Le droit à l’alimentation est enfin justiciable au niveau international ! Oui, mais…

18 05 2013

C’est en finalisant mon mémoire (1) il y a quelques jours que j’ai découvert une information relative au droit à l’alimentation d’une grande importance. En effet, le Protocole facultatif du Pacte International relatif aux Droits Économiques, Sociaux et Culturels (PIDESC) est entré en vigueur le 5 mai 2013 consacrant ainsi la justiciabilité du droit à l’alimentation.

Le droit à l’alimentation, kézako ?

Le droit à l’alimentation doit s’entendre comme comprenant trois composantes. Il s’agit en effet d’un droit en vertu duquel chaque individu doit pouvoir bénéficier d’une nourriture suffisante, accessible mais également adéquate à ses besoins. Jean Ziegler, alors Rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation avait précisé la notion de droit à l’alimentation en y ajoutant la notion de dignité (2). Ainsi, « le droit à l’alimentation est le droit d’avoir un accès régulier, permanent et libre, soit directement, soit au moyen d’achats monétaires, à une nourriture quantitativement et qualitativement adéquate et suffisante, correspondant aux traditions culturelles du peuple dont est issu le consommateur, et qui assure une vie psychique et physique, individuelle et collective, libre d’angoisse, satisfaisante et digne » (3). Au plan international, le droit à l’alimentation est consacré par divers instruments juridiques, tels que la Convention relative aux droits de l’enfant (4) ou la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (5). S’agissant du PIDESC, c’est son article 11 qui se rattache au droit à l’alimentation en consacrant « le droit de toute personne à un niveau de vie suffisant pour elle-même et sa famille, y compris une nourriture (…) suffisant(e) » tout en prenant soin de proclamer « le droit fondamental qu’a toute personne d’être à l’abri de la faim ».

Le PIDESC, c’est-à-dire ?

L’Assemblée Générale des Nations Unies © UN Photo

La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme n’ayant aucune valeur juridique, ce sont deux pactes internationaux (sur les droits civils et politiques (PIDCP) et sur les droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC)) adoptés conjointement par l’Assemblée Générale des Nations Unies en 1966 qui comblent cette lacune. Le PIDESC contient une liste de droits subjectifs tels que le droit à la santé, le droit à l’éducation, les droits au travail et bien entendu le droit à l’alimentation. Ainsi envisagé, les États ayant signé et ratifié ce Pacte sont liés à une obligation de respect, de protection et de mise en œuvre des droits qu’il contient… sans pour autant que l’Etat en question soit sanctionné en cas de violation de ces obligations. Bien qu’un Comité des droits économiques, sociaux et culturels ait été créé, sa fonction reste cantonnée au seul examen des rapports périodiques présentés par les Etats sur leur mise en œuvre des droits contenus dans le Pacte. Par ailleurs, le texte du PIDESC en lui-même ne donne aucune possibilité aux individus qui auraient épuisé tous les recours disponibles au plan national d’invoquer les droits contenus dans le PIDESC devant une instance internationale.

Cette lacune a conduit l’Assemblée Générale des Nations Unies à adopter le 10 décembre 2008 un texte complémentaire, désigné Protocole facultatif du PIDESC (6). Sous réserve que le protocole entre en vigueur et que l’Etat concerné l’ait ratifié c’est-à-dire intégré dans son système juridique, le Protocole facultatif du PIDESC permet la justiciabilité des droits contenus dans le texte du PIDESC. En d’autres termes, ce Protocole donne la possibilité aux individus ressortissants d’un Etat l’ayant ratifié la possibilité de déposer une plainte à l’encontre de l’Etat devant le Comité des droits sociaux, économiques et culturels des Nations Unies. C’est le 5 mai 2013, conformément à son article 18, que le Protocole facultatif du PIDESC est entré en vigueur après sa dixième ratification (7).

Peut-on pour autant parler de victoire ?

La plus grande difficulté qui se pose quant à la ratification par un Etat d’un tel Protocole est de le convaincre de se lier à un instrument juridique de niveau international qui contraint tous les Etats à se soumettre à des obligations « de faire » plutôt que de s’abstenir. Sur les 160 Etats parties au PIDESC, ce ne sont donc que dix d’entre eux qui reconnaissent la compétence du Comité des droits sociaux, économiques et culturels des Nations Unies pour recevoir des requêtes portant sur des violations présumées de droits que le texte contient tels que le droit à l’alimentation. Autrement dit, ces droits ne sont véritablement justiciables à l’heure actuelle qu’à l’encontre de ces dix Etats.

En définitive, il s’agit bien d’une étape importante dans la justiciabilité des droits économiques, sociaux et culturels au niveau international. Néanmoins, les limites de l’entrée en vigueur du Protocole facultatif du PIDESC en ce qu’il ne s’applique qu’aux Etats l’ayant ratifié ne font que rappeler une nouvelle fois à quel point les instruments juridiques internationaux, en particulier ceux relatifs à la protection des droits humains restent inéluctablement soumis à la volonté politique de chaque Etat. Gageons toutefois que le soutien et l’action de la société civile visant à encourager les Etats réfractaires à s’y soumettre permette d’allonger la liste des Etats parties. On se souvient notamment de la campagne « Faites-le signer » d’Amnesty International France dont l’objet était d’inciter l’Exécutif à signer le Protocole. Ce n’est toutefois que le 11 décembre 2012 que la France en est devenue signataire, dans l’attente d’une prochaine ratification.

(1) « L’alimentation, un enjeu stratégique en période de conflit armé: Le cas spécifique de la seconde guerre civile soudanaise ».
(2)
 Comme le remarque Christophe Golay dans son ouvrage « Droit à l’alimentation et accès à la justice », Ed. Bruylant, p.69.
(3) Commission, Le droit à l’alimentation. Rapport présenté par M. Jean Ziegler, Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation (7 février 2001), E/CN.4/2001/53, par. 14.
(4) Art. 24(2) (c) et 27 (3).
(5) Art. 12 (2).
(6) Adoption par la résolution A/RES/63/117.
(7) Après l’Argentine, la Bolivie, la Bosnie-Herzégovine, l’Équateur, l’Espagne, la Mongolie, le Portugal, le Salvador et la Slovaquie, le Protocole facultatif du PIDESC a été ratifié par l’Uruguay.





