Droit des conflits réels ou virtuels: Le droit international humanitaire doit-il être intégré aux jeux-vidéo ?

21 12 2011

S’il est une catégorie de jeux-vidéo dont le succès actuellement ne se dément pas, il s’agit bien des simulations de guerre. Vendus à plusieurs millions d’exemplaires chaque année, rapportant jusqu’à plusieurs millions de dollars (voire le milliard !), ces jeux se vantent de pousser le réalisme des conflits armés jusque dans ses derniers retranchements à défaut de proposer un scénario digne de ce nom.
Souci du réalisme oblige, ces jeux devraient en tout état de cause appliquer également les conditions et autres règles qui régissent les conflits armés – le droit international humanitaire – et que chaque belligérant en situation réelle est tenu de respecter. Pourtant, force est de constater que beaucoup d’éditeurs de jeux-video ne prennent guère en considération cette exigence, faisant ainsi passer leur produit pour de véritables défouloirs qui n’ont de simulation que le nom.

Le droit international humanitaire pour limiter l’inhumanité des guerres.

Le droit international humanitaire, que l’on désigne également sous l’appellation de droit des conflits armés ou droit de la guerre tient notamment son origine de l’action de Henry Dunant – le fondateur de la Croix-Rouge – selon qui, après avoir été témoin de la bataille de Solferino en 1859, il était nécessaire d’apporter une assistance médicale aux blessés, quel que soit le camp pour lequel ils s’étaient battus. Cette idée est devenue la pierre fondatrice du droit humanitaire, qui au moyen des Conventions de Genève de 1949 et de leurs protocoles additionnels vise à limiter les effets de la guerre.
L’article 3 des Conventions de Genève dispose ainsi que « les personnes qui ne participent pas directement aux hostilités, y compris les membres de forces armées qui ont déposé les armes et les personnes qui ont été mises hors de combat par maladie, blessure, détention, ou pour toute autre cause, seront, en toutes circonstances, traitées avec humanité ».
Le droit international humanitaire a également vocation à réglementer voire à prohiber des pratiques. Sont ainsi interdites au titre de l’article 3 des Conventions de 1949 « les atteintes portées à la vie et à l’intégrité corporelle, notamment le meurtre sous toutes ses formes, les mutilations, les traitements cruels, tortures et supplices ; 
les prises d’otages ; les atteintes à la dignité des personnes, notamment les traitements humiliants et dégradants ;
 les condamnations prononcées et les exécutions effectuées sans un jugement préalable, rendu par un tribunal régulièrement constitué, assorti des garanties judiciaires reconnues comme indispensables par les peuples civilisés ». De la même manière, l’utilisation de certaines armes est également prohibé, à l’image des bombes à sous-munition.
Un autre principe essentiel du droit international humanitaire est contenu à l’article 48 du Protocole additionnel de 1977, lequel prévoit que « les Parties au conflit doivent en tout temps faire la distinction entre la population civile et les combattants ainsi qu’entre les biens de caractère civil et les objectifs militaires et, par conséquent, ne diriger leurs opérations que contre des objectifs militaires ».

De la nécessité d’intégrer le Droit international humanitaire dans les jeux-video.

Selon un rapport de Novembre 2009 (Playing by the Rules: Applying International Humanitarian Law to Video and Computer Games [Jouer selon les règles: application de la loi humanitaire internationale aux jeux vidéo]) tiré d’une étude réalisée par l’organisation suisse TRIAL et l’association Pro Juventute, il est révélé que parmi une vingtaine de jeux examinés (notamment Battlefield, Call of Duty, World in Conflict, Splinter Cell…) ceux-ci représentaient souvent des scènes de violence et incitaient les joueurs à les reproduire au sein des jeux.
À titre d’exemple, Call of Duty 4: Modern Warfare comporte une mission de mitraillage depuis un hélicoptère où le joueur est amené à utiliser un imageur thermique pour déterminer leurs cibles sans qu’il soit fait de différence entre un militaire et un civil. Dans le jeu Call of Duty: Modern Warfare 2, une scène intitulée « Civilian slaughter » (Massacre de civils) propose au joueur de coopérer avec des terroristes russes afin massacrer des centaines de civils dans l’aéroport de Moscou. Un autre jeu avait également soulevé une vive polémique avant de voir sa sortie finalement annulée, à savoir « Six days in Fallujah », lequel devait retracer l’offensive militaire américaine dans la ville de Fallujah en Irak, en octobre 2004, et qui s’est soldée par le massacre de près de 1 000 civils.
« Les jeux vidéo devraient saisir l’occasion de promouvoir [les] normes [du droit international humanitaire] plutôt que de donner l’illusion que la violence est sans limites » estiment ainsi les ONG dans leur rapport de 2009, de telle sorte qu’ils « ne constituent [pas] des espaces indifférents à la loi et à l’éthique. Il serait donc souhaitable que les jeux de guerres fictifs soient régis par les mêmes normes que celles qui régissent de véritables conflits armés ».
Pourtant, beaucoup de joueurs et l’ensemble des développeurs crient au scandale lorsque ces éléments de réflexion sont avancés, prétextant qu’« il ne s’agit que de jeux », et que ce ne sont pas ces loisirs qui inciteront quiconque à commettre un massacre dans sa ville. Ce à quoi Frida Castillo – membre de l’association TRIAL – répond que « même si la majorité des joueurs ne seront jamais soldats, ces jeux font passer le message que les militaires ont droit de vie ou de mort en temps de guerre. C’est faux et il est important de le rappeler en intégrant la loi humanitaire dans les jeux vidéo. Les tortures et les humiliations d’Abou Ghraib montrent ce qui arrive quand on s’imagine avoir tous les droits ».
Enfin, le Comité International de la Croix Rouge a affirmé lors d’une réunion sur la question de la violence dans les jeux-vidéo et leur portée sur les joueurs qui s’est tenue en parallèle à la 31e conférence internationale de la Croix Rouge et du Croissant Rouge à Genève en décembre 2011, qu’« il y a une population d’environ 600 millions de joueurs qui semble violer le droit international humanitaire dans un monde virtuel ».

Quelle soit réelle ou virtuelle, la guerre rapport gros.

