité. Dieu sait combien les généralités sont loin d’être vraies, et pourtant il est encore difficile de les effacer !
À titre d’exemple, voici deux grandes généralités complétement faussées, et libre à vous d’être d’accord ou non: Contrairement à ce que pense un nombre difficile à estimer de personnes, tous les sans-abris ne sont pas des assistés profitant à la fois du système et de la charité des passants. S’il existe des marginaux, comme beaucoup se plaisent à les appeler, tout SDF n’a pas volontairement décidé de partir vivre dans la rue au crochet des gens et de l’Etat.
Autre amalgame à la mode depuis plusieurs années, la situation israelo-palestinienne, tendant à faire passer l’ensemble des palestiniens pour des terroristes, des criminels dont l’occupation habituelle serait d’envoyer roquettes et autres kamikazes sur le sol israélien. Si encore une fois, il existe bien des mouvances terroristes en Palestine, il ne s’agit une fois de plus que d’une minorité face à laquelle les moyens engagés par l’armée de Tsahal sont cruellement disproportionnés, et font ainsi davantage de victimes innocentes en Palestine que celles que compte Israël.
Ainsi pour conclure cet exemple, je reste sincèrement convaincu qu’il vaut mieux éviter ce genre d’amalgame franchement douteux. Nous sommes tous d’accord sur le fait que nous avons chacun notre propre histoire, notre propre situation économique et sociale. De plus, les choix faits dans notre vie ne sont propres qu’à nous. Il en va de même en ce qui concerne les personnes sans-papiers. Les raisons de leur venue sur le sol français sont aussi diverses que variées, et c’est cela que je m’apprête à aborder.

S’il est question de trouver des coupables, je peux vous assurer qu’il est possible de les trouver, et ce en allant fouiller au plus loin dans les origines de ce problème. Il est très clairement insinué que les sans-papiers sont un mal incarné et qu’ils ne viennent en France que par profit pur. J’aimerais vous poser deux questions, auxquelles d’ailleurs je vais répondre.
Tout d’abord, pourquoi viennent-ils en France ? Nous l’avons dit, pour des raisons toutes aussi diverses que variées, et trop longues à énumérées, chaque cas ne ressemblant pas nécessairement à un autre: guerre, chômage, situation sanitaire alarmante, poursuites judiciaires disproportionnées, menaces… ou simple désir de s’installer en France. Est-ce que cela est véritablement critiquable ?
Ma deuxième question concomitante à la première serait que faudrait-il faire pour encourager les habitants de ces pays à y rester ? Peut-être faudrait-il pour cela que des pays tels que la France cessent de soutenir des gouvernements parfaitement illégitimes à tendance dictatoriale comme il en existe au Tchad, ou au Gabon, procédé que l’on appelle plus communément « la Françafrique ».
Peut-être faudrait-il encore que ces mêmes pays dont la France fait parti cessent de vendre des armes (fusils mitrailleurs, munitions, avions, hélicoptères…) lors de leurs visites diplomatiques comme cela se passe encore au Tchad, mais aussi en Inde, en Irak et dans tant d’autres, bref dans des pays qui sont de près ou de loin impliqués dans des luttes armées ou se situant dans une zone de conflit. Accroitre et développer l’industrie de l’armement ne fait qu’exacerber de cette manière les tensions déjà existantes dans ces régions du monde et les premiers à en pâtir sont les populations.
Ne faudrait-il pas non plus que les grandes entreprises multinationales cessent de piller les richesses des pays dits en développement ou en sous-développement tout en exploitant sans vergogne leurs habitants ? Cela est le cas notamment pour Areva, qui exploite sans relâche les gisements d’uranium au Niger tout en chassant les personnes voire des tribus entières qui vivent sur un potentiel site d’exploitation. De cette manière, Areva viole la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.
Me direz-vous comment empêcher un homme ou une famille entière qui déciderait de quitter son pays parce que les légumes qu’ils cultivaient dans la perspective de les vendre ne leur rapportent plus rien ? Dans des pays comme le Sénégal, des cultivateurs se retrouvent chaque année dans la misère la plus totale en raison des légumes européens qui se retrouvent sur le marché traditionnel de Dakar à des prix bien moindres que ceux cultivés dans toute l’Afrique, et ce à cause des subventions attribuées aux agriculteurs européens.
Pourquoi vouloir repousser et humilier ces personnes qui ne peuvent plus non-plus vivre de la pêche traditionnelle en raison des énormes chalutiers occidentaux mettant à sec toutes les réserves de poissons autour des divers continents ?
Que faire lorsque vous êtes chassés de vos terres héritées de vos ancêtres lorsque votre gouvernement a vendu des millions d’hectares – dont votre parcelle – à des entreprises occidentales désirant les utiliser afin de cultiver des végétaux destinés à être transformés en biocarburants, comme cela est le cas au Brésil et a failli l’être à Madagascar ?
Et pour finir, qui sont les véritables coupables de cet exode forcé lorsque le Programme Alimentaire Mondial (PAM), celui-là même qui nourrit des millions de peuples affamés tout autour de la planète, reçoit chaque année de moins en moins de financement de la part des pays riches alors que la faim ne cesse d’augmenter. Entre 2008 et 2009, 150 millions de personnes en plus se sont retrouvées en situation de grande détresse alimentaire faisant passer le nombre total d’affamés à un milliard d’individus tandis que le PAM était à court de fonds en début 2009, et que le budget de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) a diminué de plus de 20% depuis 1995.