We can be Heroes: Batman part combattre la faim dans la Corne de l’Afrique.

3 04 2013

Il y a un an de cela, j’avais eu l’occasion de parler d’un soutien aussi original qu’intéressant en faveur de la lutte contre l’insécurité alimentaire, et plus spécifiquement relatif à la crise qui frappait la Corne de l’Afrique et les 13 millions de personnes qui se trouvaient en situation de malnutrition aiguë. Il s’agissait pour l’éditeur DC Comics d’utiliser l’image héroïque de ses personnages vedettes (Batman, Superman, Wonder Woman…) à l’aide d’un slogan terriblement accrocheur – We can be Heroes – afin de contribuer à la récolte de fonds pour trois ONG (Save the Children, International Rescue Committee et Mercy Corps).

© DC Comics

Outre les dons qu’il était possible d’effectuer directement sur le site de l’opération, DC Comics reversait 50 % des recettes obtenues par la vente de ses produits ou publiait périodiquement des numéros spéciaux destinés à financer l’aide humanitaire, lesquels étaient symbolisés par une couverture blanche. Bien que je doute fortement de l’attrait que représentaient ces couvertures vierges – un très mauvais choix éditorial, incitant difficilement à acquérir la revue, même pour les collectionneurs – l’opération We can be Heroes a tout de même permis de récolter plus de deux millions de dollars, lesquels ont permis de venir en aide à cinq millions de personnes.

© DC Comics

Pour ne pas en rester là, et puisque la Corne de l’Afrique se trouve toujours dans une situation critique au plan alimentaire (en février, 1,05 millions de personnes en Somalie nécessitaient toujours de recevoir une aide alimentaire) l’éditeur américain a décidé de relancer la campagne en faveur de l’assistance humanitaire dans la Corne de l’Afrique, toujours en mettant à l’honneur les super héros de son univers, à commencer par Batman. Rien que pour le personnage à la chauve-souris, l’objectif est de récolter en 45 jours 50 000 dollars à l’aide de la mise en vente de produits uniques pouvant attirer les collectionneurs (t-shirts, revues et jeux dédicacés…), mais pas seulement: Pour pas moins de 5 000 dollars, qui seront reversés à l’opération We can be Heroes pour la Corne de l’Afrique, DC Comics propose de faire apparaitre quiconque sera intéressé sous forme dessinée dans l’un des prochains gros numéros de Batman.

Estimation de la sécurité alimentaire – Avril-Juin 2013. © FEWS Net

Pour l’heure, en l’espace d’une journée à peine, ce sont déjà près de 35 000 dollars qui ont été récoltés, rien que pour la mise à l’honneur de Batman (il reste encore Superman, Wonder Woman, Green Lantern…). Un projet toujours aussi séduisant à mon sens, et qui a le mérite de pouvoir sensibiliser les lecteurs de comics de façon novatrice à la situation humanitaire de l’Est de l’Afrique. Un bémol toutefois, puisque seul le public des Etats-Unis peut contribuer à l’opération. Au-delà de la frustration des éventuels fans et intéressés hors USA de ne pouvoir participer à l’opération, le plus gros regret reste certainement celui de ne pouvoir qu’imaginer l’impact que celle-ci aurait pu avoir à l’échelle mondiale. Une autre critique peut également être émise au sujet du manque de communication sur l’utilisation des fonds récoltés, afin que le public concerné se rende aisément compte de l’impact de l’opération à laquelle il a participé… et éventuellement le fidéliser à la participation en faveur de la lutte contre l’insécurité alimentaire.





Insécurité alimentaire: Aperçu de la République Démocratique du Congo.

25 02 2013

La République Démocratique du Congo (RDC) est un immense Etat, plein de promesses de développement et de multiples richesses, mais qui, depuis des décennies, est secoué par une violence difficile à concevoir et une situation humanitaire absolument désastreuse. La multiplicité des groupes armés, la diversité de ses ressources naturelles et l’inertie gouvernementale sont en grande partie responsables de la situation qui prévaut actuellement dans cette région d’Afrique, de sorte que la pensée de Frantz Fanon suffit à résumer avec autant de justesse que de tristesse la réalité congolaise : « l’Afrique a la forme d’un revolver dont la gâchette se trouve au Congo ».

Présentation générale.

© Google

© Google

La RDC est un Etat d’Afrique centrale dont la capitale est Kinshasa, à l’Ouest du pays et dont la population représente 71,1 millions d’habitants.

Au plan du développement humain (calculé par l’ONU, à partir de données relatives à l’espérance de vie, scolarisation, revenus par habitant), la RDC se trouvait en 2011 à la toute dernière place, après notamment le Niger et le Burundi (Les trois premiers étant la Norvège, l’Australie, et les USA). Dans ce pays où plus de 75 % de la population vit avec seulement un dollar par jour, l’espérance de vie est estimée à seulement 47 ans pour les femmes et à 50 ans pour les hommes.

L’indice de fécondité est quant à lui estimé à plus de 6 enfants par femmes dans ce pays déjà affreusement touché par le fléau du viol. Il est en effet estimé que 400 000 femmes ont été violées entre 2006-2007.

Histoire politique contemporaine.

Historiquement, la République Démocratique du Congo est une ancienne colonie belge ayant acquis l’indépendance en 1960. Le pays est dirigé dès 1965 par Mobutu Sese Seko, après que celui-ci renverse le premier président par un coup d’Etat. Mobutu instaure dès lors un régime autoritaire et se maintient au pouvoir jusqu’en 1997.

Entre temps, le Rwanda est frappé par un conflit génocidaire faisant 800 000 morts, et qui aboutit par la fuite des forces armées gouvernementales ayant soutenu le génocide. Ces dernières s’installent dans l’Est de la RDC, à la frontière rwandaise et se rebaptisent en tant que Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR).

