« Je veux leur dire aussi [aux français musulmans] que dans notre pays, où la civilisation chrétienne a laissé une trace aussi profonde, où les valeurs de la République sont partie intégrante de notre identité nationale, tout ce qui pourrait apparaître comme un défi lancé à cet héritage et à ces valeurs condamnerait à l’échec l’instauration si nécessaire d’un islam de France.»
« Chrétien, juif ou musulman, homme de foi, quelle que soit sa foi, croyant, quelle que soit sa croyance, chacun doit savoir se garder de toute ostentation et de toute provocation. »
Voici donc la dernière déclaration de notre Président de la République, ce mardi 8 décembre dans le quotidien Le Monde, en réponse au vote suisse au sujet de l’interdiction des minarets. Je ne comprends pas, et pire encore, je suis profondément outré qu’un Chef d’État tienne un pareil langage. Voyez bien où cela nous mène: vers un déni flagrant de la liberté religieuse et de son expression. Pire encore, avec de telles paroles, N. Sarkozy risque de bousculer la pérennité de la cohésion du peuple ainsi que la paix sociale du pays.
Ce qui est d’autant plus grave, c’est que de tels propos vont à l’encontre même des valeurs de la Constitution de la République, ce que N. Sarkozy prétend défendre. Il est pourtant énoncé dans son article premier, que « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances ». Et lorsque l’on parle de laïcité, cela signifie très exactement la séparation de l’église et de l’État, mais aussi la liberté de culte. En tant que Président de la République, Nicolas Sarkozy est de cette manière un bien piètre garant de la Constitution (Article 5 de la Constitution).
Par ailleurs, d’autres hommes politiques français se sont également exprimés à ce sujet, déclarant pèle-mêle que la présence d’un minaret n’était par indispensable dans l’architecture des mosquées. Mais, entre-nous, ces hommes ont-ils lu le Coran ou ont-ils des connaissances suffisantes sur la religion musulmane pour déclarer ceci ? Ont-ils réellement étudié la question ou ne font-ils que répéter ce que leurs conseillers leur ont écrit ? D’autant plus qu’un minaret n’est ni une provocation, ni un défi lancé comme le prétend N. Sarkozy. Ce n’est ni plus ni moins qu’une tour servant à l’appel de la prière, cinq fois par jour pendant tout juste quelques minutes.
S’il est question de parler d’architecture, pourquoi ne pas s’exprimer aussi sur les entreprises étasuniennes telles que MacDonald’s qui possèdent toutes la même architecture qu’importe la ville ou la région où ces restaurants sont implantés ?
Et si le problème est orienté sur la question de l’appel à la prière, des « nuisances sonores » que cela pourrait apporter à répétition – il s’agit pourtant d’un chant, pas d’un hurlement – , qu’en est il de nos églises et de leur(s) clocher(s) ?
Mais ce débat n’est qu’un prétexte pour stigmatiser encore un peu plus l’islam et raviver nos élans nationalistes, quitte à diviser davantage la population. Ni meilleure ni pire que toute autre religion, elle et ses pratiquants possèdent pourtant le droit à un respect honnête et d’apporter sans conditions discriminatoires leur contribution à la société française. La diversité culturelle et religieuse existe pourtant bel et bien, et n’en déplaise aux plus réfractaires, elle se trouve en France. Plus exactement, elle s’est développée depuis bien longtemps à la Réunion, cette île dans l’océan Indien où co-existent sans aucun trouble les églises catholiques et protestantes, les mosquées, les temples indiens et bouddhiques. La Réunion porte bien son nom, elle est le rassemblement de toutes les religions du Monde, et ce de la plus belle des manières.
C’est à croire qu’en Europe, à une époque telle que la notre, aussi peu tolérante et en proie à la psychose facile, il ne fait pas bon d’être musulman. La pandémie islamophobe semble s’étendre irrémédiablement et rien ne semble pouvoir l’arrêter, pas même la raison humaine.
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