Vous l’aurez compris, s’il s’agit de désigner un coupable, il n’est pas question de faire porter la faute à ces personnes qui quoi qu’elles fassent, sont en détresse dans leur pays ainsi que dans le notre, mais bien à nos gouvernants, aux Etats, à l’Etat dans lequel on vit ainsi qu’aux firmes multinationales. Inutile aussi de préciser que le dirigeant actuel de notre pays accentue autant le développement des inégalités à l’échelle nationale qu’internationale.
Quant à la question des inévitables profiteurs, de ceux qui tirent avantage de ce système, s’il n’est bien évidemment pas question des les innocenter, que feriez-vous dans leur situation lorsque dans votre pays il n’existe pas un tel système de protection sociale ? À leurs yeux, la France parait comme un El Dorado, sentiment duquel il découle l’irrépressible envie de profiter du mieux qu’ils le peuvent, mais encore faut-il qu’ils en aient l’audace. D’où la nécessité de développer un véritable système d’accompagnement qui serait réellement adapté et individualisé. Je vous rappelle que chaque situation est unique et qu’à cela doit être adapté le traitement convenu. Par ailleurs, inutile non-plus de rappeler que même de vrais français profitent non sans gène de ce système, preuve irréfutable qu’en raison de ce système imparfait il est totalement injuste et infondé de jeter la pierre à toutes ces personnes.

Je tiendrai encore à préciser que rien dans cette lettre n’a été évoqué concernant les mauvaises conditions de vie des sans-papiers. Ils sont déjà victimes de la situation dans leur pays, mais aussi des passeurs, et des patrons sans-scrupules. Il seraient ainsi à la fois tout aussi logique qu’humain qu’ils ne soient pas non-plus des victimes de l’Etat… et de telles accusations transpirant de racisme car au final cette lettre n’est à mon sens qu’un amas d’idioties xénophobes regroupées ensemble.

Pour finir, je citerai l’article 13 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme selon lequel « Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays. ». S’opposer à cela revient à violer un Droit fondamental à chacun de nous. Par ailleurs, tout demandeur d’asile quel qu’il soit et d’où qu’il vienne est protégé par la Convention de Genève, que notre pays a signé en 1949.

Je demande maintenant à chacun de vous de faire libre place à votre bon sens, car il est d’une importance primordiale d’éviter ce genre d’accusation, qui prône la culpabilité de l’autre. Elle est la base de toute dérive dangereuse. Identifier l’autre à partir d’un unique élément de distinction et porter des accusations sur cela ne peut aboutir à rien, si ce n’est sur de grandes divisions au sein de la société. L’Histoire je crois, nous l’a déjà suffisamment démontré, notamment en Allemagne et au Rwanda.
Il ne tient qu’à nous de lutter contre cela, en faisant avant-tout preuve, je le répète, de bon sens.








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