Joseph Kabila
© Radio Okapi/ Ph. John Bompengo

Mobutu est renversé en 1997 par un coup d’Etat mené par Laurent-Désiré Kabila, avec le soutien des troupes armées du Rwanda et de l’Ouganda. Une fois au pouvoir, Laurent-Désiré Kabila demande aux troupes armées étrangères l’ayant soutenu de quitter le pays. Celles-ci refusent, et s’installent à l’Est du pays, dans les régions des Kivus. Dès lors, l’est de la RDC devient une véritable poudrière du fait de la multiplicité des groupes armés, et de l’enjeu que représente l’exploitation de plus en plus importante des ressources minières présentes dans la région.

Laurent-Désiré Kabila est assassiné en 2001 par son garde du corps, et son fils Joseph Kabila lui succède et est toujours au pouvoir actuellement (deuxième mandat présidentiel en cours) malgré les allégations d’irrégularités relatives à sa réélection en 2011 face à son opposant Etienne Tshisekedi.

Élément symptomatique du conflit congolais : Les minerais.

Parmi les éléments contribuant directement à la persistance de la dégradation de la situation humanitaire en RDC, il est possible de citer le niveau élevé d’insécurité, la production agricole insuffisante, le manque d’infrastructures sociales et la présence de très nombreux déplacés internes des suites de la continuité du conflit armé secouant le pays. L’une des principales causes de ce conflit n’est par ailleurs un secret pour personne, puisque au-delà des revendications politiques ce conflit s’organise autour de la question du contrôle des ressources minières du pays.

La RDC est en effet dotée d’une abondance de ressources minérales rares dans toute sa région Est. Les principaux minerais exploités au Congo sont au nombre de quatre, et une grande partie d’entre eux est utilisée par l’industrie de l’électronique :

  • Le coltan, permettant d’obtenir le tantale, indispensable à la fabrication des condensateurs, dont la fonction est de stocker l’électricité,

  • La cassitérite, à partir de laquelle est obtenu l’étain que l’industrie de l’électronique utilise pour les soudures des circuits imprimés,

  • L’or, employé comme revêtement des fils électriques,

  • Les diamants.

Minerais de cassitérite

Tous ces minerais sont exploités dans des mines à ciel ouvert ou encore à l’intérieur de galeries pouvant descendre jusqu’à 300 mètres de profondeur. Du fait de l’enjeu qu’elles représentent, toutes ces mines sont minutieusement contrôlées et surveillées, soit par l’armée régulière, soit par des groupes rebelles. Ces minerais et leur commerce, qu’il soit licite ou illicite, permet aux groupes rebelles et à l’armée nationale d’obtenir aisément des sommes pouvant atteindre des dizaines de millions de dollars, qui leur servent à renouveler leurs équipements militaires, et poursuivre inlassablement le conflit.

Aperçu de la situation humanitaire.

À ce jour, la situation sécuritaire désastreuse qui prévaut en RDC a poussé 2,7 millions de personnes à se déplacer à l’intérieur du pays, et 420 000 autres à l’extérieur des frontières, principalement vers l’Ouganda à l’Est et le Congo-Brazzaville à l’Ouest. Cela a évidemment poussé l’ONU à réagir, au travers de deux opérations de maintien de la paix dès 1999 avec la MONUC, remplacée dès 2010 par la MONUSCO (Acronyme : Mission de l’ONU pour la stabilisation en RDC), dont le mandat porte essentiellement sur la protection des civils et la stabilisation et la consolidation de la paix (Résolution 1925).

Le conflit congolais ayant toujours cours aujourd’hui, son effet néfaste sur le développement du pays est irrémédiablement perceptible, en particulier en matière de sécurité alimentaire, ce à quoi s’ajoute l’incapacité des politiques gouvernementales à assurer la continuité des services sociaux de base et les faibles rendements agricoles. Ces effets se manifestent également au plan de l’accès à l’eau potable.

En 2011, l’OMS publiait un rapport dans laquelle elle affirmait qu’environ 51 millions de personnes en RDC, soit les trois quarts de la population, n’avaient pas accès à de l’eau potable. La RDC est pourtant le pays d’Afrique qui possède les ressources hydrologiques les plus importantes (c’est-à-dire plus de la moitié des réserves d’eau d’Afrique). À titre de comparaison, 30% de la population congolaise a accès une eau potable salubre, tandis que la moyenne pour l’ensemble de l’Afrique subsaharienne est de 60 %.

Point d’eau réalisé par ACF
© ACF – RDC

Consécutivement, le manque de développement des infrastructures en matière d’eau potable a des répercussion au plan sanitaire. À titre d’exemple, ce sont plus de 52 400 cas de choléra qui ont été détectés entre 2011-2012, dont 1 300 ont été mortels. Précision : le choléra est une maladie typique des lieux où l’hygiène et l’assainissement de l’eau sont insuffisants et peut être fatale si elle n’est pas traitée dans les trois premiers jours.

Élément paradoxal, dans certaines régions de RDC, notamment dans le centre du pays (Kasaï-Oriental), une bouteille d’eau de 1,5 litre coute plus chère que deux bouteilles de bière. Comptez 1 500 francs congolais (soit 0,76 €) pour une bière, et 3 500 FC (soit 3 €) pour une bouteille d’eau. L’eau mise en bouteille localement est d’ailleurs plus chère que les bouteilles importées. Il s’agit une nouvelle fois d’une conséquence du retard de développement en la matière associé à la situation sécuritaire désastreuse.

Au plan alimentaire, la situation est toute aussi catastrophique. La RDC fait partie des sept pays concentrant les 2/3 des personnes souffrant de sous-alimentation dans le monde (avec Bangladesh, Chine, Éthiopie, Inde, Indonésie et Pakistan). Depuis plusieurs décennies, les taux de malnutrition ne cessent d’augmenter. En l’espace d’un peu moins de 20 ans (1990-2007), la proportion de la population souffrant de sous-alimentation est passée de 26% (10 millions) à 69 % de la population totale (soit 42 millions de personnes). 60% de la population affectée par l’insécurité alimentaire se trouve dans les régions du Nord Kivu, du Sud Kivu, du Maniema ainsi que dans la Province Orientale et du Katanga.

