Aujourd’hui 12 février, il s’agit de la journée mondiale contre l’utilisation des enfants-soldats.
Que ce soit Afghanistan, en République Démocratique du Congo, en Birmanie, au Soudan, en Colombie ou en Somalie, 250 000 enfants dans le monde se trouvent actuellement avec une kalashnikov ou un lance-roquette dans les mains, courent sur une ligne de front ou dorment en rêvant à leur idole hollywoodienne Rambo.
Même si certains signes nous poussent à espérer et à croire en une amélioration des conditions de vie et des dispositifs de protection des enfants, toujours est-il qu’il subsiste encore et toujours des endroits dans le monde où l’enfant reste considéré comme une alternative en ce qui concerne les recrutements dans l’armée, les enfants n’étant encore que des adultes en devenir et étant par conséquent facilement influençables.
En République Démocratique du Congo, en Somalie, les factions armées ne cessent de grossir leur rang en recrutant de force des enfants tandis qu’au Népal alors que la guerre est terminée depuis quatre ans, les anciens enfants-soldats pansent encore leurs plaies physiques et psychologiques tout en peinant à être réinsérés dans leurs familles et la société toute entière.
Depuis plusieurs mois se joue également le procès de l’ancien président libérien Charles Taylor, accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité dont l’enrôlement d’enfants-soldats fait parti. Pourtant, alors que les preuves sont accablantes, le chef de guerre libérien – également accusé de trafic de diamants et même d’armes avec le non-moins connu Viktor Bout (Lire à ce sujet Ces larmes que n’auront jamais les armes) – se joue encore de la justice internationale tout en niant les faits qui lui sont reprochés.
Dans d’autres pays encore, les enfants ne connaissent pas le maniement des armes seulement en temps de guerre. C’est le cas de la Russie, qui dans le cadre de son groupe d’intervention d’élite du SPETSNAZ, recrute des adolescents en vue de les intégrer définitivement à leur majorité, et leur enseigne à travers divers entrainements les rudiments de la manipulation des armes, les différentes techniques de camouflage et de patrouilles, les méthodes de résistance à la torture, le combat au corps à corps… Je ne peux également m’empêcher de penser à la France qui dispose de six lycées militaires, ou encore au partenariat signé il y a plusieurs mois entre le Ministère de la Défense et l’Éducation Nationale afin que soit dispensé dans plusieurs lycées de l’Est des cours introductifs à la Défense dans l’expectative de procéder à des recrutements lorsque les élèves auront empoché leur baccalauréat.

John Mad Dog, réalisé par Jean-Stéphane Sauvaire, écrit par Emmanuel Dongala
Plusieurs oeuvres cinématographiques s’appuient d’ailleurs sur la triste réalité qu’est l’enrôlement d’enfants, tels que Blood Diamond dont l’action se déroule en Sierra-Leone ou encore Johnny Mad Dog – tiré du livre du même nom – dont le réalisateur Jean-Pierre Sauvaire a fait jouer de vrais anciens enfants-soldats du Sierra-Léone désirant montrer au monde ce qu’ils avaient vécu. Des oeuvres littéraires existent également tant réelles que fictives – mais inspirées de faits réels – comme Le chemin parcouru, ou Allah n’est pas obligé.
Des anciens enfants-soldats tentent également tant bien que mal d’alerter l’opinion publique de ces faits qui ont encore lieu dans plusieurs endroits du monde. Pensons à Ishmael Beah, auteur de son auto-biographie dans Le chemin parcouru aujourd’hui représentant spécial de l’Unicef, ainsi qu’à Emmanuel Jal qui parraine depuis plusieurs mois l’action d’Amnesty International dans sa lutte contre l’enrôlement d’enfants dans les conflits.

Call of Duty Modern Warfare 2
Ayez donc dès aujourd’hui une pensée pour ces enfants qui vivent la guerre, et cessez au plus vite d’offrir à vos propres enfants des répliques d’armes en plastique. Pour vos enfants et pour vous même, arrêtez également d’acheter et de passer du temps sur des jeux-vidéo tels que Call of Duty, Medal of Honor ou Counter Strike (Lire à ce sujet The game is not over: La guerre fait toujours recette). Repensez-y encore à deux fois lorsque vous vous apprêterez à regarder un film dans la veine de Rambo – dont l’acteur Silverster Stallone, par éthique, n’aurait jamais du à mon sens accepter de participer à nouveau au quatrième volet – car beaucoup d’enfants vivant la guerre, lorsqu’il arrive qu’ils ne soient pas sur le front, passent une partie de leur temps à regarder ce type de films, tout en espérant pouvoir reproduire à leur tour les gestes et ruses de Rambo…
La guerre n’a rien d’un jeu, même si cela semble amuser les grands de ce monde.
S’il n’est donc pas possible de compter sur l’Humanité de ces plus grands, que l’on puisse au moins compter sur la votre, et que l’ignorance devienne conscience. C’est en effet de nous-même avant-tout que vient le changement, pas des autres…
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