Ce vendredi 26 février, l’Assemblée Nationale a voté sans disconcordance de la part des différents partis une loi accentuant la protection des personnes victimes de violences conjugales, et notamment celle à l’encontre des femmes. Nul doute qu’il était en effet temps de réagir, car les chiffres en rapport avec le sujet sont d’autant plus graves:
- En effet, en France, une femme décède des suites de violences conjugales tous les trois jours.
- À l’heure actuelle, une femme sur dix est victime en France de violences conjugales.
La violence dite conjugale prend plusieurs formes et n’est pas nécessairement visible. Si la première des violences que la majorité d’entre nous conçoit revête la forme physique (coups), la violence au sein du couple peut aussi s’exprimer de façon morale (menaces, pressions , insultes, humiliation) mais aussi sexuelle (viol, proxénétisme). Dans tous les cas, il s’agit d’une atteinte grave à la dignité et au respect de la femme qui doit être avertie au plus vite, car la violence ne va pas en s’atténuant, et place ainsi chacune de ces femmes en potentiel danger de mort. L’actualité récente l’a d’ailleurs démontré et ne fait plus aucun doute là-dessus.
La législation française d’aujourd’hui n’est pourtant pas vierge et a connu diverses avancées. Dès 1980 une loi précise que « tout acte de pénétration sexuelle de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui, par violence, contrainte ou surprise, est un viol », avant que la Cour de Cassation reconnaisse et punisse dix ans plus tard le viol entre époux. En 2006 enfin, la loi renforçant la prévention et la répression des violences au sein du couple est adoptée et organise une aggravation des peines encourues ” pour un crime ou un délit lorsque l’infraction est commise par le conjoint, le concubin ou le partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité ” mais également ” lorsque les faits sont commis par l’ancien conjoint, l’ancien concubin ou l’ancien partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. ” (Art. 132-80 du Code pénal). Sont reconnus en même temps les violences au sein de toutes les formes de conjugalité (concubinage, PACS et mariage).
Pourtant, force est de constater chaque année en France que la protection et la défense des femmes ainsi que la compréhension de cette réalité touchant 10% d’entre elles n’est encore qu’embryonnaire. À cela plusieurs raisons, parmi lesquelles les lacunes d’un système de protection qui tarde à être réellement connu et efficace. S’ajoute à ceci le manque d’écoute et d’accompagnement lorsque l’une de ces femmes fait preuve de courage pour quitter et dénoncer cet environnement violent, la récente actualité l’attestant une nouvelle fois. Enfin, autre élément – et pas des moindre – affirmant l’extrême difficulté de ces femmes à sortir du méandre des violences au sein du couple, l’acerbe réalité du milieu policier à majorité masculine où s’y reflète une philosophie parfois volontairement machiste et donc aux antipodes de la moindre compréhension de ce calvaire, de cette torture mentale et physique vécue par des milliers de femmes. De cette façon une double injustice se dessine: d’abord l’emprise psychologique et physique de leur mari dans l’intimité, qui s’associe à la non-reconnaissance de la société lorsque ces femmes sont reçues avec beaucoup de perplexité dans les commissariats. Une redoutable alliance qui les détruit psychologiquement.
Les violences conjugales sont donc une réalité encore méconnue pour ne pas dire taboue de la société française. Entre indignation et déni, la lutte contre les violences au sein de couple semble encore loin d’être terminée mais gageons que les nouvelles directives adoptées par le Parlement ne soient pas qu’un simple effet d’annonce, mais bel et bien le début d’un processus de protection et d’encadrement effectif et efficace. Il en va ainsi de la santé physique et mentale de milliers de femmes, et de leur vie…
Pour finir je tiens maintenant à partager ce que vit avec beaucoup de courage l’une de ces femmes. En effet, Marcela Afanador Luque a pris soin de me contacter pour me livrer avec énormément de force son témoignage et m’a confié son accord afin que vous puissiez le découvrir:
« Je vous fais part de mon témoignage qui est une vérité dont peu de personnes arrivent à croire possible dans un pays comme la France.