© WFP

Chez les enfants, la situation est toute aussi inquiétante, puisqu’en l’espace de moins de 15 ans, la proportion d’enfants âgés de moins de 5 ans souffrant d’insuffisance pondérale a également augmenté, passant de 20 à 28%. La situation est telle, que l’IFPRI (Institut International pour la recherche en politique alimentaire), a déclaré en 2011 que la RDC était le seul pays depuis 1990 à être passé d’une situation alarmante à une situation extrêmement alarmante. Au niveau des denrées alimentaires, leur prix en 2012 est bien supérieur aux trois années précédentes (+46% pour la farine de maïs, +76% pour l’huile de palme).

La faible mobilisation de la communauté internationale au plan humanitaire en faveur de la RDC est également alarmante, puisque l’apport de l’aide humanitaire par habitant est non-seulement minimal, mais n’augmente également que légèrement (3$ en 2000, 6,5$ en 2008). En comparaison, l’aide humanitaire par habitant au Tchad est passée, sur la même période, de 50¢ à 15$ et de 14$ à 41$ en Somalie.

Les programmes d’intervention d’Action Contre la Faim.

ACF en RDC

ACF en RDC

La crise de la RDC peine certes à mobiliser la communauté internationale, mais Action Contre la Faim (ACF) est quant à elle présente dans le pays depuis janvier 1996 (17 ans !). C’est plus exactement ACF USA qui est présente sur place, en employant 30 à 40 expatriés ainsi que 600 employés nationaux. Pour mener à bien ses programmes, ACF a étendu son champ d’action dans différentes régions de la RDC, allant de la capitale Kinshasa jusqu’à l’Est et l’extrême Nord-Est du pays.

Concernant les caractéristiques de l’intervention d’ACF, la mission de l’organisation porte sur 3 des 4 domaines d’interventions auxquels l’organisation est apte à agir, à savoir :

  • La nutrition, la santé et les pratiques de soins,

  • La sécurité alimentaire et de développement des moyens d’existence,

  • L’eau, l’assainissement et l’hygiène,

  • Plaidoyer et sensibilisation.

Dans le cas spécifique de la RDC, ACF a tout d’abord établi un programme relatif au domaine de la nutrition, de la santé et des soins. Ce programme est organisé autour de quatre axes d’action :

  • L’intervention d’urgence pour la crise nutritionnelle,

  • La surveillance des niveaux de nutrition,

  • L’éducation à la santé,

  • Le renforcement des capacités du Programme National de Nutrition du Ministère de la Santé.

ACF mène également à bien un programme axé sur la sécurité alimentaire et le développement des moyens d’existence. Ce programme s’organise autour de :

  • La distribution de semences et d’outils,

  • La diversification des cultures,

  • La formation technique,

  • Le développement des activités génératrices de revenus (Ex. : Distribution de coupons alimentaires).

Enfin, le troisième programme d’ACF en RDC concerne le domaine de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène. Pour ce faire, ACF agit pour :

  • Le forage de puits, l’installation de collecteurs d’eau,

  • L’installation de latrines à usage privé et public,

  • La promotion de l’hygiène,

  • La prévention du choléra.

Enfin, au plan du bilan d’ACF, l’organisation est parvenue en 2010

  • à former 4 000 travailleurs de santé publique,

  • à équiper 476 centres de traitements,

  • à soigner 42 000 personnes souffrant de sous-nutrition.

En 2011, ce sont 92 000 personnes qui ont bénéficié de l’assistance pluridisciplinaire d’ACF.

L’action du Programme Alimentaire Mondial.

Rien que pour l’année 2012, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) est parvenu à venir en aide à 2,5 millions de bénéficiaires. Sur les sept précédentes années, ce sont 2,3 millions de personnes en moyenne qui ont reçu une aide alimentaire de l’organisation. Le PAM vient en aide en priorité aux personnes affectées par le conflit armé, en particulier dans l’Est du pays, et travaille également en coopération avec d’autres agences des Nations Unies et ONG pour le transport du matériel humanitaire dans les régions reculées de RDC.

L’action du PAM en RDC s’organise en cinq programmes complémentaires :

  • Nutrition : Le but étant l’amélioration de l’état nutritionnel des personnes identifiées comme sévèrement ou modérément à risque. Ce programme nutritionnel est mis en place dans les centres thérapeutiques mais également dans les cantines scolaires.
  • Assistance aux déplacés internes, réfugiés et rapatriés : L’organisation vient en aide aux personnes les plus vulnérables telles que les plus âgées, les orphelins ou les malades chroniques.
  • Santé : Assistance aux personnes affectées par le VIH.
  • Programmes « Vivres contre travail » (Food-for-work) et « Vivres contre formation » (Food-for-training ) : L’objectif de ces programmes vise la réhabilitation des infrastructures rurales telles que les voies terrestres, les écoles et établissements publics, tout en permettant à la population locale d’accéder à des denrées alimentaires et/ou à une formation en l’échange du travail qu’elles fournissent dans le cadre desdits programmes. Le PAM veille également à ce que les produits des fermiers congolais parviennent aux marchés afin de stimuler l’économie tout en facilitant l’accès aux produits pour les populations.
  • Soutien des programmes de démobilisation des enfants-soldats et des adultes combattants avec leur famille : L’organisation porte également une attention toute particulière aux femmes, lesquelles sont nombreuses à être victimes de violences sexuelles commises par des groupes armés.




L’alimentation, un enjeu stratégique en période de conflit armé.

19 12 2012

L’alimentation, en tant qu’élément indispensable au développement physique et mental, revête un aspect essentiel de la vie de chaque être humain. Pourtant, selon la dernière évaluation de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) dans son rapport sur l’insécurité alimentaire dans le monde en date d’octobre 2012, l’alimentation manque à près de 870 millions de personnes, une grande partie d’entre elles vivant dans des Etats en proie aux guerres. En effet, l’insécurité alimentaire trouve dans l’un de ses facteurs sinon le principal les conflits armés, comme le confirme un rapport du Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, lequel reprend une affirmation soutenue par le Comité International de la Croix-Rouge. De plus, l’alimentation revête plus que jamais en période de guerre un intérêt stratégique à l’encontre duquel les populations civiles sont trop souvent les seules à en subir les conséquences. Sans pour autant viser l’exhaustivité, procédons à un rapide état des lieux de la question.

