La nouvelle est tombée pas plus tard que cette semaine: la France aura l’immense honneur d’organiser la Coupe d’Europe de Football en 2016. La joie est nationale et contient même des relents politiques, puisque le Président de la République aurait même « mouillé personnellement le maillot ». De là à dire que cela suffira à redorer son blason, n’exagérons pas.
Mais d’ailleurs, pourquoi tant d’enthousiasme face à ce sport dont les valeurs – esprit d’équipe, sport populaire ou encore facteur d’intégration sociale et culturelle – sont depuis bien longtemps périmées. Ne serait-il pas plus exact d’affirmer que l’esprit du football ne tient plus qu’au luxe, à la course au profit et plus encore à des illusions ? Coup de sifflet, place aux arguments.
Le football, cette aubaine pour les organisateurs sportifs.
Commençons par ce qui reste à ce jour de plus scandaleux, à savoir le montant des tranferts des joueurs d’un club de foot à un autre. Retenons un record, celui de 94 millions d’euros qui furent déboursés lorsque Cristiano Ronaldo alors engagé sous les couleurs de Manchester United fut engagé par le Real Madrid. Chaque année devient alors l’occasion d’assister à la valse des joueurs et des dizaines de millions qui accompagnent chaque transfert, toujours plus scandaleux les uns que les autres, sans pour autant que les responsables n’éprouvent de remord à mobiliser autant de fonds uniquement pour du sport et un joueur à la fois.
Et que dire au sujet de tout le marketing équipementier qui alimente davantage encore ce juteux marché à des prix qui restent exorbitants en comparaison à leur cout de production. Comptez au moins 50 euros pour le maillot d’une équipe, autant pour une paire de chaussures, et minimum une quinzaine d’euros pour un ballon… Un sport populaire – donc accessible à tous – vous disiez ?
Continuons en abordant la question du montant des droits télévisés pour la retransmission des matchs. En France, les droits télévisés du championnat de France de Ligue 1 et de Ligue 2 – sans inclure les droits vendus à l’étranger – s’élevaient en 1984-1985 à 2 millions d’Euros tandis qu’ils n’ont cessé depuis de croitre jusqu’à atteindre pour la période de 2008-2012668 millions d’euros par saison. Quant à la retransmission de la Coupe du Monde, ces droits étaient de 95 milliards d’euros en 1998 et ont plafonné en 2006 à hauteur de 1055 milliards d’euros. De l’autre coté de la Manche, les droits télévisés et internet ont rapporté plus de 4 milliards d’euros aux équipes de la Premier League de football anglais entre 2007 et 2010.
Aujourd’hui, l’engouement que suscitent les recettes financières créées par le football sont telles que plusieurs clubs de football sont même cotés en bourse. Une effervescence qui, comme on s’en doute, ne parvient pas non plus à freiner les délits de corruption qui gangrènent une partie des matchs.
Des joueurs plus branchés bling-bling que goals.
Les joueurs ne se font pas entendre uniquement après une éventuelle défaite ou victoire lors d’un match. Certains font aussi parler d’eux chaque année, lorsque sont révélés leurs salaires annuels, les plus importants tournant généralement autour de 30 millions d’euros. Quoi qu’il en soit, il reste possible de se douter des salaires mirobolants qu’ils perçoivent rien qu’en observant leur train de vie. Accompagnés bien souvent de jeunes femmes qui sont habillées par les grandes marques, ils conduisent pêle-mêle une Porsche, une Ferrari, ou encore une Mercedes haut de gamme. Rien de tel donc pour évaluer la modestie de chacun de ses joueurs. Ne parlons pas non plus des derniers scandales ayant frappés plusieurs footballeurs français qui, pourtant mariés, sont accusés d’avoir entretenu des relations sexuelles rémunérées avec une mineure. Enfin, ne nous attardons pas non plus sur le fait que ces mêmes joueurs soient [trop] souvent bien plus attachés à veiller sur leurs assurances – pour leurs jambes notamment – ou sur leur image dans telles ou telles publicités plutôt qu’utiliser leur popularité pour des oeuvres humanitaires, caritatives, bref, pour des réalisations autres que celles de leurs égoïstes désirs. Alors le foot, excellent moyen pour former son esprit d’équipe et de solidarité, ou simple modèle de vie pour les plus orgueilleux de la société ?
Illusions: Les espoirs perdus des jeunes et des plus pauvres.