Si un jeu se décrivant comme le « meilleur » en matière de reproduction de conflit armé devait être choisi, ce serait certainement Call of Duty: Modern Warfare 3. Fort de ses 100 millions de jeux sous licence « Call of Duty » vendus dans le monde, le développeur du jeu Activision a annoncé avec fierté une semaine après la sortie de son dernier épisode – Call of Duty: Mordern Warfare 3 – avoir écoulé plus de 5 millions d’exemplaires du jeu en une semaine dont 3,5 millions en un seul week-end. Véritable archétype de la simulation de guerre qui rapporte gros, il est annoncé au bout de seize jours que le jeu a réalisé un bénéfice de plus d’un milliard de dollars – dépassant ainsi et de loin les plus grosses productions cinématographiques dont Avatar de James Cameron – et que le réseau social dédié aux adeptes du jeu – ils seraient 30 millions de personnes, soit l’ensemble des habitants réunis des villes de Tokyo, New York, Londres, Paris et Madrid – pourrait également rapporter en 2012 près de 50 millions de dollars à la firme vidéolodique.
Ce succès sur le marché du jeu-vidéo, s’il n’est toutefois pas véritablement comparable, peut être rapproché de l’industrie de l’armement et donc de la guerre. Véritable marché dont l’échelle est démesurée, il est estimé que l’armement a généré dans le monde 1 200 milliards de dollars en 2007, et que ces ventes d’armes ont augmenté de 22% sur la période 2005-2009 par rapport aux cinq années précédentes. S’agissant uniquement des armes dites légères, on en recenserait pas moins de 700 millions en circulation. Rajoutons à cela que 14 milliards de balles sont produites chaque année, soit deux par être humain. Précisons également que ces armes légères contribuent à elles seules à causer la mort de mille personnes par jour.
 Par ailleurs, la récession mondiale ne semble pas affecter les cent plus grands fabricants mondiaux d’armement puisque ceux-ci auraient écoulé 401 milliards de dollars de leurs marchandises en 2009, avec une augmentation de 14,8 milliards de dollars en 2009 par rapport à 2008. Si les Etats-Unis représentent 61,5 % de ce marché (247 milliards de dollars), l’Europe représente quant à elle 30% (soit 120 milliards de dollars).
Seule inquiétude perceptible par ces marchands de la mort : le désir du peuple à se débarrasser de l’autoritarisme comme cela s’est vu avec le Printemps Arabe. En effet, comme l’affirme Charles Edelstenne, actuel président de Dassault Aviation, ces événement rendent « la situation [du marché de l'armement] un peu plus difficile », d’autant plus que la société Dassault s’est vue retirée un client de taille pour son Rafale après la chute de M. Kadhafi. Revendications obligent, les dépenses militaires dans les pays du Golfe – qui représentent plus d’un quart des exportations françaises d’armement – s’opposent au risque d’être suspendues afin de financer à la place des programmes sociaux comme en attestent les 36 milliards de dollars débloqués à cette fin en Arabie Saoudite.
Toutefois, bien que le manque d’éthique du milieu militaire reste incontestable, cela n’entache visiblement pas la confiance que les jeunes français accordent à l’armée.

Les jeunes français et l’armée, perçue comme une « symbole de valeurs, du sens du devoir et de l’esprit d’équipe ».

C’est en effet ce que révèle cet intéressant un sondage conjointement réalisé en novembre 2011 par le Centre de recherche politique de Sciences Po et l’Institut de recherche stratégique de l’école militaire. Réalisée auprès de 993 lycéens et étudiants, l’enquête et son rapport consécutif expliquent que bien que leurs connaissances du monde militaire passent avant tout par les jeux vidéos, 90% des 15-23 ans interrogés considèrent le métier des armes comme une activité honorable. En comparaison, seul 15% des sujets interrogés expriment quant à eux de la défiance vis-à-vis de l’armée.
De là à dire que la simulation de guerre est le meilleur moyen de dédramatiser ce qui est pourtant source d’inhumanités et de fournir de potentielles nouvelles recrues, il n’y a qu’un pas, à l’image des campagnes de publicité complémentaires en 2010, entre l’armée de terre française (« Devenez vous-même ») et le développeur Electronic Arts pour la sortie de son jeu Battlefield (« Devenez plus que vous-même »).

Alors, la guerre virtuelle et le droit, compatibles ?

On ne le répètera jamais assez – et n’en déplaise aux gamers –, la guerre n’est véritablement pas un jeu. Elle est une réalité qui reste la cause principale d’atrocités commises sous des prétextes aussi divers que variés. Elle est la source de trop nombreuses impunités et est également en partie responsable de crises alimentaires dans le monde. Chaque année et pour chaque conflit, la guerre fait plusieurs milliers de morts et ce genre de loisir que représentent les simulations de guerre tend à le faire oublier.
Quoi qu’en disent les joueurs les plus libertaires et les défenseurs de la création vidéoludique sans limite, l’objet d’une réflexion en vue d’intégrer le droit international humanitaire n’a pas de finalité purement moraliste, barbante au possible, pas plus qu’elle n’est aucunement nourrie par les hypothèses les plus folles selon lesquelles la violence dans les jeux-video encouragerait qu’elle soit reproduite dans l’espace de vie réel.

Scène de jeu de COD: Modern Warfare 3

Au contraire, il s’agit davantage d’éclairer la pensée des joueurs pour qu’ils ne soient pas rendu insensibles aux bavures et autres exactions qu’un véritable conflit armé peut provoquer. Il est également question d’éviter de faire passer la guerre comme un défouloir soumis à aucune règle si ce n’est celle de la survie.
De plus, intégrer les règles du droit international humanitaire permettrait à ces jeux de véritablement se définir comme étant proches de la réalité, pas uniquement au niveau des graphismes, mais également au niveau du contenu. De la même façon qu’une simulation de sport comporte tout l’attirail des réglementations à respecter sans qui quiconque ne s’en plaigne, il serait en définitive logique que la guerre virtuelle se voit également dotée des règles du droit des conflits armés.

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L’Humanitaire doit-il nécessairement être conforme à l’éthique ? Quand Total, Bolloré et le Cirque Pinder s’affichent avec la Chaîne de l’Espoir.

4 12 2011

Quelle fût ma surprise ce matin lorsqu’au détour d’un tweet, je découvre la dernière opération de la Chaîne de l’Espoir. Cette Association humanitaire d’aide à l’enfance organise en effet du 1er au 24 décembre l’opération dite « 24 jours pour 24 enfants », sorte de calendrier de l’Avent où l’on découvre chaque jour jusqu’à Noël un nouvel enfant atteint d’une maladie et/ou nécessitant une opération chirurgicale que les dons des particuliers rendraient possible. Le but est ainsi de récolter 110 000 euros, soit 4 500 euros par enfant.