Ressources alimentaires et/ou aquifères : sources de tensions dans certaines parties du globe.

L’exemple le plus caractéristique en terme de tensions relatives à la question des ressources alimentaires et/ou aquifères reste certainement le cas du fleuve Jourdain, au Proche-Orient. Prenant sa source au Liban, le Jourdain suit son cours au milieu des zones frontalières sous constante friction d’Israël, la Syrie, la Jordanie et la Cisjordanie avant de se jeter dans la Mer Morte. Le Jourdain, en tant qu’unique fleuve de la zone, est un atout aussi important que vital pour l’irrigation de la région. Dans un contexte déjà plus que houleux quant au partage des eaux sans qu’aucun accord régional de gestion commune n’existe à ce jour, la situation est rendue particulièrement explosive et alarmante s’agissant des conditions de vie des palestiniens, en raison de l’attitude de l’Etat d’Israël. En effet, en contrôlant toutes les ressources en eau disponibles en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza, Israël exploite au maximum le Jourdain et 80% de ses eaux souterraines pour ses propres besoins, qu’il s’agisse d’irriguer ses plantations agricoles ou d’alimenter les piscines présentes dans les colonies juives.

Rapport 2009 d'Amnesty International: "Les Palestiniens privés de leur droit à l’eau"

Rapport 2009 d’Amnesty International: "Les Palestiniens privés de leur droit à l’eau"

La situation est telle qu’en 2009, Amnesty International avait tiré la sonnette d’alarme, en affirmant dans un rapport intitulé Troubled Waters – Palestinians Denied Fair Access To Water que la politique d’Israël en matière d’eau constitue en soi un véritable obstacle au développement d’un réseau d’eau efficace pour les palestiniens. Les palestiniens, lorsqu’ils ne sont tout simplement pas expulsés des terres fertiles bordant le Jourdain, sont contraints de se soumettre à une autorisation préalable, de toute évidence très difficile à obtenir, pour procéder au forage d’un puits. Le rapport de l’organisation précise à cet égard que, bien que l’OMS recommande l’utilisation de 100 litres d’eau par personne et par jour, les palestiniens n’ont accès qu’à 70 litres tandis que la consommation des israéliens s’élèverait à 300 litres par jour et par personne. Une telle politique n’est évidemment pas sans conséquence sur la sécurité alimentaire des palestiniens, et constitue, à l’instar de bien d’autres conflits dans le monde, l’un des rouages d’une stratégie visant à affaiblir une population pour contraindre ses représentants à obtempérer.

La faim utilisée comme arme de guerre et dégât collatéral des conflits : Le cas de la seconde guerre civile soudanaise (1985-2003).

En matière d’utilisation de l’alimentation en tant qu’arme de guerre, les exemples ne manquent malheureusement pas. L’histoire contemporaine de nombreux Etats est en effet particulièrement marquée par une succession de famines et de guerres, lesquelles mettent en exergue tous les enjeux que suppose un conflit armé et les liens qu’une telle situation entretient avec l’alimentation. Citons pêle-mêle les états de siège, dont le but est notamment de contraindre les populations à ne recevoir aucune aide alimentaire tel que cela s’est notamment illustré lors du conflit bosniaque au début des années 1990, la destruction des moyens de production et de procuration de l’alimentation comme en Somalie avec – entre autres – les cas d’empoisonnement des puits ou encore les multiples cas de pillages et d’utilisation de la technique de la terre brulée que l’on peut révéler de-ci de-là dans de nombreux conflits encore en cours.

La seconde guerre civile soudanaise (1983-2005) constitue certainement l’un des épisodes les plus parlants en la matière, en plus d’être l’un des plus tristes et sanglants de l’histoire du pays. Opposant le gouvernement central de Khartoum déjà assisté de milices janjawid (les « Diables cavaliers ») et l’Armée Populaire de Libération du Soudan (APLS) dans toute la région sud du pays, ce conflit est responsable du décès de près de deux millions de personnes, essentiellement des civils des suites d’insuffisances alimentaires prolongées causées par des famines successives. Quatre millions d’autres personnes ont également été contraintes aux déplacements forcés.

Le Conseil de Sécurité des Nations Unies. Crédits: UN Photo/Evan Schneider

Les populations civiles sont en effet les principales victimes des conflits armés, comme le reconnaît la résolution 1265 du Conseil de Sécurité des Nations Unies (1999). Premières victimes des effets de la guerre au travers des balles, explosions et autres exactions commises par les groupes armés, les populations civiles subissent également la guerre au travers de l’impact irrémédiable que celle-ci a sur la sécurité alimentaire de toute région qu’elle affecte. Barrages routiers ou routes détruites rendent cet impact visible ne serait-ce au moins sur le prix des denrées alimentaires ou sur les quantités disponibles de celles-ci.

Durant la période ayant secoué le Soudan dans le cadre de la seconde guerre civile, l’alimentation s’est révélée être un enjeu particulièrement central des belligérants au conflit, jusqu’à en devenir une arme et une méthode de combat. Bien que les forces de Khartoum et celles du APLS s’opposaient essentiellement sur les questions relatives à l’autonomie accordée à la région du sud et à l’application de la loi pénale islamique (charia), ces deux forces n’ont pas hésité à s’affronter sur le terrain de l’alimentation.

Les autorités gouvernementales ont ainsi essuyé de nombreux refus aux organismes humanitaires désirant agir dans les zones soumises aux rebellions, s’opposant même à déclarer l’état d’urgence malgré le niveau alarmant de l’insécurité alimentaire dans le pays. Les largages de l’aide alimentaire au dessus du sud-Soudan ont été épisodiquement autorisés mais soumis à la condition que les avions cargo fassent escale à Khartoum, afin que les autorités procèdent à une inspection. Khartoum suspectait en effet les avions cargos humanitaires d’envoyer par la même occasion des armes à la région sécessionniste. Par certains aspects, notamment par la politique de la terre brulée, l’attitude du gouvernement central avait également pour objet de chasser les populations du sud du pays afin d’encourager les pasteurs du nord à prendre possession des terres, bien plus fertiles en amont du Nil. De plus, les forces gouvernementales comme les rebelles de l’APLS ont toutes deux eu recours à l’appropriation et autres pillages des denrées alimentaires, aux attaques contre les épisodiques convois humanitaires, au profit de leurs troupes plutôt qu’aux populations civiles. Réaction de cause à effet, ces pratiques ont eu pour conséquence d’accentuer l’aggravation de la situation humanitaire et a fortiori alimentaire, quand bien même des règles strictes relatives aux comportements autorisés et prohibés pendant un conflit armé existaient déjà.

