Insécurité alimentaire: En finir avec le mythe de la surpopulation mondiale.

11 09 2011

925 millions de personnes sous-alimentées dans le monde ; 65 pour cent d’entre elles vivant dans seulement sept pays: l’Inde, la Chine, la République démocratique du Congo, le Bangladesh, l’Indonésie, le Pakistan et l’Ethiopie ; 30 milliards de dollars par an nécessaires pour éradiquer le fléau de la faim dans le monde…

Derrière la dure réalité de ces chiffres, certains pensent que la solution la plus efficace dans la lutte contre l’insécurité alimentaire serait de contrôler les naissances, ou plus exactement de limiter le nombre d’enfants par femme. En d’autres termes, la démographie galopante connue dans certaines régions du monde serait l’une des raisons – sinon la principale – de l’impossibilité de mettre fin aux famines. Et à mesure que cette démographie augmente, la difficulté pour nourrir l’humanité entière irait de même.
Sans véritablement entrer dans les détails, et sans avoir non plus la prétention d’apporter la solution au mal de la faim dans le monde, intéressons-nous ici à démontrer combien cette idée, sans être fondamentalement mauvaise, n’est pas une solution à court terme, pas plus qu’elle ne l’est sur le long terme. Explications.

Il n’est pas à démontrer que la croissance démographique la plus importante se trouve dans des pays empreints de la culture musulmane ou encore dans des régions de l’Afrique noire. Il semble par conséquent bien difficile pour commencer, même avec beaucoup de bonne volonté, de parvenir à convaincre les populations de ces régions à utiliser des moyens contraceptifs lorsque ceux-ci sont soit bannis par les croyances ou par le manque d’infrastructures et de suivis médicaux viables et efficaces. Par conséquent, une double difficulté se pose là: il est non seulement nécessaire de convaincre ces populations d’utiliser des contraceptifs, changer leur mentalité sur cette question, mais également encourager la communauté internationale à fournir en nombre suffisants ces contraceptifs tout en ne diminuant pas les dons de denrées alimentaires.

De plus, en quoi serait-il nécessaire, voire même fondamental de prôner un ralentissement des taux de natalité alors que beaucoup d’études sont formelles: si la tendance démographique actuelle est à l’augmentation, nous nous rapprochons de plus en plus du sommet avant que le monde tout entier ne connaisse une véritable chute de la démographie. C’est déjà le cas en Russie, où les taux de mortalité sont plus élevés que les taux de natalité. L’Europe également peine à son tour à ralentir la diminution des naissances, et même la Chine s’approche dangereusement de cette situation en raison de la politique de l’enfant unique.

Le contrôle de la démographie n’est pas également une solution dans le sens où elle peut s’avérer très dangereuse. En effet, dans des régions où une grande importance est apportée à la « descendance familiale », dans des cultures ou mentalités où il est encore considéré comme primordial d’avoir un enfant du sexe masculin, quelle serait l’explication des pro-diminution de la démographie lorsque des milliers de petites filles seront abandonnées ou tuées, comme cela s’est notamment produit en Chine ? Là encore, la solution du contrôle de la démographie s’oppose à un problème de mentalités qui demandent davantage de temps pour être changées que le problème de la faim n’en a besoin. Les questions d’eugénisme méritent également que l’on s’y intéresse, même si une telle politique a peu de chance d’être mise en place hors pays « ultra-développés ».

Enfin et surtout, une telle idée se heurte au fait, nous l’avons vu, qu’elle ne soit pas forcément en osmose avec certaines mentalités tandis qu’à l’inverse, il ne fait aucun doute pour beaucoup que les règles du marché économique-financier-bancaire-alimentaire mondial sont absolument immorales et nécessitent d’être réformées en urgence, et en profondeur. Un tel système prendrait par ailleurs beaucoup moins de temps à être refondé – il est déjà critiqué et remis en cause dans le monde entier, ce qui n’est pas le cas pour les naissances –, contrairement à une prise de conscience raisonnée sur un contrôle des naissances raisonnable qui prendrait certainement au bas mot une génération entière pour qu’il soit mis en place. Une refonte globale de notre système économique ne demanderait évidemment pas autant de temps… si tant est que l’on s’en donne les moyens, cela va de soi.

Et si malgré cela, nous sommes toujours pas d’accord sur la manière de juguler efficacement les famines, il reste encore possible de soutenir l’action du Programme Alimentaire Mondial, oeuvrant dans 73 pays, en effectuant un don.

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En savoir plus sur l’insécurité alimentaire.