Mais alors que je m’apprêtais à relayer l’appel de cette association, mon étonnement est apparu au moment de découvrir les partenaires de cette opération: les Groupes Bolloré et Total. Bien qu’au départ cette opération a tout pour être brillante, les doutes sont toutefois permis sur ce partenariat de mauvais goût. Explication.

Plantation de palmiers à huile de la Socapalm, Cameroun

Commençons par ce qui est le plus amusant quant à ces partenaires particuliers, à savoir la description qui leur est donnée sur le site de l’association humanitaire. Je cite : « Présent partout dans le monde en exerçant des métiers très diversifiés et particulièrement au sein des pays émergents, le Groupe Bolloré, tourné vers l’avenir, mène une politique volontariste dans le développement durable ».
Quant à Total, « Grâce à sa politique active de mécénat, l’objectif du Groupe est d’agir contre les inégalités qui touchent les sociétés défavorisées, en particulier en matière de santé publique. Deux objectifs principaux dictent son action: la lutte contre les maladies infectieuses, au travers de la recherche et de la formation du personnel médical, et le soutien à l’enfance ». Le ton est donné: au-delà de l’objectif inhérent à toute société d’augmenter les bénéfices et donc les dividendes susceptibles d’être reversés aux actionnaires, les groupes Bolloré et Total se démarquent par leur volonté humaniste à soutenir et encourager les politiques de protection environnementale et médicale. Mais – et c’est là que les choses se corsent – qu’en est-il réellement ?

Le groupe Bolloré, non-content d’être le premier investisseur français en Afrique, est également responsable sur ce même continent de l’accaparement de terres sans qu’aucune compensation juste ne soit reversée, et est mêlé à d’innombrables affaires de corruption avec les gouvernements africains. Ainsi rien qu’au Cameroun, et avec la complicité du gouvernement de Paul Biya, le groupe Bolloré, à travers sa participation dans la Société camerounaise des palmeraies Socapalm, a pu s’approprier malgré l’opposition des communautés locales des centaines de milliers d’hectares de terres fertiles dont les paysans ont été expulsés. Citons Jean Ziegler* : « La Socapalm (…) a signé un bail de 60 ans sur 58 000 hectares de terres, en 2000. (…) Dans ce pays, les palmiers à huile détruisent des forêts primaires, aggravant encore la déforestation en cours depuis longtemps sous l’effet combiné de l’exploitation du bois et du défrichement. C’est que le gouvernement de Yaoundé soutient, depuis les années 1990, le développement de l’huile de palme par l’intermédiaire de ses compagnies d’Etats, la Socapalm, la Cameroun Development Corporation (CDC), la Compagnie des oléagineux du Cameroun (COC). Or, la forêt tropicale de l’Afrique centrale est la deuxième par la taille dans le monde derrière l’Amazonie et constitue un des principaux « puits de carbone » de la planète. Il faut savoir aussi que de nombreuses communautés dépendent de cette forêt et de sa riche biodiversité pour leur subsistance et comptent sur les produits de la chasse et de la cueillette pour leur subsistance. Du coup, ces communautés risquent l’anéantissement » **. En matière de « politique volontariste dans le développement durable », nul doute que l’on a déjà vu mieux.

Pollution par le pétrole, dans le Delta du Niger, Nigeria

Quant au groupe Total, cette célèbre et fière entreprise pétrolière française, celui-ci est présent notamment au Nigeria au coté d’autres sociétés pour exploiter les vastes réserves d’hydrocarbures dont dispose le pays. Mais cette exploitation n’est pas sans effet néfaste pour les populations locales. En effet, elle favorise dans ce pays qui regorge de ressources pétrolières la pauvreté des populations, notamment en raison de la corruption qui gangrène le pays à tous les niveaux de négociation mais également en raison des pollutions répétées sans que jamais les sociétés pétrolières n’aient procédé à un nettoyage des zones contaminées. Un rapport d’Amnesty International dédié à la pollution dans le delta du Niger est formel: « Les déversements d’hydrocarbures et de déchets et la combustion de torchères sont endémiques dans le delta du Niger. Plusieurs centaines de fois par an du pétrole est déversé dans la nature, et environ 2 000 sites contaminés ont été recensés par l’Agence nationale nigériane pour la détection et la réaction aux déversements de pétrole. Le nombre réel pourrait être bien plus élevé. Les activités liées à l’extraction du pétrole, notamment la pose d’oléoducs, la construction d’infrastructures et les travaux d’aménagement visant à rendre la région accessible par voie routière et par bateau, ont causé des dommages écologiques considérables au delta.
Les habitants sont contraints de se laver dans des eaux polluées et d’y puiser l’eau pour boire et pour cuisiner ; ils mangent du poisson – s’ils ont la chance d’en trouver encore – contaminé par les hydrocarbures et d’autres toxines ; leurs terres agricoles sont détruites ; après les déversements de pétrole, l’air qu’ils respirent empeste les hydrocarbures, le gaz et d’autres polluants ; ils se plaignent de troubles respiratoires, de lésions cutanées et d’autres problèmes de santé, mais leurs inquiétudes ne sont pas prises au sérieux et ils ne disposent de pratiquement aucune information sur les conséquences de la pollution ». Telle est l’action concrète des groupes pétroliers dont Total fait partie pour « agir contre les inégalités qui touchent les sociétés défavorisées, en particulier en matière de santé publique ». Rajoutons d’ailleurs que ce même groupe Total, a dépassé les 10 milliards d’euros de bénéfices en 2010 et n’a pas hésité au titre de l’année écoulée de reverser environ 5 milliards d’euros de dividendes à ses actionnaires. Cela à de quoi faire tiquer à coté de l’appel réalisé par la Chaine de l’Espoir pour récolter 110 000 €…

Si certains auraient pu trouver l’idée bonne, difficile toutefois de ne pas se demander si le choix de partenariat réalisé par la Chaine de l’Espoir est véritablement judicieux. Nul doute que dans l’esprit de Noël, il aurait été préférable d’éviter ce genre de partenariat du plus mauvais goût et en deçà de toute éthique.