La faiblesse du droit face à ces méfaits vieux comme la guerre.

En dépit des difficultés évidentes et inhérentes à la question de l’alimentation des populations en période de guerre, le droit s’efforce néanmoins de ne pas rester en retrait. Bien que le droit international humanitaire ne fasse aucune mention du droit à l’alimentation, plusieurs dispositions ont pour objet de garantir aux populations, même en temps de conflit, l’accès aux denrées alimentaires. Cette garantie s’illustre notamment par l’interdiction d’utiliser délibérément la famine contre les civils comme une méthode de combat, dans le cadre d’un conflit, qu’il soit international ou pas (Protocole additionnel 1 des Conventions de Genève de 1949, art. 54 par. 1 et 2; Protocole 2, art. 14). Le Statut de Rome de la Cour Pénale Internationale, adopté en 1998, prend également soin d’ériger une telle pratique au rang de crime de guerre (Art. 8, para. 2 b) xxv)) et de crime contre l’Humanité (Art. 7, par. 2 b).

La garantie de l’accès à l’alimentation par le droit international humanitaire est également mise en exergue en ce que les prisonniers de guerre et autres personnes civiles détenues ne doivent pas se voir refusé l’accès à des rations alimentaires régulières et suffisantes en quantité comme en qualité (Convention 3 de Genève, art. 26 ; Conv. 4, art. 89). Il en va de même pour l’acheminement des secours, notamment alimentaires qui, à destinations des populations civiles de quelque Etat en situation de conflit armé ne peut se voir être refusé, sous peine également de constituer un crime de guerre à l’aune du Statut de Rome de la Cour Pénale Internationale (Art. 8, para. 2 b) xxv)).

Slobodan Milosevic.
Crédits: AFP/ Jerry Lampen / Reuters Pool

Au vu des cas historiques précédemment relevés, il reste évidemment possible de constater l’impuissance du Droit international humanitaire à constituer un rempart inébranlable contre la commission de telles infractions en matière de protection de l’accès à l’alimentation. Néanmoins, le droit essaie également tant bien que mal, après la commission de ces méfaits, à les panser au travers du mécanisme de la justice pénale internationale. Les exemples sont certes rares, et les chefs d’accusation ne portent pas exclusivement sur l’utilisation de la famine et de l’alimentation comme arme en période de guerre, mais des précédents existent. Citons notamment l’une des plus caractéristiques de toutes les affaires, le procès de Slobodan Milosevic, poursuivi par le Tribunal International Spécial pour l’Ex-Yougoslavie pour génocide, crimes contre l’Humanité, infractions graves aux Conventions de Genève et violations des lois et coutumes de la guerre. En 1992, le Conseil de sécurité des Nations Unies avait fait part, dans sa résolution 787, de sa vive inquiétude quant à la situation alarmante dans laquelle se trouvait les populations musulmanes de Bosnie-Herzégovine. Il avait affirmé à cet égard que les personnes qui commettaient ou ordonnaient de commettre des actes constitutifs de violations du droit international humanitaire notamment en matière d’alimentation seraient tenues pour individuellement responsables. Bien que ce procès n’ait pu être mené à son terme, les chefs d’accusation relatifs au génocide et autres actes inhumains et dégradants portaient notamment sur la soumission délibérée « à des conditions de détention caractérisées [entre autres] par un régime de famine, une eau de boisson croupie (…) » des musulmans et croates de Bosnie et autres civils non serbes présents dans des camps de détention.

Face à la question de l’utilisation de l’alimentation et de la famine en tant qu’arme et méthode de combat, force est de constater que l’enjeu auquel se trouve confrontée la justice pénale internationale, réside bien dans la nécessité de surmonter, au moyen des instruments juridiques dont elle dispose déjà, les obstacles inhérent à sa jeunesse afin de sanctionner au mieux, efficacement et convenablement, une pratique de toute évidence vieille comme la guerre elle-même.





Plumpy’Nut: Sortir les enfants du piège de la sous-nutrition.

13 12 2012

Lors d’une réunion entre bénévoles à la délégation aixoise d’Action contre la Faim, j’ai eu l’occasion d’en apprendre davantage sur les traitements des enfants atteints de sous-nutrition ou de malnutrition sévère utilisés par l’organisation humanitaire. À cet égard, la discussion s’est particulièrement orientée sur le Plumpy’Nut.

L’aliment Plumpy’Nut est produit depuis 1996 par l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) et la société française Nutriset. Basée en Normandie, Nutriset est une entreprise totalement dédiée à l’action humanitaire depuis sa fondation en 1986. En 2011, cette dernière a autorisé la production du Plumpy’Nut par les pays du sud, au travers de l’ouverture du brevet de la recette de fabrication, permettant consécutivement une diffusion toujours plus élargie et facilitée du produit.

Un sachet individuel de Plumpy'Nut.

Un sachet individuel de Plumpy’Nut.

Plumpy’Nut est donc un aliment thérapeutique utilisé pour lutter contre la sous-nutrition par plusieurs ONG dont Action Contre la Faim et Médecins Sans Frontières, et a pour particularité de ne nécessiter aucune préparation. En effet, nullement besoin de le diluer ou de l’adjoindre à un autre aliment. Plumpy’Nut peut donc être consommé tel quel par les adultes et les enfants dès l’âge de 6 mois.

Dans le cas particulier des enfants atteints de sous-nutrition ou de malnutrition sévère, il faut savoir qu’en raison de l’affaiblissement aggravé de leur organisme, ceux-ci ne peuvent se nourrir normalement avec des aliments ordinaires, tels que des fruits, des légumes ou autres. Pumply’Nut répond par conséquent parfaitement à ce besoin du fait de sa structure. Il s’agit en effet d’une pâte enrichie en vitamines et minéraux, obtenue à partir d’arachide, de sucre et de poudre de lait écrémé notamment. Un sachet individuel pèse 92 grammes et représente un apport de 500 kcal.