Un enfant d'Ouganda jouant au foot
Le football n’agite pas que des billets. Il crée aussi du rêve pour des millions de personnes à travers le monde, et plus particulièrement pour des enfants. Certains d’entre eux vivent dans des favelas ou bidonvilles, et n’ont à l’esprit ainsi qu’à leurs pieds qu’une seule chose capable encore de les faire rêver d’un avenir meilleur: un ballon de football. Souvent sans chaussures, portant des vêtements salis, qu’ils vivent en Afrique ou en Amérique du Sud, ils s’identifient à un ou plusieurs joueurs de la même origine, et voudraient à leur tour briller… mais surtout exister aux yeux du monde.
C’est ainsi que de jeunes joueurs africains se voient recrutés sans pour autant que cela se fasse dans les règles édictées par la FIFA, les laissant de cette façon à la merci des agents ou entraineurs peu scrupuleux lorsqu’ils finissent par être envoyés en Europe. Dans la même lignée, il arrive que des clubs européens installent quelques centres de formation dans ces pays et profitent d’une main-d’œuvre peu chère tout en bénéficiant de plus grands profits par la suite avec la revente de joueurs. Telle est la façon dont une partie de ces jeunes issus des bas-fonds du monde passent des acclamations rêvées à l’exploitation sans scrupule des apparatchik du ballon rond.
Quand l’esprit d’équipe fait la passe à la haine.
Qui n’a pas encore entendu parler de ces rivalités qui existent et persistent entre les supporters d’équipes, que l’on vive en France ou en Grande-Bretagne ? Plus que de simples rivalités, certains supporters entretiennent pour des raisons toutes aussi diverses qu’obscures une véritable haine qui se cristallise alors à la sortie des tribunes, quand elles n’ont pas lieu à l’intérieur même des stades, les joueurs subissant alors des jets d’objets tous aussi divers que variés.
Que l’on m’explique alors en quoi est-il possible de défendre et promouvoir un tel sport, lorsque celui-ci ne fait par moments qu’accroitre les tensions qui existent entre différentes communautés ou pays ? Rappelons-nous des différents supporters passés à tabac en France et ce jusqu’à la mort, ou encore des affrontements sanglants qui avaient eu lieu lors de la dernière Coupe d’Afrique des Nations à la suite des matchs joués entre l’Algérie et l’Égypte. Alors que le football devrait être un excellent moyen de fraternité, trop souvent celui-ci fait apparaitre de profondes appartenances identitaires ou nationales, lesquelles sont les ingrédients de base à la haine de l’autre.
L’euro 2016 en France: Qui paiera ? Qui sera plus riche que riche ?
Revenons-en donc à nos moutons, à savoir l’organisation de l’Euro 2016 par la France. Au vu des éléments cités plus haut, comment est-il encore possible de sauter de joie face à une telle annonce ? Au-delà de l’effervescence exagérée des médias, plusieurs questions devraient plutôt venir à l’esprit: Quelles seront encore les sommes engagées pour l’organisation d’un tel événement ? Combien de millions ou de milliards seront à nouveau reçus au bénéfice des joueurs, organisateurs et autres sponsors ? Plus grave, en quoi est-il si nécessaire de mobiliser 1,7 milliards d’euros issus directement de fonds publics pour la rénovation et/ou construction de stades, alors que le gouvernement et son Président, se sont attachés à réduire les déficits publics tout en augmentant la durée de cotisation à la retraite des travailleurs ? Il y a là un engouement que je ne comprends pas, et dont je n’aurais jamais pu douter jusqu’à présent qu’il soit aussi de nature politique. Du pain et des jeux – panem et circenses – disait-on à Rome. À défaut d’avoir le premier, il nous sera donné le second, histoire de nous faire oublier l’espace de quelques jours les méandres des réalités économiques et sociales qui frappent une grande partie des français, mais dont visiblement, la résolution ni les fonds ne sont à l’ordre du jour.



Pourquoi ne pas non plus inciter les grandes entreprises françaises à participer au renflouement des caisses de l’Etat, au lieu d’axer la priorité sur la cotisation toujours plus longue des foyers ? Citons l’entreprise Total, dont 



























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