EDIT: Après les entreprises Bolloré et Total, l’association annonce le 7 décembre 2011 le soutien apporté par le Cirque Pinder. Il est à ce titre nécessaire de rappeler à quel point les pratiques des cirques sont contestables (utilisation d’animaux sauvages dont les conditions de vie ne sont pas compatibles avec leurs besoins physiologiques et comportementaux, animaux martyrisés pour les besoins du dressage…) mais également les poursuites régulières du Cirque Pinder par la justice française. En effet, le Cirque Pinder s’est vu plusieurs fois être épinglé pour « exploitation irrégulière d’un établissement détenant des animaux non-domestiques », « utilisation non-autorisée d’animaux non-domestiques » et « défaut de certificats de capacité » et nombre d’associations dévouées à la protection animale ont accusé ce cirque d’être en possession d’animaux présentant des troubles du comportement et étant soumis à des postures inacceptables. Alors rendre le quotidien des enfants hospitalisés plus agréable, d’accord, mais cela ne doit pas se faire au détriment de la condition animale. Que peut-il y avoir de pire en effet que de présenter un animal malade à un enfant qui l’est également ?

 

Premier rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation de 2001 à 2008, Jean Ziegler est aujourd’hui vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Dans son dernier ouvrage Destruction massive – Géopolitique de la Faim, Jean Ziegler procède à un nouvel état des lieux de la faim dans le monde, et dénonce plusieurs responsables parmi lesquels la spéculation bancaire sur les prix de l’alimentation ainsi que l’accaparement des terres au profits de compagnies agro-alimentaires.

** Jean Ziegler, Destruction massive – Géopolitique de la faim (Pages 277-278).





France – Chine: Le mépris ultime des autorités françaises en matière de politique des droits humains.

6 11 2010

Ces 4 et 5 novembre, la France s’est fait l’horreur l’honneur d’accueillir le Président de la République Populaire de Chine, Hu Jintao. L’évènement est digne d’être souligné puisque la dernière visite de celui-ci sur le sol français remonte au mois de janvier 2004. Autant dire une éternité sur l’échelle des relations diplomatique entre Etats.
Cette visite est également l’occasion de démontrer comment la relation entre la France et la Chine relève de deux poids – deux mesures, entre notre pays qui reste pour beaucoup le berceau sacré des droits de l’homme et de leur promotion face à une Chine qui incarne aujourd’hui la deuxième puissance économique mondiale. En conséquence de quoi, prérogatives économiques obligent, nul doute que cette visite officielle de deux jours restera pour longtemps synonyme d’une déchéance amorcée et aujourd’hui confirmée du pouvoir diplomatique français sur la sphère des droits de l’homme au bénéfice de la protection et du développement des liens commerciaux.

Je ne me taierai pas !

Lors de sa campagne électorale en 2007, N. Sarkozy était pourtant clair:
« Les droits de l’homme sont, pour toutes les démocraties du monde, à la fois un point de départ et un horizon qui se déploie toujours devant eux. La France ne fait pas exception, et il appartiendra au prochain président de lui faire franchir de nouvelles étapes dans la préservation et la conquête des libertés.
Je veux être le Président d’une France qui se sente solidaire de tous les proscrits, de tous les enfants qui souffrent, de toutes les femmes martyrisées, de tous ceux qui sont menacés de mort par les dictatures et par les fanatismes. Le Darfour est un scandale inacceptable, la Tchétchénie une horreur (…). Président de la République, je ne me taierai pas devant ces insultes aux droits de l’homme.
Je ne passerai jamais sous silence les atteintes aux droits de l’homme au nom de nos intérêts économiques. Je défendrai les droits de l’homme partout où ils sont méconnus ou menacés et je les mettrai au service de la défense des droits des femmes
».
Le ton était donné. Si ses prédécesseurs n’avaient pas brillé en matière de défense des droits humains, il en serait dorénavant différement – Président de la rupture oblige – si la fonction présidentielle devait être incarnée par lui. Et l’une des premières occasions d’imposer la rupture diplomatique que N. Sarkozy souhaitait imposer a été celle des jeux olympiques de 2008 organisés à Pékin.

Le début de la discorde: Les émeutes de Lhassa et les JO de Pékin.

Campagne anti-française: "Agissons pour que les vilains français s'agenouillent devant les chinois !"

Alors qu’au début de l’année 2008 sévissait une répression de plus en plus violente de la part des autorités chinoises sur des tibétains, N. Sarkozy visiblement préoccupé s’était saisi de cette affaire pour faire savoir que sa présence lors de l’ouverture des JO le 8 aout serait conditionnée par la reprise d’un dialogue entre les forces gouvernementales chinoises et les représentants du Dalaï-Lama.
Dans le même temps, Tenzin Gyatso, actuel Dalaï-Lama, programmait d’effectuer une visite en France s’étalant du 12 au 23 aout 2008, à la suite de quoi la Chine avait fait savoir au gouvernement français qu’une hypothétique rencontre entre le chef spirituel tibétain et le chef de l’Etat français aurait des « conséquences graves » entre les relations des deux pays. Du point de vue des autorités gouvernementales chinoises, il s’agissait en tout état de cause d’une véritable ingérence dans les affaires intérieures de la Chine. Il ne faisait dès lors pas bon d’être français, et plusieurs appels au boycott se sont successivement fait entendre, portant pêle-mêle surs des produits et enseignes françaises telles que Carrefour. Agacé, N. Sarkozy fit savoir que « ce n’était pas à la Chine de fixer [son] agenda et [ses] rendez-vous » avant de finalement se plier aux exigences de Pékin en affirmant qu’il ne rencontrerait pas le Dalai-Lama et qu’il sera bien présent lors de la cérémonie d’ouverture des JO puisque selon lui des progrès avaient été effectués dans le cadre du dialogue entre le gouvernement chinois et les tibétains. Par conséquent, le courroux de Pékin retombe, tout comme l’espoir des défenseurs des droits humains.

L’accord contre-nature UMP/Parti Communiste Chinois.

Xavier Bertrand

Le 22 octobre 2009, Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP est envoyé en Chine afin que les tensions éprouvées l’année précédente soient définitivement conjurées, et ce au moyen d’un accord très révélateur de la nouvelle politique adoptée par legouvernement français. En effet, lors de cette visite, Xavier Bertrand signe un mémorandum qui prévoit entre l’UMP et le Parti Communiste Chinois – outre renforcer leurs relations – de mettre un point d’honneur sur le principe de « non-ingérence dans les affaires intérieures d’autrui ». Ainsi, l’UMP s’engage à ne plus commettre l’affront similaire à celui qui avait été fait lors de la période de préparation des jeux olympiques. Dorénavant, il ne sera donc plus question de discuter des sujets fâcheux telle que la politique discutable des autorités chinoises au sujet des droits de l’homme, à la suite de quoi le discours électoral de N. Sarkozy peut définitivement être relégué aux archives.