En moyenne, un enfant sous-alimenté âgé de 4-5 ans reçoit le traitement Plumpy’Nut, selon son état, pour une durée de 4 à 10 semaines, chez lui ou en centre nutritionnel. Pour retrouver un poids et une corpulence permettant de le sortir de l’état de sous-nutrition aggravée, l’enfant doit absorber une quantité égale à 200 kcal par jour et par kilogramme. Néanmoins, il arrive dans certains cas que l’enfant ne survive pas, en dépit du traitement, du fait de l’avancement de son état et de l’affaiblissement exacerbé de son organisme. Le traitement d’un enfant atteint de sous-nutrition sévère est d’autant plus urgent que les carences alimentaires dont il souffre peuvent lui être fatales ou avoir un effet irrémédiable sur son développement physique et mental.

À titre d’exemple:
- La carence en fer, qui constitue la forme la plus fréquente de malnutrition empêche le développement cérébral. Le fer est présent dans les viandes rouges et blanches, dans le poisson, mais également dans les oeufs, le soja, les lentilles, haricots…
- Le manque de vitamine A, dont souffrent plus de 40 millions d’enfants dans le monde, provoque la cécité (13 millions d’entre eux deviennent aveugles chaque année par manque de cette vitamine) et augmente dans le même temps les risques de mort à la suite de diarrhées, d’une rougeole ou de paludisme. La vitamine A se trouve dans les produits laitiers, les oranges, les carottes…
- Le manque prolongé de vitamine B provoque le béribéri, maladie ayant pour caractéristique de détruire le système nerveux.
- L’absence de vitamine C dans la nourriture provoque le scorbut, caractérisé notamment par une dégénérescence des muscles.
- Le manque de zinc affecte quant à lui les facultés motrices et cérébrales et provoque chez les enfants un retard de croissance et une réduction des résistances immunitaires. De plus, le manque de zinc chez les enfants en bas âge provoque des diarrhées, lesquelles sont souvent mortelles.

L'huile de palme, un ingrédient du Plumpy'Nut.

L’huile de palme, un ingrédient du Plumpy’Nut.

Gage de son efficacité, Plumpy’Nut est recommandé par l’Organisation mondiale de la santé, l’UNICEF et le Programme Alimentaire Mondial depuis 2007, en tant qu’aliment thérapeutique prêt à l’emploi. Par ailleurs, son coût a connu une baisse constante au fil des années. En 2010, le kilo de pâte Plumpy’Nut coutait environ 2,7 euros.

Un regret non-négligeable peut néanmoins être adressé quant à la composition du Plumpy’Nut : Celui-ci est en effet composé en partie de matière grasse obtenue à partir d’huile de palme, laquelle est, à juste titre, loin de faire l’unanimité, tant au plan environnemental qu’en matière de santé publique. Un problème de taille dont l’éthique humanitaire ne pourrait s’accommoder et qu’il convient par conséquent de résoudre au plus vite.





Journée mondiale de l’alimentation: Souffrir de la faim en 2012 est inacceptable.

9 10 2012

Ce 9 octobre 2012, la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) a publié son nouveau rapport consacré à l’état de l’insécurité alimentaire dans le monde. Comme chaque année, ce rapport a vocation à dresser le bilan sur l’évolution des crises alimentaires ayant sévi au cours de l’année et d’établir des propositions visant à réduire le nombre de personnes touchées par ce fléau. Ainsi dans la dernière édition de son rapport, la FAO appelle notamment à ce que les tranches de populations les plus démunies soient également "parties prenantes au processus de croissance" afin qu’elles puissent bénéficier de la reprise de la croissance économique qui permettrait consécutivement une amélioration de leur nutrition.

Source: FAO

L’édition 2012 de ce rapport de la FAO a également pour particularité d’apporter une nouvelle estimation du nombre de personnes souffrant quotidiennement de la faim. En effet, les chiffres étaient inchangés depuis 2010, temps durant lequel l’organisation a totalement révisé sa méthodologie d’estimation de la sous-alimentation, le but étant d’obtenir des données plus pertinentes. Ainsi pour l’intervalle 2010-2012, la FAO estime à près de 870 millions le nombre de personnes concernées par l’insécurité alimentaire. Si ce chiffre témoigne bien d’une diminution par rapport à 2010, où l’on comptait 925 millions de personnes touchées, la FAO tient néanmoins souligner le caractère inacceptable de cette réalité.

J’aimerais dès lors insister également sur ce dernier point, à l’occasion de la journée international de l’alimentation qui se tiendra le 16 octobre prochain. Une personne sur huit dans le monde souffre quotidiennement de la faim, alors que l’état actuel de la production agricole mondiale est capable de nourrir 12 milliards d’êtres humains. La faim n’est donc pas une fatalité, bien au contraire, et nous avons ensemble la possibilité d’agir pour que la faim deviennent une priorité.

Certaines initiatives, dynamiques et surprenantes, peuvent en effet nous permettre d’apporter notre contribution à la lutte contre l’insécurité alimentaire mondiale. Aujourd’hui, le Programme Alimentaire Mondial propose ainsi de participer à un quizz en trois questions sur l’histoire de Molly, une jeune fille kenyane qui a tenu à montrer à l’aide du PAM et d’une caméra comment les repas nutritifs gratuits fournis par l’organisation dans des écoles encourage les élèves à venir et leur apporte en même temps une bonne nutrition pour grandir et mieux apprendre !

En effet, dans les communautés de certains pays en développement où des parents peuvent être contraints à faire travailler leurs enfants en quête d’un revenu supplémentaire, les repas quotidiens tels qu’ils sont dispensés dans certaines cantines scolaires par le Programme Alimentaire Mondial peuvent inciter les parents à envoyer leurs enfants à l’école, et à les y maintenir. Le PAM propose aussi aux enfants, dans la mesure du possible, de rapporter chez eux des rations alimentaires, afin que les familles reçoivent également des vivres lorsque leurs enfants vont à l’école. La distribution des rations dépend de l’inscription scolaire et de l’assiduité des enfants à l’école.