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4 réponses

11 09 2011
Didier Barthès

Ce problème de la surpopulation est vraiment le problème principal de l’humanité. Si nous ne le résolvons pas par une baisse de la natalité alors tous nos autres efforts en matière d’environnement seront réduits à néant. De plus et contrairement à ce qu’évoquent la plupart des articles sur le sujet, il ne s’agit pas que de nourir les hommes, il faut les faire vivre en harmonie avec le biotope. Ceci est un objectif incompatible avec une population dense (essayez d’imaginer des lions ou des éléphants en liberté dans des zones aussi densément peuplées que l’Europe). Les hommes doivent être sages et s’ils veulent se montrer respectueux, s’ils veulent aussi avoir une chance de voir leur espèce durer et leurs enfants avoir un avenir, alors ils doivent s’engager dans la voie de la modestie démographique et peu à peu réduire leur effectif en se reproduisant un peu moins.

23 10 2011
macatia

Je découvre ton blog, bravo, je suis épatée ;)
Cet article m’interpelle puisque je suis de celles qui pensent que la surpopulation EST un problème.
Quand tu dis qu’il faudrait 30 milliards de dollars par an pour éradiquer la faim dans le monde, il est clair que quand on sait que 700 milliards de dollars par an sont dépensés en publicités, que la moitié de la nourriture produite sur terre est jetée, et que des millions de gens meurent des conséquences de l’obésité et de la malbouffe, on se rend compte qu’on est clairement en face d’un problème de répartition, et non de démographie.
Donc, est-ce que tu veux dire que la surpopulation n’est pas responsable de l’insécurité alimentaire, ou bien que la surpopulation est un mythe en général ?
Parce que par ailleurs, à l’heure actuelle, rien n’est prêt de changer du côté de la répartition des biens produits, et donc de l’alimentation, du coup, est-ce qu’il n’est pas légitime, à un niveau individuel, de se dire que faire moins d’enfants, c’est quand même leur laisser la chance d’avoir un plus gros morceau de gâteau ? D’un point de vue théorique au moins, et à l’échelle individuelle, ça me paraît tenir. Et c’est valable pour toutes les ressources : plus on est nombreux moins il y en a pour chacun, et si en plus elles sont mal réparties…
Même si une baisse de la natalité entrainerait nécessairement des réajustements (mais il en faut) sociaux, économiques, bref il y aurait beaucoup de choses à repenser, mais au final le monde me paraîtrait plus vivable.
Bon, sans compter que niveau consommation des ressources de la planète, déchets, etc, moins nous serions nombreux, et mieux ce serait. La Terre a la capacité d’abriter des milliards d’êtres humains responsables, mais pas des milliards de victimes d’une société hyper”développée”..
Pour ce qui est d’un contrôle des naissances imposé, légiféré, évidemment ça ne peut entraîner que des dérives.. Comme dans d’autres domaines, seule une prise de conscience massive pourrait réellement changer les choses, non ?
Mais je loupe peut-être qqch car je n’ai pas trop saisi l’histoire du pic démographique… Mais ça me fait penser à la correspondance entre Einstein et Freud sur les causes de la guerre, dans laquelle Freud disait grosso modo que la culture amènerait l’homme à sa propre disparition, puisque plus les hommes sont cultivés, moins ils font d’enfants..
Je sais pas, je reste perplexe, en attendant de mieux comprendre..
Je t’invite à lire mon article sur le végétarisme http://www.macatia.re/blog/?p=1293 car il n’est pas sans lien, tu verras. N’hésites pas à me dire ce que tu en penses si tu as le temps ! Bonne continuation !

31 10 2011
Sonny B.

Bonjour Laetitia :-) ,

Tout d’abord merci pour ta lecture et pour tes encouragements ! :-)
Pour répondre à tes questions, je te commencerai tout d’abord par dire que de mon point de vue, la surpopulation n’est véritablement pas responsable de l’insécurité alimentaire. En l’état actuel des choses, même si nous étions deux milliards de moins sur la planète, l’insécurité alimentaire serait toujours présente et dans les mêmes proportions. Ce serait toujours les mêmes groupes de personnes, dans les mêmes régions qui souffriraient de ce mal.

Je n’irai toutefois pas jusqu’à dire que la surpopulation est un mythe, car personnellement mes inquiétudes quant à la croissance de la démographie existent bien, mais sont davantage liées à l’impact écologique que cela implique.

Concernant la limitation des naissances, la première des questions serait: Qui se verrait imposer cette limite ? Les pays du sud en général, les pays à la croissance démographique la plus élevée (Chine, Inde, Afrique Subsaharienne…) ou tous les pays du monde ? Après quelques lectures de différents articles sur le sujet, on voit très bien que les tenants de cette idéologie imposeraient cette limitation qu’aux pays du sud (et donc se développant le plus vite démographiquement parlant) sous prétexte que les pays du Nord ne connaissent pas une telle croissance. Ce raisonnement relève d’un égoïsme profond !

