Depuis environ une semaine, une nouvelle polémique secoue le monde politique français, ou pour être plus exact, une femme – Ilham Moussaïd – est venue jouer les trouble-fêtes. Ce qu’on lui reproche ? Simplement se présenter sur une liste électorale vêtue d’un foulard islamique. Effroi unanime de la classe politique, selon qui c’est certain, la République et les valeurs qu’elle prône sont en danger !
Essayons toutefois de recadrer ce débat qui de nouveau n’a aucun sens. En premier lieu, toute la classe politique semble d’accord sur l’idée de laïcité de la République Française. Mais, concrètement, qu’est-ce que la laïcité ? La laïcité suppose la séparation de l’Église (ou de toute autre entité religieuse) et de l’État.
Ainsi je me permets de demander à toutes les personnes qui voient dans le voile une véritable irruption de la religion dans les affaires de la République de réfléchir bien plus longuement à ce sujet, et plus exactement à ces questions: « La faute est-elle réellement imputable à Ilham Moussaïd ? Est-ce véritablement elle qui est venue glisser le sujet de son voile dans les affaires républicaine – alors qu’elle se défend d’être le porte drapeau des musulmans – ou est-ce plutôt les politiques eux-mêmes qui ont tout fait pour tirer d’elle cela et l’insérer dans une affaire politique, donc étatique et en conséquence anti-laïc ? »
La laïcité ne suppose pas seulement la séparation de l’Etat et de la religion, elle exprime aussi la liberté de culte. Cela est d’ailleurs solennellement inscrit dans l’article premier de la Constitution: « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances ». Pourquoi alors s’acharner sur une jeune femme portant un voile, lorsque qu’aucun émoi ne surgit tandis que des personnalités politiques portent autour du cou une croix chrétienne ? Pire encore, pourquoi n’y a t-il eu aucune réaction des politiques lorsque des ecclésiastiques accèdent à des postes ministériels ? Enfin, pourquoi crie-t-on aujourd’hui à l’irruption de la religion dans les affaires de l’État alors qu’aucun remous n’est provoqué lorsque Nicolas Sarkozy rencontre à plusieurs reprises le Pape Benoit XVI ? Autant de questions qui révèlent la stupidité du comportement de l’ensemble de la classe politique.
Comprenons enfin que la religion, quelle qu’elle soit, relève uniquement de la sphère du privé. Elle est partie intégrante du croyant, et doit ainsi être respectée au même titre que n’importe quel autre attrait physique ou moral d’une personne. Dans le cas d’une personne de notoriété publique, cela en va de même, que l’on soit un croyant catholique, juif ou musulman. Alors pourquoi faudrait-il, lorsque encore une fois des personnalités politiques affichent ouvertement leur foi, que les croyants musulmans aient à se justifier, voire à se cacher (d’abord les minarets, le niqab et maintenant le voile) ? Si la France se targue d’être le pays des Droits de l’Homme, fait-elle alors une exception au sujet du droit de pratiquer librement sa religion ?..
D’autres encore ont cru opportun de rapprocher le sujet du simple voile islamique avec celui du niqab dont il a longtemps été question ces dernières semaines. L’argument choc fut notamment de vouloir à tout prix préserver la dignité de la femme. Si cela reste en tout point une justification imparable et qui mérite les honneurs, ne faudrait-il pas de la même manière légiférer plus durement et agir bien plus concrètement envers les nombreux réseaux mafieux de proxénétismes qui gangrènent chaque ville du pays ? N’y a-t-il pas urgence à agir pour ces femmes soumises à des traitements dont l’adjectif « inhumain » reste en deçà de tout ce qu’elles peuvent endurer ? S’il est question de sauvegarder la dignité féminine, il existe aujourd’hui bien plus de femmes soumises à une existence indigne que les 250 recensées portant le voile intégral, mais cela évidemment, ne s’inscrit ni dans la lignée de la propagande anti-islamique à laquelle nous avons affaire ni dans la perspective électorale qui se dessine depuis déjà plusieurs mois.
Il existe pourtant bel et bien des pays qui ont su allier tolérance et intégration, laïcité et respect de la culture de chacun, à l’image de la Grande-Bretagne qui emploie des officiers de police sikhs, lesquels sont enturbannés car leur religion leur interdit de quitter leur turban. Dans ce même pays, les femmes portant le voile n’ont pas à se justifier dans le cadre de l’exercice de leur fonction. Qu’elles soient avocates ou même enseignantes, elles peuvent porter le voile sans être soumises à aucune critique. Il en va de même pour la question des femmes belges travaillant à l’intérieur des administrations. Enfin, citons Dalia Mogahed, cette femme qui porte le voile et officie auprès de Barack Obama à la Maison Blanche en tant que conseillère des affaires religieuses dans l’Administration du Président.
L’effervescence qu’a provoqué Ilham Moussaïd ne tient-elle donc seulement d’un particularisme français dont les politiques n’arrivent pas à se défaire ou la vision de l’homo gallicus n’est-elle encore qu’au stade primaire de son évolution en ce qui concerne l’accueil et le respect des différentes cultures de notre Monde ? Je laisse à chacun le soin de réfléchir à cette question, en ne tenant plus compte des propos absurdes de nos gouvernants, mais en faisant enfin preuve de bon sens…
De Babel jusqu’en France, aujourd’hui il n’y a qu’un pas, car c’est à croire que nous n’arrivons toujours pas à comprendre l’autre, ni tout ce qui le constitue d’un point de vue philosophique, spirituel et culturel. Il y a pourtant tellement à gagner en cherchant à nous comprendre, à nous accepter, certainement tout autant que ce que nous avons à perdre en nous repoussant tel que nous le faisons… Mais visiblement nous ne l’avons pas encore compris. Alors ouvrons les yeux pendant qu’il est encore temps, avant de créer une division bien plus importante que ce que nous l’imaginons…

















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