Ainsi, à l’occasion de la journée mondiale de l’alimentation, permettez à des enfants comme Molly à recevoir un repas nutritif en regardant la vidéo ci-dessus, en répondant trois questions posées et partagez cette initiative autour de vous. Vous avez également la possibilité de faire un don au Programme Alimentaire Mondial. Gardez à l’esprit qu’avec peu, le PAM peut faire beaucoup: une ration super nutritive de Plumpy’Sup® pour un petit enfant ne coûte au PAM que 0,20 dollar, et qu’avec 1 euro le Programme Alimentaire Mondial peut fournir une semaine de repas à un écolier, 50 euros étant donc suffisants pour nourrir une écolière pendant une année entière.





Human-Cola: Des bulles et de l’humanitaire.

4 07 2012

Coup de projecteur sur le pari un peu fou, mais ô combien humaniste qu’a fait un entrepreneur français installé en Bretagne : faire du soda un symbole de la solidarité humanitaire. Initialement dirigeant d’une cidrerie, Dominique Le Brun a en effet créé Uman Cola, une société qui commercialise du cola, et dont la vocation est également humanitaire. Le principe est redoutablement séduisant, puisque pour chaque bouteille de soda achetée, 50% des bénéfices de la vente sont reversés à des associations humanitaires partenaires. De la sorte, la moitié des bénéfices obtenus au titre de chaque bilan annuel de la société est reversée à Action Contre la Faim, qui agit en faveur des populations touchées par l’insécurité alimentaire, mais également à l’association À chacun son Everest, dont l’objectif est d’apporter une assistance aux enfants atteints de cancer ou de leucémie.

Ainsi dès 2011, la société Uman Cola a initialement diffusé ses boissons dans les étales des magasins Franprix et dans plusieurs autres enseignes de la région bretonne et de la région parisienne. Cette même année, Uman Cola a également reçu le prix spécial du jury lors de la 13e édition des Trophées des Grés d’Or, événement annuel organisé par la Fédération des Entreprises et des Entrepreneurs de France (FEEF) et qui récompense les partenariats performants réalisés entre des Industriels et des Enseignes du Commerce Moderne. Et c’est aujourd’hui en 2012, à l’aube d’une nouvelle étape pour la société Uman Cola et ses produits que j’ai eu l’honneur, pour la réalisation de cet article, de poser plusieurs questions à Dominique Le Brun :

Lookingforsomehope : Pouvez-vous nous présenter la gamme de boissons au cola que vous proposez actuellement ?

Dominique Le Brun : La gamme des produits Human Cola est composée actuellement de quatre éléments : le Regular, le Light et le Zéro. Pour ces deux derniers nous avons choisi de ne pas utiliser d’aspartame au regard des polémiques dont ce composant fait l’objet. Le quatrième est le Bio. C’est le dernier sorti de la gamme, il est labellisé et composé de sucre bio tout comme le Light et le Zéro. Uman, en partenariat avec l’entreprise de fabrication a fait un travail gigantesque dans la mise au point des recettes, pour chacun de ses produits. Ceci dans le but de proposer des produits qui plaisent à toutes et tous et qui donnent envie de se joindre à la cause.

Human Cola Regular
© Uman

L : Vos boissons sont distribuées dans plusieurs centres commerciaux de Bretagne depuis 2011 et partout en France avec l’enseigne Franprix. Qu’en est-il aujourd’hui, et quelles seront les prochaines enseignes à proposer votre boisson ?

DLB : Nos boissons seront disponibles partout en France dans presque toutes les grandes surfaces – Franprix, Auchan, Cora, Géant/Casino et Leclerc – à partir de la mi-juillet. Nous espérons pouvoir distribuer nos produits bientôt chez Carrefour et dans les surfaces de vente de Système U. À ce titre, un spot TV sera diffusé sur TF1 durant deux semaines dès la moitié du mois d’août, afin que les consommateurs puissent reconnaître les produits dans les rayons et savoir qui nous sommes. La diffusion de ce spot publicitaire se fera en synchronisation avec le lancement des produits dans les rayons. Nous l’avons prévu comme cela afin que les consommateurs et les personnes intéressées puissent trouver les produits dans leur supermarché au moment où ils le découvriront à la télévision.

L : Prévoyez-vous d’étendre votre gamme de produits à d’autres sodas ou boissons ?

DLB : Si le Human Cola fonctionne bien et que nous parvenons à stabiliser les bénéfices, il est fort possible que Uman s’étende à d’autres Human produits et d’autres références ; pourquoi pas un Human Juice ou autre. Nous l’espérons.

L : Quel montant avez-vous pu reverser aux associations partenaires, au titre de l’année 2011 ? 

DLB : En 2011 la Société Uman est parvenue à reverser environ 5000 euros a chacune des associations partenaires, et nous souhaitons bien sûr en faire beaucoup plus pour les années à venir.

L : Et au-delà de la simple participation financière par le reversement de la moitié de vos bénéfices aux associations partenaires, avez-vous également prévu de participer à des projets humanitaires spécifiques ?

DLB : Nous préférons soutenir la cause à la hauteur de nos moyens pour le moment et laisser mener des actions plus importantes aux organismes et associations de professionnelles dont c’est le métier comme Action contre la Faim que nous soutenons. Par ailleurs, nous serions confrontés à des problèmes logistiques complexes qui freineraient notre action. Notre priorité est avant tout d’aider les deux associations partenaires À chacun son Everest et Action contre la Faim. Néanmoins, il n’est pas impossible que nous décidions de mettre en place des partenariats ponctuels ou que nous participions à des événements.

L’avenir semble donc prometteur pour Uman et ses partenaires, et à qui l’on souhaite très sincèrement de nombreuses réussites. Un immense coup de cœur donc pour cette brillante initiative qui mérite à être davantage connue.

La rédaction de lookingforsomehope.com tient à remercier chaleureusement Dominique Le Brun et ses collaborateurs pour leur infinie sympathie et d’avoir permis la réalisation de ce questionnaire.








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