Nous, en tant que femmes victimes de violences, avons besoin de cette protection juridique car c’est la seule qui puisse véritablement nous protéger et nous rendre notre dignité. Cette protection je ne l’ai pas eu et j’en ai subi les lourdes conséquences qui m’ont amené à faire des choix extrêmes pour sauver mon intégrité physique et morale.
À ce jour et depuis mon pays d’origine, la Colombie, je me bats pour obtenir la garde de ma fille que j’ai dû laisser avec son père en France. Avocate en Colombie, j’ai travaillé dix années durant en France. Je n’avais pas aux yeux de quiconque – pas plus qu’aux miens – le profil pour vivre sous l’emprise d’un homme, mais petit à petit, aussi silencieusement que doucement j’ai connu au quotidien le harcèlement moral de mon ex-époux. J’ai dès lors commencé à perdre mon identité, ou peut-être l’avais placée en sommeil, toujours est-il que je vivais dans deux mondes parallèles, celui aux yeux des autres où tout était objet d’admiration personnelle et professionnelle et celui de ma vie intime où persistait un trou noir.
J’ai vécu l’incroyable de la part de Monsieur mais j’ai aussi vécu l’inimaginable: un système de protection inexistant et qui nous abandonne.
Que penser après avoir demandé l’intervention de la police pour vous protéger lorsque le lendemain, après leur visite, vous devez faire face à un homme décidé à vous faire interner dans un hôpital psychiatrique, et ce sous le conseil de la police ?
Que penser lorsque un policier vous appelle pour vous expliquer qu’il n’est pas possible d’alimenter un dossier sous un film d’harcèlement moral sous prétexte de gagner de la meilleure façon un divorce ?
Que penser lorsque un policier s’adresse à vous en affirmant que le harcèlement moral n’est que très abstrait ?
Que faire et comment réagir lorsque vous vous trouvez dans l’obligation de vivre sous le même toit avec un homme qui vous menace de mort, qui vous a battu, a saisi vos passeports, vos cartes bancaires et ne vous laisse plus vous approcher de votre fille ?
Que faire pendant les cinq mois d’attente avant la première audience de non-conciliation en vivant sous le même toit pour ne pas encourir le risque d’une plainte pour abandon de foyer ?
Que penser lorsque les mains courantes et la plainte pénale pour violence physique, menace de mort et harcèlement moral sont classées sans suite parce que Monsieur est parvenu à convaincre que tout n’était qu’un tour de cinéma de ma part monté dans le but d’alimenter un dossier de divorce, et ce lors d’une seule et unique convocation au commissariat ?
Que faire quand vous êtes seule face à cet homme et à ce système, loin de vos proches pour vous soutenir ?
Que penser quand on vous dit « Madame, c’est normal si après dix ans de mariage on vous frappe, cela arrive chez tous les couples, n’exagérez pas ! » ?
Que penser lorsque un policier réserviste vous dit « faites attention si vous ne trouvez pas un terrain d’entente avec lui, la DDASS risque de placer votre fille en famille d’accueil » ?La mère de Monsieur a fait le choix du suicide (l’origine de l’histoire qui se répète avec le temps ?). C’était il y a 25 ans, et je pense qu’elle n’avait plus d’autre option. En ce qui me concerne pour vivre du mieux possible je suis parvenue à trouver un accord pour revenir dans mon pays… mais sans ma fille. À tort ou à raison, lui et le système m’ont amenée au bout. Mais je devais sauver ma vie pour trouver l’appui et le courage nécessaire pour me sortir de ce cycle infernal.