Pas un mot pour Liu Xiaobo.

Bien que des rumeurs l’envisageait, le Comité d’attribution du Prix Nobel pour la Paix crée la surprise le 8 octobre 2010 en attribuant la récompense à un défenseur fort bien connu dans le monde des défenseurs des droits humains mais pourtant censuré dans son propre pays avant d’être finalement emprisonné: Liu Xiaobo. Son crime ? Avoir co-rédigé la Charte 08, sorte de déclaration non-violente promouvant une évolution démocratique des institutions et de la Chine dans son ensemble.

Liu Xiaobo

Alors que beaucoup d’organisations de lutte pour la défense des droits humains demandaient d’ores et déjà activement sa libération, l’attribution du Prix Nobel de la Paix à Liu Xiaobo a permis de mettre davantage en lumière les raisons de sa détention en conséquence de quoi des voix éminentes s’élèvent pour acclamer le lauréat ainsi que réclamer sa libération. Des personnalités telles que Hillary Clinton,  le Président de la Commission de l’Union Européenne José Manuel Barroso ou la haut commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Navi Pillay ont ainsi pris position en faveur du défenseur des droits humains.
En revanche, aucun communiqué n’est fait par l’Élysée. Alors qu’il aurait était éminemment symbolique que le Chef de l’Etat français adresse au moins sa satisfaction de l’attribution d’un tel prix – ayant lui-même pourtant adressé ses « plus chaleureuses félicitations » à B. Obama pour le prix Nobel 2009 –, N. Sarkozy ne formule pas la moindre déclaration à ce sujet. Précisons tout de même que celui-ci avait déjà fort à faire… Il lui fallait en effet préparer la venue prochaine de Hu Jintao, Président de la République Populaire de Chine, laquelle était notamment destinée à la signature de plusieurs contrats commerciaux.

La visite préparée de Hu Jintao.

C’est donc en ces 4 et 5 novembre que le Président chinois Hu Jintao était attendu de pied ferme par le gouvernement français. Tapis rouge à la descente de l’avion, présence exceptionnelle de N. Sarkozy sur le tarmac de l’aéroport, honneurs militaires aux Invalides, diner mondain au Palais de l’Élysée. Tous s’activent nonchalamment afin de rendre la visite de l’homologue chinois aussi agréable que possible , telle que le ferait une cour autour de son roi.
À Paris, l’itinéraire du cortège présidentiel chinois est soigneusement quadrillé par les forces de police pour qu’aucune manifestation ait lieu. Les journalistes de l’ONG Reporters Sans Frontières, toutefois présents aux abords de l’Arc de Triomphe, scandent « Libérez Liu Xiaobo », phrase qu’ils ont par ailleurs pris soin d’inscrire sur des parapluies blancs ouverts derrière des barrières métalliques installées le long de l’avenue. Tel que l’aurait exigé le protocole chinois, la police est aussitôt intervenue pour arracher des mains des militants ces parapluies et interpeller par la même occasion plusieurs d’entre eux.

Nicolas Sarkozy et Hu Jintao

Mais le jeu en vaut la chandelle. Le jour même de l’arrivée de Hu Jintao, ce sont pour environ 16 milliards de dollars qu’a été signée une série de contrats avec les plus grosses entreprises françaises. Citons les habituelles Areva, Total, mais également Airbus, qui se congratulent ainsi d’avoir réussi à susciter l’intérêt des gouvernants chinois. Si la somme que représente ces contrats est astronomique, il en va de même pour le déshonneur qui est ainsi infligé à la France et plus encore au symbole de primauté des droits humains dans le monde.
Acculé de questions par les journalistes se portant toutes sur le fait de savoir s’il avait au moins pointé une partie des discussions sur la question des droits de l’homme, N. Sarkozy a tenu a préciser qu’il avait bien abordé le sujet avec Hu Jintao. Déclaration qui, à mon sens, reste risible. D’une part parce qu’aborder lors d’une discussion privée – reste à prouver qu’elle a bel et bien existé – la question des droits humains n’est absolument pas comparable face à l’importance qui a été accordée à la signature pour 16 milliards d’euros. D’autre part parce qu’aucune déclaration de Hu Jintao allant en ce sens n’a été faite, alors que les droits humains, considérés comme primordiaux et fondamentaux méritent au moins autant d’importance que la signature d’accords commerciaux dont la somme est, pour l’anecdote, équivalente à celle que les Etats siégeant à l’ONU se sont engagés à allouer sur trois ans au développement agricole pour la lutte contre la faim dans le monde… et qui n’a d’ailleurs à ce jour pas encore été totalement reversée. Gageons donc que N. Sarkozy s’appliquera à ce qu’il en aille différemment pour ces contrats franco-chinois, lui qui à défaut d’être un porte-parole charismatique et valable pour les droits inhérents à tous, incarne en revanche le parfait VRP des entreprises françaises du CAC 40.





Ces conflits que le Monde n’entend pas (1): Zoom sur la République Démocratique du Congo.

9 07 2010

La République Démocratique du Congo, troisième plus vaste pays d’Afrique avec ses 72 millions d’âmes fait parti de ces Etats les plus pauvres du monde et dont l’impact sur la scène mondiale n’est que marginal. Pour autant, la République Démocratique du Congo reste forte d’une géographie exceptionnelle avec la deuxième plus grande forêt du monde après l’Amazonie, et dispose aussi d’une histoire riche qui ne parvient toutefois toujours pas à se détacher des conflits post-coloniaux, qu’ils soient ethniques, politiques ou économiques. Actuellement et depuis de trop longues années, des combats ont toujours lieu, et s’étendent du nord-est au sud-est et à l’intérieur du pays. À l’ombre des grands enjeux politico-financiers de notre ère et de la société occidentale, il s’y déroule dans ce pays d’Afrique centrale une succession de conflits qui ont, dans l’indifférence quasi-totale, engendré plus de 5 millions de personnes décédées depuis 1998. Voyons ensembles les sources d’un des conflits les plus meurtriers du monde, l’un des plus silencieux et son contexte actuel.

Qui sont ces forces armées déstabilisant cette région ?