Penser ainsi, c’est faire semblant de ne pas savoir que 20 % de la population mondiale seulement (celle des pays les plus développés) consomme 80 % des richesses de la planète. C’est jouer l’hypocrite lorsque l’on sait que dans les pays riches les calories consommées sont entre 40 et 45 % d’origine animale tandis que les populations des pays les plus pauvres ne consomment que 5% de calories d’origine animale. Rajoutons à cela que le rapport de l’industrie animale est de dix calories végétales données à l’animal pour environ une seule calorie de viande et produits laitiers acquise. Et cette industrie demande tellement de céréales que l’accaparement des terres – autre scandale de ce début de siècle – est en pleine croissance pour l’égoïste plaisir des estomacs carnassiers d’une grande partie des occidentaux (ce qui par conséquent rejoint évidemment ton article donné plus haut ;-) quant à la promotion des pratiques végétariennes ou au moins en faveur d’une baisse drastique de la consommation de viande).

C’est oublier également que les industries automobiles de notre société développées misent beaucoup sur le biocarburant sans se soucier du désastre alimentaire que cela induirait. Durant son mandat de rapporteur spécial des Nations-Unies pour le droit à l’alimentation, Jean Ziegler a tenté de “secouer” ces industriels, en leur rappelant que pour produire 50 litres de bioéthanol 232 kilos de maïs étaient nécessaires alors qu’avec cette même quantité de maïs un enfant peut vivre pendant un an. La production de biocarburant pour J. Ziegler est à ce titre un véritable crime contre l’humanité.

Alors lorsque tu me demandes s’il n’est pas légitime de faire moins d’enfants pour leur laisser la chance d’avoir un plus gros morceau de gâteau, je reste profondément convaincu que ce sont les populations les moins aisées qui sont légitimes à recevoir de la part de nos Etats industrialisés un véritable changement dans toutes les habitudes de consommation.
De la même manière, un habitant du Nord émet 10 fois plus de CO2 qu’un habitant du Sud. Devons-nous alors interdire aux pays en développement de s’industrialiser à leur tour, alors que nos Etats ont eu tout le loisir de le faire ? À qui profiterait encore une telle interdiction, ou du moins une limitation imposée ? Ça n’est véritablement pas à nous de leur rejeter la faute. Changeons d’abord notre mode de vie, et après nous pourrons conseiller tel ou tel groupe de population sur le comportement à adopter pour de meilleures conditions de vie.

Et puis faut-il démontrer encore que l’évolution du taux de natalité dépend directement de la promotion et du développement de l’alphabétisation des femmes, associés à un accès facilité et légal à la contraception et à l’avortement, les rendant plus indépendantes et plus libres de choisir le nombre d’enfants qu’elles désirent ? Aucune limitation légiférée, quelle qu’elle soit ne serait plus efficace qu’une véritable politique à l’échelle mondiale en faveur de l’émancipation des femmes. Défendre l’émancipation des femmes, c’est faire ainsi d’une pierre deux coups, contrairement à une politique purement nataliste qui ne se préoccupe guère de la moitié de l’Humanité.

Pour finir, je ne pus que te conseiller de regarder le documentaire “We feed the world”, consacré au marché mondial de la faim et qui démontre parfaitement les abus de nos sociétés développées face aux Etats en développement (http://bit.ly/trJJSw).

31 10 2011
Macatia

Merci d’avoir pris le temps d’apporter ces précisions !

J’ai déjà vu We feed the world (entre autres), j’ai également lu des articles sur la controverse des biocarburants, c’est aberrant, effectivement.

Je suis entièrement d’accord avec toi à propos de l’émancipation des femmes – tant qu’il ne s’agit pas de Badinter ;) – et sur le fait que nous sommes bien mal placés pour empêcher le développement des pays du sud.

Nous sommes encore loin d’une prise de conscience de la population sur les enjeux de nos modes de vie, et bien souvent la conscience des gens s’arrête à l’entrée d’un supermarché ou devant leur télé, très peu sont réellement prêts à changer leurs habitudes.

Comme souvent, je me sens extrêmement démunie face à tout ça.

Néanmoins, si j’avais une carte à jouer dans l’histoire, ce serait celle de l’éducation, en tant qu’éduquer un enfant c’est construire un adulte de demain, qui sera capable (ou non) de faire face aux enjeux du monde d’aujourd’hui.

Je déplore que l’on fasse des enfants sans vraiment y réfléchir, pressé de les confier à la nounou, puis à l’éducation nationale.. Pour en faire quoi ? On reproduit les schémas éducatifs que l’on a connus, qui ont fait leur preuves quand il était question de former des soldats dociles et soumis à l’autorité, mais aujourd’hui, ne doit-on pas repenser l’éducation en fonction des enjeux actuels, càd selon moi, former des adultes conscients et responsables, qui auront à coeur d’oeuvrer pour la paix et pour le bien-être de tous ? Ce n’est pas une utopie, je crois vraiment que le changement doit commencer par là…

Et c’est aussi en ce sens que faire moins d’enfants ne serait pas un mal : la qualité doit primer sur la quantité, si je puis dire…

Et alors, peut-être serions-nous un exemple à suivre..

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