Aujourd’hui Monsieur me dit: « tu ne sais pas ce que c’est la violence. La violence, c’est ce qu’a vécu ma mère. Ce que je te souhaite, c’est que tu trouves quelqu’un qui te frappe tous les jours ». Je voue un profond respect à sa mère, car ma douleur a été tellement importante que je ne veux pas imaginer celle qu’elle a vécue, puisque je sais ce qu’est la violence. Je sais aussi que si j’étais restée en France, peut-être que ma fille n’aurait plus de mère à ce jour. Même si je n’étais pas à cet stade, j’avais un choix différent de celui du suicide, celui de revenir chez moi et me donner l’opportunité de vivre et de reconstruire une nouvelle vie.
J’aime la France, ma grand-mère était française, et j’ai fait ma scolarité au Lycée Français de Bogotá. La Déclaration des Droits de l’Homme m’a inspirée pour prendre la décision de devenir avocate. J’ai travaillé en France et je suis aussi colombienne que française, comme ma fille. Malheureusement le système m’a fait fuir et m’a rendue impuissante et plus vulnérable aux attaques de Monsieur que personne ne pouvait ni ne savait empêcher.
Mon pays d’origine n’a pas la meilleure des images mais jamais, au grand jamais je n’imaginais retrouver une si douloureuse réalité dans le pays des Droits de l’Homme: La France, celle que j’aime encore.
Je ne perds toutefois pas espoir, je crois encore en la justice française et j’espère toujours que ma fille soit avec moi. Mais je ne peux m’empêcher de penser à toutes les femmes qui comme moi, ont et auront besoin d’une protection réelle car les blessures sont grandes et notre chemin de reconstruction est une des preuves les plus courageuses que nous sommes dans le devoir de surmonter. Nous avons besoin pour cela de mesures adaptées et qui nous permettent de croire que la justice est une réalité, ce qu’elle ne sera pas si elle ne nous donne pas le moyens de plaider que « le harcèlement moral est une réalité, une violence qui nous détruit, qui nous fait perdre notre identité et notre dignité. Il détruit nos enfants, nos idéaux de famille et notre statut de mère ».
Qui suis-je ? Je ne suis qu’une mère courageuse qui se bat pour une vie meilleure, pour elle mais aussi pour sa fille. Une mère pour qui il ne se passe pas une seule journée sans penser à sa fille. Une mère convaincue que la meilleure place pour ma fille est à côté de moi, dans un pays où il est possible de vivre pleinement, et dans lequel elle connaitrait une famille et des valeurs qui pourront lui apprendre que la vie d’une femme peut-être autrement.
Je remercie mes avocats du Cabinet Hincker et Associés, Me. Laurent Hincker et Me. Fabienne Rondot qui plaident ma cause et qui soutiennent activement au niveau européen la cause 2010 pour lutter contre la violence à l’encontre des femmes en France. Je remercie d’avoir eu un jour dans mes mains le livre de Marie-France Hirigoyen « Femmes sous emprise » et je remercie toutes les personnes de mon entourage proche qui sont à mes côtés et qui croient comme moi que la justice un jour arrivera.
Et je prie Dieu pour que les choses changent et avancent en France au bénéfice des victimes comme moi. Je prie Dieu pour retrouver un jour la joie de me réveiller chaque matin à côté de ma fille. Car je n’ai pas encore perdu la foi, ni l’espoir. »
Marcela Afanador Luque
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DÉCOUVREZ ÉGALEMENT:
Le blog Au Coeur de l’Humanité Consciente et sa page Facebook, consacrés à la défense et la promotion des droits des Femmes dans le Monde.












Magnifique temoignage . Rempli de courage et de foi .
Souhaitons en effet que la France saura se montrer digne des “textes des droits de l’homme” qui “semblent” lui etre chers ..
Il en faut du courage et de la force pour savoir supporter tant d’humiliations .
Vous les femmes ! Ne vous taisez plus et osez dire ce que vous vivez quotiennement .
Vous serez entendu , soyez en sures ….
Courage à vous toutes .