Dans un conflit aussi large que complexe, il est difficile de se limiter à quelques exemples sans oublier de nommer d’autres belligérants qui restent une source importante de déstabilisation. Décrits brièvement, voici la liste des groupes armés en activité sur le sol congolais:

- Le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP):
Le CNDP tient son origine de Laurent Nkunda qui en était le chef, jusqu’à son assignation à résidence par le Rwanda. Il est aujourd’hui remplacé par Bosco Ntaganda qui, bien qu’inculpé par la Cour Pénale Internationale a accepté d’orienter le mouvement rebelle vers la paix. C’est ainsi qu’en mars 2009, le CNDP s’est converti en parti politique et que 3 000 à 4 000 de ses combattants ont intégré l’armée congolaise. 1 000 à 2 000 autres soldats résistent toutefois à leur intégration dans l’armée régulière et sont responsables des activités dans le Nord-Kivu, qu’il s’agisse de l’exploitation minière artisanale au trafic de charbon, ou encore des extorsions persistantes.

- L’Armée de résistance du Seigneur (LRA):

Troupe armée de la LRA en RDC

Peu nombreux, ils restent encore à l’heure actuelle une véritable source de terreur et d’atrocités commises tant en République Démocratique du Congo que dans les régions transfrontalières d’Afrique centrale. Fondé par Joseph Kony, la LRA a pour objectif d’instaurer en Ouganda une théocratie d’inspiration chrétienne, basée sur les Dix commandements de la Bible. La LRA avait à l’origine des revendications légitimes, à savoir la pauvreté et la marginalisation des terres de l’ethnie Acholi d’Ouganda. 
Repoussée des frontières ougandaises, la LRA s’est ensuite introduite au Sud-Soudan au milieu des années 1990, mais l’accord de paix soudanais de 2005 et l’inculpation de Joseph Kony par la Cour Pénale Internationale força le groupe à se réfugier dans les forêts de la République Démocratique du Congo.
Selon des estimations, la LRA aurait tué ces trois dernières années plus de 2 000 civils, en aurait enlevé tout autant sur le territoire congolais et est à l’origine de l’exode forcée de 318 000 personnes. Sa triste notoriété tient aussi des recrutements de force d’enfants-soldats, et de l’utilisation des jeunes filles comme esclaves sexuelles. Ce groupe armé se livre aussi à des mutilations des lèvres et des oreilles de leurs victimes. Désorientée et déstabilisée, l’International Crisis Group décrit la LRA dans un de ses rapports comme un « groupe de guérilla aujourd’hui sans cause et sans base fixe dont la principale préoccupation est la survie au jour le jour ».

- Les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR):
Regroupant les Hutus du Rwanda impliqués dans le génocide de 1994, les FDLR se composent d’anciens membres de l’armée du président défunt Juvénal Habyarimana et de miliciens Interahamwe – ceux-là même à l’origine du massacre. À la suite de leur déroute après le génocide, les FDLR se sont regroupés en République Démocratique du Congo afin de préparer une reprise du pouvoir. Selon l’ONU, les FDLR comptent aujourd’hui 3 000 hommes.

- La Force de résistance patriotique en Ituri / Front populaire pour la justice au Congo (FRPI/FPJC):
Leur chef, Germain Katanga, est actuellement en comparution devant la Cour Pénale Internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Parmi ses agissement, citons le recrutement d’enfants-soldats, les massacres de masse et les viols systématiques. Aujourd’hui ce groupe subsisterait à l’état résiduel, mais ses répercussions humanitaires restent importantes.

- Les Maï-Maï:
Il s’agit ici de ces combattants connus pour leur habitude à s’asperger  ”d’eau magique” pour se protéger des balles. Ce sont pour la plupart des membres de milices d’autodéfense, formées par les leaders locaux, qui arment des jeunes hommes – et des enfants – dans les villages.

Nommons également les Forces Patriotiques pour la Libération du Congo (FPLC) ainsi que lesForces démocratiques alliées/Armée nationale de libération de l’Ouganda (ADF/NALU).

Enfin, terminons par les Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), autrement dit l’armée régulière du pays. Celle-ci est toute aussi peu glorieuse puisque à l’instar des groupes dits rebelles, les militaires ont été à l’origine ces dernières années de viols continus – de femmes et d’hommes –, de pillages, de trafics de minéraux et de bois de construction. La cause de ces comportements tiendrait son origine dans le fait que beaucoup de ces soldats seraient à la fois mal payés et mal alimentés.

Chronologie d’un conflit distinct: La guerre du Kivu.

Réfugiés du Kivu

Parmi les diverses sources de déstabilisation actives dans la région, un conflit en particulier a longuement retenu l’intention – mais toujours insuffisamment – des instances de l’ONU. Il s’agit de la Guerre du Kivu dans l’Est du pays, conflit armé opposant les forces régulières de l’armée de la République démocratique du Congo (FARDC) au Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) mené par Laurent Nkunda et décrit précédemment.
En 2003, avec la fin officielle de la deuxième Guerre du Congo (1998-2003, 4 à 4,5 millions de personnes décédées), Laurent Nkunda accepte de rejoindre la nouvelle armée régulière créée par le gouvernement de transition. Mais rapidement il s’oppose à l’autorité du gouvernement et se replie avec des troupes dans le Nord-Kivu.
En 2005, Laurent Nkunda demande la démission du gouvernement de transition qu’il accuse de corruption. Dans le même temps, de plus en plus de déserteurs de l’armée régulière rejoignent ses propres troupes, qui gonflent alors jusqu’à 3 000 hommes.
À l’approche de l’élection présidentielle congolaise de 2006, Laurent Nkunda affirme qu’il respectera le résultat des urnes. Mais c’est sans surprise que, la veille de la confirmation de la victoire de Joseph Kabila, déjà Président de transition, que les forces de Laurent Nkunda lancent une offensive majeure contre des troupes gouvernementales ainsi que de la MONUCMission de l’Organisation des Nations unies en République démocratique du Congo.
En septembre 2007, les troupes de Laurent Nkunda s’en prennent à une dizaine d’écoles et de collèges, et y enrôlent de force des enfants-soldats. De sources sûres, les Nations unies confirmeront que les filles furent emmenées comme esclaves sexuelles, et les garçons comme soldats. À la fin de l’année, des milliers de civils continuent de quitter leurs maisons pour les camps de réfugiés augmentant leur nombre à plus de 370 000 personnes.

Laurent Nkunda

Face à la puissance du CNDP lourde de 20 000 hommes, les pertes gouvernementales continuent d’être considérables durant l’année 2008. En effet, 2 600 militaires sont tués alors qu’ils sont près de 6 000 hommes à être engagés. Du matériel militaire se retrouve même des mains des troupes régulières à celles des rebelles: 6 tonnes de munitions, 45 blindés, 20 lance-roquettes, 15 000 caisses de grenades, 6 000 caisses de fusil militaire, et 15 missiles sol-air. Assuré de sa puissance, Laurent Nkunda annonce le 14 décembre qu’il est ouvert à des pourparlers de paix. L’ouverture de ces pourparlers est toutefois reportée au 6 janvier 2008. Entre temps, environ 200 écoliers sont à nouveau déclarés disparus ou enrôlés par l’armée de Laurent Nkunda le 17 décembre 2007. L’International Rescue Committee déclara également cette année là que 45 000 personnes mourraient chaque mois des conséquences de cette guerre.
Les pourparlers de paix ont lieu jusqu’au 21 janvier 2008, et laissent même entrevoir un accord. Le 23 janvier, un traité de paix est finalement signé, incluant une déclaration de cesser-le-feu immédiat, un retrait du Nord-Kivu des troupes de Laurent Nkunda, le retour au village de milliers de civils, et même l’immunité des forces de Laurent Nkunda.
En octobre 2008, alors que l’accord de paix est toujours en vigueur, de nouvelles attaques de Laurent Nkunda ouvrent la porte à une internationalisation du conflit. En effet, à la suite d’une alliance surprise, les gouvernements rwandais et congolais lancent une opération militaire combinée le 22 janvier 2009 qui mènera à l’arrestation de Laurent Nkunda au Rwanda le 22 janvier au soir, en l’assignant jusqu’à aujourd’hui à résidence.

Les méandres et autres raisons de la Guerre du Kivu:

Échantillons de coltan

Le Kivu, à l’Est de la République Démocratique du Congo n’est pas une région dénuée d’intérêts. En effet, il s’agit d’une région incroyablement riche en minerai, le plus important d’entre eux étant sans conteste le coltan. Le coltan est un minerai radioactif de couleur noire voire brun-rouge contenant deux minéraux associés, la colombite et la tantalite. Ce minerai se trouve principalement en Afrique centrale, et plus particulièrement en République démocratique du Congo dont la région du Kivu détient entre 60 et 80 % des réserves mondiales. Des exploitations de coltan existent également en Australie, au Brésil, au Canada et en Chine.
Mais pourquoi est-il question d’un minerai dont le nom semble si peu connu ? Pour la seule et unique raison que le coltan est utilisé en électronique, en particulier dans les téléphones portables, les consoles de jeux-vidéo et les appareils électro-ménagers. Le secteur de l’électronique serait tellement demandeur de ce minerai qu’il monopoliserait ainsi 60 à 80% de son marché. Souvent comparée aux diamants de sang finançant les conflits dans d’autres régions africaines, l’exploitation du coltan serait, du moins en grande partie liée aux conflits en République démocratique du Congo. Le Conseil de sécurité de l’ONU est même allé jusqu’à dénoncer dans un rapport datant de 2001 les grandes quantités de ce minerai illégalement extraites du sol de la République démocratique du Congo, et transportées en contrebande par les armées de l’Ouganda, du Rwanda et du Burundi et de la République Démocratique du Congo, en accord avec des entrepreneurs occidentaux occupant le pays, dont la région du Kivu.
L’armée rwandaise, à l’instar de l’armée libérienne et des diamants récupérés au temps de la guerre du Sierra Leone, aurait de cette façon récolté 250 millions de dollars en l’espace 18 mois par l’intermédiaire du trafic illégal du coltan, dont le Rwanda est pourtant dépourvu. Sans conteste, ces exploitations minières illégales encouragent ainsi le maintien d’armées étrangères au Kivu.

Mais les groupes armés ne sont pas les seuls responsables de cette situation. Les multinationales qui participent à l’extraction du minerai au Kivu sont aussi à blâmer, car elles financent indirectement la guerre par les taxes payées aux groupes armés rebelles et réguliers qui maîtrisent les mines de la région. Des compagnies européennes assurent également le transport du coltan vers l’Europe, à l’image de SDV Transintra, qui appartient Groupe français Bollorélequel figure aujourd’hui parmi les 500 premiers groupes mondiaux, et dont le propriétaire Vincent Bolloré peut se vanter d’une fortune personnelle de 4 milliard de dollars. Parlons également de ces entreprises qui réalisent des bénéfices colossaux grâce à la vente de téléphones mobiles et d’autres appareils électroniques. Ces entreprises sont accusées par l’ONG Global Witness de ne ” pratiquement rien faire pour s’assurer que les composants de leurs produits ne proviennent pas de régions contrôlées par des groupes armés “. Pour leur défense, certaines d’entre elles affirment que leurs chaînes d’approvisionnement sont tellement complexes qu’il est impossible de les suivre, à quoi de nombreuses ONG ainsi que les Nations Unies ont répondu que cet argument n’est pas valable.
Quelques entreprises s’assurent toutefois que le coltan qu’elles utilisent ne provienne pas du Congo, telles que Apple, Intel, Hewlett-Packard, Sony, Nokia ou Nintendo.

Les conséquences et autres retombées négatives.

Dans un camps de réfugiés congolais de l'UNHCR

Nul doute possible qu’aujourd’hui la situation humanitaire et sociale du pays s’en retrouve à des niveaux catastrophiques. Les premiers touchés par ces conflits successifs restent les populations civiles composées de plusieurs centaines de milliers de personnes, forcées à l’exode – quand celles-ci ne sont pas tout simplement massacrées – vers d’autres pays ou contraintes de trouver refuge dans les quelques camps de protection érigés par les forces de l’ONU en mission sur place, la MONUC.
Autres victimes et non des moindres, les femmes congolaises, systématiquement violées et/ou tuées, quel que soit le groupe armé en question, rebelle ou régulier. D’autres femmes, lorsqu’il leur est laissé la vie sauve portent à jamais sur elles les traces des violences et de la barbarie guerrière: oreilles ou lèvres coupées, membres sectionnés ou viol à l’aide du canon des armes. Comble de l’horreur, le viol étant si constant au fil des conflits – 8 000 viols auraient été commis au Nord et au Sud-Kivu au cours de la seule année 2009 selon les estimations – cela a conduit à une véritable impunité envers les violeurs, au point qu’il en a même valu pour le pays de porter le nom de “capitale mondiale du viol”. La banalisation du viol est telle que depuis 2009 de plus en plus de viols sont dorénavant commis par des civils. Environ cinquante pour cent des nouveaux cas recensés seraient en effet commis par des civils, des hommes voyant les soldats ou les miliciens comme des modèles. Et même si la législation congolaise est devenue stricte en matière de violence sexuelle depuis 2006 – les peines pour agression sexuelle pouvant aller de cinq à vingt ans d’emprisonnement – la loi reste rarement mise en application. Rajoutons à cela les frais judiciaires souvent élevés, ou les mandats d’arrêts émis contre les auteurs présumés restant souvent sans suite.
Avec les femmes suivent les enfants, dont le sort est tout aussi misérable. Il est estimé qu’un tiers des combattants présents sur le sol congolais ont moins de 18 ans. Ne pouvant plus s’attirer les faveurs des populations, les groupes armés trouvent la facilité à acquérir de nouvelles recrues en enrôlant des enfants de force, petits soldats en nombre quasiment illimités, qu’ils endoctrinent et rendent extrêmement loyaux.

Soldat de maintien de la paix pakistanais en RDC

Enfin, situation de guerre oblige, et le pays croulant sous la dette, les établissements sanitaires sont évidemment inexistants. Il est donc rendu nécessaire que les organisations humanitaires interviennent mais celle-ci font également face à de graves difficultés, tant financières que de sécurité. Seulement 30 % des 827 millions de dollars demandés par l’ONU pour ses opérations dans le pays sont actuellement financées, réduisant ainsi l’aide à la population et aggravant de surcroît les conditions de vie. Ainsi, voici comment loin de toutes les préoccupations et autres priorités des grands de ce Monde, un pays s’enfonce dans l’horreur et le désespoir le plus total, au grand dam de millions de personnes, victimes au destin brisé n’ayant aucun véritable contrôle de leur vie, à l’image de leur propre pays.

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Ces larmes que n’auront jamais les armes.





La Françafrique: ce phoenix post-colonial.

8 07 2010

Du 31 mai au 1 juin s’est tenu à Nice le Sommet Afrique-France, le 25ème du genre. 33 chefs d’Etats africain étaient alors présents pour ce sommet placé sous le signe du cinquantenaire des anciennes colonies françaises.
Pour Nicolas Sarkozy, ce sommet devait être une “rupture avec la volonté de placer le continent africain au centre de la gouvernance mondiale“. Rajoutons qu’il avait la ferme volonté au travers d’un tel évènement de “vouloir en finir avec 50 ans de françafrique” et faire de 2010 “la véritable année de la décolonisation“. L’intention est plus que louable, mais sonne comme une promesse déjà réitérée à plusieurs reprises sans jamais n’avoir été tenue. Explication et exemples.

La France à fric ?

Campagne de l'ONG Survie France

La Françafrique désigne l’ensemble des relations personnelles et des mécanismes politiques, économiques et militaires qui lient la France à ses anciennes colonies ainsi qu’à un certain nombre d’autres pays africains. Elle est synonyme de réseaux d’influence, de soutien à des chefs d’Etats dont la légitimité démocratique est discutable ainsi que de mainmise sur des ressources pétrolières et minières.
Les relations françafricaine sont aussi responsables de plusieurs scandales politico-financiers qui ont éclaté au grand jour, comme l’Affaire Elf, l’Angolagate ou encore l’affaire des biens mal acquis. Faisant fît de prolonger la politique de rupture dans le domaine des relations franco-africaines, Nicolas Sarkozy avait annoncé lors de sa campagne présidentielle vouloir mettre fin avec ces réseaux et les habitudes de ses prédécesseurs, en taclant notamment et à plusieurs reprises Jacques Chirac. Mais qu’en est-il réellement après trois ans de gouvernance ?

La politique sarkozienne ou l’apogée de la Françafrique.

Nicolas Sarkozy et Omar Bongo

En janvier 2008, Jean-Marie Bockel, alors Secrétaire d’Etat Français à la coopération, annonce être déterminé à « signer l’acte de décès de la Françafrique ». Deux mois plus tard, il est démis de ses fonctions par le Président de la République à la demande d’Omar Bongo, Chef d’Etat défunt du Gabon.
En février de la même année, la France aide le Président tchadien Idriss Déby au pouvoir depuis près de vingt ans, à repousser un assaut rebelle sur N’Djaména sans lui demander la moindre contrepartie. Précisons tout de même que le régime d’Idriss Déby a causé à ce jour plus de 25 000 morts et est responsable de la disparition de plusieurs opposants. De là à dire que le gouvernement français soutient ouvertement cette dictature, il n’y a qu’un pas.
Toujours en février 2008, Paris ferme les yeux sur la répression qui s’abat sur les émeutiers de la faim au Cameroun et qui fît plus de 100 morts.
Enfin, alors que Nicolas Sarkozy affirmait que « la France n’a pas un rôle de gendarme à jouer en Afrique », celui-ci renonce finalement à démanteler la base militaire de Libreville au Gabon. Un conseiller de l’actuel président gabonais Ali Bongo fît alors ce commentaire: « C’est donnant-donnant. Les français protègent notre régime contre les menaces intérieures ou extérieures. En échange, nous soutenons leur politique en Afrique et ailleurs ».

Cette Françafrique qui persiste et signe.

Les réseaux d’influence françafricaine ne datent pas d’hier. Pour preuve le cas du Rwanda, où le gouvernement français par l’intermédiaire de son armée déjà implantée sur place a participé à l’entrainement des milices génocidaires qui ont causé plus de 800 000 morts. Par ailleurs, la veuve du Président Juvénal Habyarimana, dont le décès de ce dernier avait contribué à lancer le processus génocidaire, vit depuis aujourd’hui en exil en France. Pourtant, celle-ci est accusée d’incitations à la haine et au génocide lors de ces tristes évènements. Depuis quelques semaines, elle fait toutefois l’objet d’une enquête, menée conjointement par la France et le Rwanda.
Autre exemple mais non des moindres, celui du Niger, où une société française exploite depuis quarante ans les gisements d’uranium présents dans le sous-sol nigérien. Il s’agit de la désormais célèbre AREVA, anciennement connue sous le nom de COGEMA. Depuis plusieurs décennies, AREVA profite de l’appui total que lui donne le gouvernement français afin de spolier les terres pastorales, et l’extraction à laquelle elle procède sans aucune contrainte participe à la détérioration accablante des conditions sanitaires des populations locales. Rajoutons que, alors que le Niger est un des pays les plus pauvres du monde, le prix d’achat de l’uranium par AREVA reste inférieur au prix du marché.

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Pour plus d’information, visitez Survie France, véritable mine d’informations continuellement mise à jour.








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